Oui, l’islamisme est un problème dans les quartiers. Mais il est loin d’être le seul…


Ce fut, c’est vrai, un beau discours. Direct, puissant, tout à la fois en nuances et sans faux-semblant. Un de ceux qui marqueront, peut être, ce quinquennat. Oui, l’intervention d’Emmanuel Macron sur le séparatisme islamiste, prononcé vendredi 2 octobre aux Mureaux (Yvelines) pourrait faire date. Le choix de ce département, « terre de combats républicains », a-t-il souligné, clivé entre beaux quartiers et cités ghettos, ne doit rien au hasard. Le président de la République a nommé la menace islamiste pour ce qu’elle était, tout en assumant les erreurs, les errances, les responsabilités de la République. Il a dénoncé la crise de l’Islam, gangrené par des forces radicales, mais rappelé aussi notre passé colonial, qui a sa part de responsabilité dans cette religiosité qui tend à placer la foi au-dessus de la loi.

François Pupponi, l’ex maire (PS) de Sarcelles a salué « l’équilibre parfait entre désigner un ennemi, ne pas stigmatiser une communauté et permettre à la religion d’avoir toute sa place dans la République ». Les indignations tout à la fois des élus RN qui regrettent qu’il n’en ait pas dit d’avantage, et de ceux qui du côté de la France Insoumise, lui reprochent de s’en prendre à l’islam le prouvent : le chef de l’Etat, sur ce terrain glissant, a su garder la ligne de crête. Emmanuel Macron l’a souligné :

« J’ai conscience que j’ai peut-être déçu ceux qui attendaient des caricatures, dans un sens ou dans l’autre. Je l’assume et je continuerai de l’assumer. »

On pourra toujours lui reprocher un discours que l’Elysée a longtemps annoncé comme devant être consacré aux séparatismes, au pluriel, et finalement intégralement ciblé sur les dérives islamistes. Ceux qui redoutaient un texte laïcard, menaçant toutes les religions peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Faut-il s’en indigner ? Oui et non. Il faut bien le dire, ce sont rarement des catholiques intégristes ou des juifs ultraorthodoxes qui réclament des certificats de virginité pour leurs filles. Ce ne sont pas non plus ceux-là qui partent faire le Jihad, et ils n’arment pas idéologiquement ceux qui assassinent des dessinateurs dont les caricatures leur déplaisent. Du moins le président n’est-il pas tombé dans le piège de l’hypocrisie, qu’on n’aurait pas manqué de lui reprocher.

Tant reste à faire…

Difficile pourtant, de ne pas avoir un sentiment de malaise en écoutant cette longue intervention entièrement dédiée aux ghettos de la République, et ciblée sur le seul problème du radicalisme religieux, comme si celui-ci était le premier facteur de séparatisme. Sur plus d’une heure qu’aura duré ce long discours, une seule phrase et une seule, pour évoquer les trafics, la violence, le banditisme qui minent ces quartiers, et qui sont, de fait le premier facteur de ghettoïsation menant tout droit au séparatisme.

Pas un mot sur les règlements de compte, la misère sociale, sur les défaillances des services publics. Pas grand chose sur l’absence de mixité sociale dans les cités, sur le sentiment d’abandon, ces failles dans lesquelles s’engouffre l’hydre islamiste. Y a t il vraiment des « milliers d’enfants enfermés dans des pièces sans fenêtre » des écoles coraniques qui échappent à la scolarisation ? Cela reste à vérifier. Mais que des centaines de milliers d’enfants soient relégués dans des établissements ghettos, confrontés aux règlements de comptes, au déterminisme social et à l’échec scolaire, est une certitude. Certes, 300 000 enfants ont bénéficié du dédoublement des classes en primaire, et cela restera l’une des mesures phares de ce quinquennat. Mais il reste tant à faire….

L’islamiste, c’est vrai, n’est pas soluble dans l’argent public, ni dans des subventions, trop souvent accordées sans discernement. Mais il ne disparaîtra pas non plus sans la restauration d’un Etat de droit, sans un minimum de mixité sociale, sans un minimum de retour à la sécurité qui reste, et de loin, les premières attentes des habitants de ces cités où se répand l’islamisme. Faut-il le rappeler, il y a aussi un séparatisme dans les beaux quartiers, et dans les établissements scolaires d’élites. Mais ce n’est pas le même.

Et Macron inventa l’école obligatoire pour tous : une révolution ?

Or depuis le début du quinquennat, malgré la volonté affichée de faire de ce défi une priorité, malgré, c’est vrai, des plans de rénovation urbaine, rien ou si peu, n’a été fait pour les banlieues. Aucune prise de parole symbolique forte. Aucun acte majeur. Depuis la claque infligée à Jean-Louis Borloo, et à son grand plan pour « le vivre ensemble », elles sont restées l’angle mort du quinquennat. Ressusciter aujourd’hui ce sujet majeur dans un discours fleuve, très politique, intégralement consacré à la menace islamiste, ne peut, pour tous ceux qui y travaillent, qui y vivent, que nourrir le sentiment de n’être une fois de plus pas entendu. A moins de deux ans de l’échéance présidentielle, il est sans doute trop tard pour s’emparer sérieusement de la question. Comment ne pas le regretter.





nouvelobs

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