LREM fait coller ses affiches par un prestataire (mais n’assume pas)



Depuis le week-end dernier, des milliers d’affiches montrant Emmanuel Macron de profil, face à un public, ont fait leur apparition dans l’espace public, notamment à Paris, où elles ont été aperçues sur de nombreux panneaux d’affichages ainsi que sur des éléments de mobiliers urbains. Boîtes à lettres, échafaudages, barrières de chantier… Rien n’a été épargné par les visuels où s’étalent en lettres capitales « Ensemble, nous réussirons ». Un choix de photo et de slogan validé début septembre par l’Elysée, selon nos informations.

Comme l’indiquait cette semaine « Le Parisien », cet affichage massif et soudain a même eu le don d’irriter la mairie de Paris, pas ravie à l’idée de devoir mobiliser des « dizaines d’agents de propreté » pour effacer les traces de ce « collage sauvage », comme l’a déploré sur Twitter, l’adjointe à la mairie Colombe Brossel.

Intervention d’un prestataire privé

Comment l’opération a-t-elle été réalisée ? Auprès de nos confrères de « France Inter », la direction du parti a assuré que le collage des affiches a été uniquement réalisé par des militants du parti. La même direction, qui a envoyé environ 200 000 affiches à tous les comités locaux du parti, aurait également appelé les militants « à respecter les espaces dédiés ». En clair : les affichages sauvages observés ces derniers jours seraient à mettre sur le compte de l’enthousiasme, voire de l’inexpérience de jeunes marcheurs colleurs :

« J’ai déjà fait du militantisme, je sais ce que cela peut-être », expliquait ainsi en milieu de semaine un cadre du parti à nos confrères du « Parisien ».

Vendredi, Roland Lescure, porte-parole de LREM avait simplement admis du bout des lèvres, auprès de BFMTV, qu’un prestataire avait peut-être été sollicité afin de « trouver les bons lieux d’affichage ». « C’est avant tout un travail de militants politiques », insistait-il, regrettant des « polémiques (…) dans ce moment très difficile ».

Selon nos informations, c’est pourtant bien un prestataire privé, une entreprise basée dans le 19e arrondissement de Paris, qui s’est chargée du volet le plus visible de l’opération de communication : coller des milliers d’affiches le week-end dernier dans les centres-villes d’une vingtaine de métropoles, y compris sur du mobilier urbain à Paris – au grand dam de la mairie. Un document de travail interne au parti La République en Marche, que « L’Obs » a pu consulter, évoque également le chiffre de 70 000 visuels dont l’affichage aurait été confié au prestataire afin de lancer la campagne de LREM. Les sessions de collage par des militants, elles, n’auraient véritablement débuté qu’en toute fin de semaine, comme en attestent des publications de marcheurs sur les réseaux sociaux.

De quoi faire grincer des dents chez LREM, où les questions de la mobilisation des militants et de la « déconnexion » de la direction font l’objet de débats récurrents :

« Il suffit de voir la qualité des affichages pour se rendre compte que c’est l’oeuvre de professionnels, tout est nickel. A Paris, ça va être compliqué de trouver une seule affiche qui a été collée par un militant en début de semaine… Dire le contraire, comme le fait la direction, est ridicule. Il suffit de passer un coup de fil aux comités locaux en province pour se rendre compte qu’ils n’avaient pas encore reçu leurs affiches alors qu’elles étaient déjà partout sur les murs de Paris et d’autres grandes villes », regrette un cadre LREM auprès de « L’Obs ».

Le recours à un prestataire pour les campagnes d’affichage est un « classique », rappelle néanmoins, à raison, un cadre du parti. Ce dernier ne comprend d’ailleurs toujours pas le choix de la direction de ne pas communiquer à ce sujet… Contactée à plusieurs reprises par « L’Obs », la direction d’En Marche n’a pas souhaité préciser le coût de la prestation. Un « couac » qui vient d’ajouter aux nombreuses critiques qui visent déjà la campagne « Ensemble, nous réussirons », accusée, entre autres, de faire la promotion du chef de l’Etat en pleine crise sanitaire : « sur la photo, Macron a l’air d’en croque-mort », « zéro idée (…) on est même pas foutus de faire un tract un peu chiadé (sic) », s’étranglait encore vendredi un marcheur auprès de « RTL ».





nouvelobs

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