Le non à l’indépendance l’emporte de peu en Nouvelle-Calédonie


Le non à l’indépendance l’a emporté en Nouvelle-Calédonie, avec 53,26 % des voix, lors du deuxième référendum d’autodétermination dans cet archipel stratégique du Pacifique-sud, marqué dimanche par une mobilisation sans précédent, qui s’élève à 85,64% (+4,5 pts).

Si le oui ne l’a pas emporté, il est toutefois en progression par rapport au premier référendum organisé le 4 novembre 2018. Il y a deux ans, le non l’avait emporté à 56,7%, contre 43,3% pour le oui, un résultat qui était à l’époque considéré comme plus serré qu’anticipé. Cet écart semble donc se resserrer encore.

Emmanuel Macron a affirmé accueillir la victoire du « non » à l’indépendance « avec un profond sentiment de reconnaissance » et d’« humilité » lors d’une allocution solennelle à l’Elysée.« Les électeurs se sont exprimés, ils ont majoritairement confirmé leur souhait de maintenir la Nouvelle-Calédonie dans la France. En tant que chef de l’État, j’accueille cette marque de confiance dans la République avec un profond sentiment de reconnaissance. J’accueille également ces résultats avec humilité. »

« A la croisée des chemins »

« J’entends la voix de celles et ceux qu’anime la volonté de l’indépendance et je veux leur dire : c’est avec vous, ce n’est qu’ensemble que nous construirons la Nouvelle-Calédonie de demain », a-t-il ajouté, saluant « une participation exceptionnelle » et un « deuxième grand rendez-vous démocratique réussi malgré les conditions plus difficiles » à cause de la pandémie du Covid-19.

Selon l’accord de Nouméa, signé en 1998, un troisième référendum est possible d’ici à 2022. « C’est à vos élus du Congrès de le décider. L’État, fidèle à sa parole, se tient prêt à l’organiser, si c’était leur choix », a souligné Emmanuel Macron.

« L’avenir c’est aussi la préparation (…) de la sortie de l’accord de Nouméa, qui interviendra d’ici 2022. A terme, les dispositions transitoires inscrites dans la Constitution devront soit céder la place à des dispositions pérennes, si le choix du maintien dans la République est confirmé, soit être retirées si la Nouvelle-Calédonie choisit l’indépendance. Il nous revient tous ensemble de préparer cet avenir », a-t-il ajouté.

« Nous savons aujourd’hui que nous sommes à la croisée des chemins. Nous avons devant nous deux années pour dialoguer et imaginer l’avenir et pas seulement l’avenir institutionnel. Embrasser l’ensemble de ce qui permet de bâtir un nouveau projet sera au coeur des initiatives que prendra le gouvernement dans les prochains jours », a conclu le chef de l’Etat.

Un clivage « profond »

Près de 180.598 électeurs de cet archipel français, colonisé en 1853 et disposant d’importantes réserves de nickel, étaient invités à répondre à la question : « voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante? ».

« Je ne suis pas satisfait de la tendance que nous avons ce soir, qui met en évidence à nouveau le clivage profond qui sépare la société calédonienne sur cette question fondamentale de l’indépendance », a déclaré le président du gouvernement, Thierry Santa (droite, loyaliste), sur Nouvelle-Calédonie la 1ere.

Emmanuel Kasarhérou, un passeur de culture à la tête du quai Branly

En revanche Pascal Sawa, maire de Houaïlou et membre de l’union calédonienne (FLNKS), s’est réjoui de la forte participation. « Si ce n’est pas aujourd’hui (que l’indépendance l’emporte), ce sera au troisième référendum. On respecte le résultat de ce soir », a-t-il déclaré. En cas de victoire du non, un troisième référendum est possible d’ici à 2022. Une option que refusent déjà les loyalistes mais que les indépendantistes disent vouloir mettre en oeuvre.

Dans les rues de Nouméa et dans les quartiers populaires à majorité kanak, les indépendantistes ont largement manifesté toute la journée leur enthousiasme pour cette élection par des concerts de klaxons et des défilés de drapeaux.

Des heures d’attente pour voter

Dans ce territoire à 18.000 km de Paris, qui représente l’un des derniers bastions de souveraineté européenne dans la zone après le Brexit, il a fallu parfois plusieurs heures de queue pour glisser son bulletin dans l’urne.

C’était le cas notamment dans un bureau de vote du quartier populaire kanak de Montravel, au nord de Nouméa. « Je suis arrivée à 8h30 et il est 11h, on n’est pas rentré encore, mais pour la dignité du pays, on attend », explique Chanié, Kanak originaire de Lifou, en robe orange et coiffe en feuille de maïs. « Mon choix c’est Oui, parce que je veux que ceux qui vont diriger notre pays, ce soient nos enfants, et plus la France ».

Daniela attendait elle dès 7h30, devant les bureaux de vote à la Vallée des Colons, un quartier pluriethnique de Nouméa: « je vote non car la France a toujours été là pour nous, elle le restera j’espère ».

Tous les habitants du Caillou ne peuvent pas s’exprimer : le corps électoral de ce scrutin sensible est conditionné à plusieurs critères, comme justifier d’une résidence continue en Nouvelle-Calédonie depuis au moins le 31 décembre 1994, être natif de l’archipel ou relever du statut civil coutumier kanak.

Processus de décolonisation

La consultation s’est déroulée sans mesure barrière ni masque, puisque l’archipel est exempt de Covid-19, grâce à une réduction drastique des vols internationaux et une quarantaine obligatoire pour tout arrivant.

Ce référendum, comme le premier, s’inscrit dans un processus de décolonisation entamé en 1988 par les accords de Matignon, signés par l’indépendantiste kanak Jean-Marie Tjibaou et le loyaliste Jacques Lafleur, après plusieurs années de quasi guerre civile entre Kanaks, peuple premier, et Caldoches, d’origine européenne. Ces affrontements avaient culminé avec la prise d’otages et l’assaut de la grotte d’Ouvéa en mai 1988 (25 morts).

Ces accords, consolidés dix ans plus tard par l’accord de Nouméa, ont institué un rééquilibrage économique et géographique en faveur des Kanaks et un partage du pouvoir politique, même si les inégalités sociales restent importantes.





nouvelobs

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