A quoi ressemblera l’Europe en 2030 ?



Carte et comparatif


02.10.2020

Barthélémy Gaillard

Population, richesse, climat… Toute l’Europe brosse le portrait de l’Union européenne dans dix ans et au-delà.

L’Union européenne fait face à de nombreux défis majeurs. Comment le réchauffement climatique, la crise sanitaire et économique sans précédent depuis la Seconde guerre mondiale ou encore le vieillissement de la population vont-ils façonner son avenir ?

En se basant sur plusieurs études prospectives, Toute l’Europe brosse le futur portrait de l’Union européenne. En cartes et en chiffres, voici à quoi elle pourrait ressembler en 2030 en termes de démographie et d’économie, et d’ici 2100 concernant l’environnement.

Une croissance démographique atone

Vieillissement de la population et baisse du taux de fécondité ont largement contribué à aplanir la courbe de la croissance démographique européenne depuis plusieurs décennies. La dynamique que l’office statistique européen Eurostat dessine pour les dix prochaines années ne déroge pas à la règle : la population de l’Union européenne (à 27) devrait croître faiblement, passant de près de 447 millions en 2019 à un peu plus de 449 millions en 2030. Avec des disparités notables en fonction des pays.

La population des pays de l’Union européenne

Premier élément saillant, la baisse des populations observées dans les pays de l’Est : la Bulgarie, la Roumanie, la Croatie, la Lituanie, l’Estonie mais aussi la Grèce accusent toutes une forte baisse de leur démographie (entre -4 et -10 %). Derrière ces pays les plus touchés viennent d’autres voisins d’Europe orientale, comme la Pologne et deux pays d’Europe méridionale : l’Italie et le Portugal.

A l’inverse, les autres « grands » pays, les plus peuplés d’Europe, observent tous un accroissement de leur population. Cette dernière est très modeste en Allemagne et en France (moins de 1%), et plus marquée en Espagne (3 %). Les pays à la croissance démographique la plus forte (quoique faible en comparaison avec d’autres régions du monde) se situent pour la grande majorité au nord du continent. Il s’agit de l’Irlande, de la Suède, du Luxembourg et des Pays-Bas, mais aussi de Chypre (de 3 à 10 %).

Une croissance économique modeste

Deuxième puissance économique mondiale en 2018, l’Union européenne connaîtrait une croissance de son PIB beaucoup plus faible que les économies d’autres régions du monde, comme en attestent les prévisions de l’OCDE en la matière. Si le Brésil table par exemple sur une augmentation de 25 % de sa richesse et la Chine de 32 % entre 2020 et 2030, la plupart des pays européens s’attendent à des évolutions plus modestes. Et ces projections, réalisées avant l’épidémie de Covid-19, pourraient être largement revues à la baisse. La Commission européenne prédit ainsi une récession de plus de 8 % pour l’UE sur la seule année 2020.

La croissance en Europe

Première tendance, les économies les plus dynamiques de l’UE se situeraient à l’est. Parmi elles, la Pologne, la Hongrie, la République tchèque ou encore la Slovaquie, pour lesquelles l’OCDE prévoit des augmentations de PIB situées entre 15 et 25 %. De l’autre côté du continent, seuls l’Irlande et, dans une moindre mesure, les pays du Benelux, maintiendraient une croissance similaire. Les deux grandes puissances économiques européennes, Allemagne (10,5 %) et France (13,8 %), sont légèrement en retrait. L’Espagne est dans une dynamique similaire. Seul pays dans ce cas de figure, l’Italie, elle, stagnerait, avec une augmentation de son PIB de seulement 0,6% entre 2020 et 2030.

Des perspectives environnementales inquiétantes

Réchauffement climatique, montée du niveau de la mer, intensification et multiplication des catastrophes naturelles, l’Agence européenne de l’environnement a publié une étude décrivant les projections en la matière pour les décennies à venir.

L’Europe du Sud exposée à une forte sécheresse. L’Agence européenne de l’environnement a établi une projection des sécheresses sur le continent à horizon 2041-2071, selon deux scénarios de réchauffement climatique. Ces derniers diffèrent donc, mais recoupent la même constante : une nette augmentation de la fréquence et de l’intensité des périodes de sécheresse dans l’espace méditerranéen, combinée à une baisse observée en Europe de l’Est. Les chercheurs soulignent le rôle joué par le tourisme, très gourmand en eau, dans l’aggravation des problèmes de sécheresse connus par les pays du pourtour méditerranéen. Le rapport de prospective de la Commission européenne avance pour sa part que 16 % des territoires exposés à un climat dit « méditerranéen » pourraient devenir des zones arides, aux sols impossibles à cultiver.

Climat : quelles catastrophes naturelles en Europe ?

La carte suivante est une projection basée sur un scénario « moyen » de réchauffement climatique. En bleu, les régions avec une baisse de l’intensité et de la fréquence des sécheresses, en blanc une stagnation, en jaune et en marron une augmentation.

Projection moyenne du réchauffement climatique à horizon 2041-2071 – source : Agence européenne pour l’environnement

Une accélération de la montée du niveau de la mer. Sur la période 1993-2018, le niveau de la mer a monté de 3,3 millimètres par an en moyenne sur les côtes européennes. D’ici 2100, suivant le scénario le plus optimiste (hausse des températures mondiales de moins de 2 degrés d’ici la période 2071-2100), le niveau monterait de 4 à 9 millimètres par an. Pour le plus alarmiste (plus de 2 degrés sur la même période), il monterait de un à deux centimètres chaque année.

Cette montée du niveau de la mer aurait des conséquences importantes pour les bassins de population situés sur les littoraux, que ce soit au Pays-Bas, en Belgique et dans le Nord de la France, mais aussi sur la côte sud-est du Royaume-Uni et sur la côte adriatique italienne. Elle se répercuterait par ailleurs sur le niveau des fleuves et rivières, à l’origine d’inondations toujours plus nombreuses. Dans son rapport de prospective, la Commission européenne estime que le coût des inondations pourrait passer de 5 à 112 milliards d’euros par an.

La carte ci-dessous présente l’ampleur de la montée du niveau de la mer selon les territoires : les zones qui accusent une montée du niveau moyenne apparaissent en bleu pâle et celles qui subissent une forte montée figurent en bleu foncé.

Projection de la montée du niveau de la mer à horizon 2100 – source : Agence européenne pour l’environnement

Un climat de moins en moins tempéré. Outre les périodes de sécheresse plus nombreuses, l’agence européenne prévoit des épisodes pluvieux plus intenses. Avec des disparités géographiques notables. L’ouest du pourtour méditerranéen devrait observer une baisse du niveau des précipitations et être plus exposé à la sécheresse, mais aussi à plus d’inondations. Un constat en apparence paradoxal, mais qui s’explique par l’évolution des sols : rendus imperméables par les phases de sécheresse, les épisodes pluvieux ont par conséquent plus de risques de provoquer des inondations. Le nord du continent risque pour sa part d’être exposé à de fortes précipitations quotidiennes, jusqu’à 30 % de plus en Finlande et dans les pays baltes. Sur cette carte, les zones en beige sont victimes d’une augmentation du nombre et de l’intensité des périodes de sécheresse, tandis que les zones bleues subissent pour leur part des épisodes pluvieux plus fréquents et plus intenses.

 Projection de l’évolution du niveau d’intensité des épisodes pluvieux à horizon 2071-2100 – source : Agence européenne pour l’environnement

Avec le Pacte vert, la Commission européenne a fait de la préservation de l’environnement l’un de ses principaux chevaux de bataille pour les années à venir. Diminution de 55 % des émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport au niveau de 1990, neutralité carbone en 2050, transition vers des énergies plus « vertes », allocation d’au moins 30 % des plans de relance consacrés à des politiques écologiques… la Commission von der Leyen s’est fixée des objectifs à long terme pour endiguer les tendances observées par les scientifiques.

En 2017, l’Union européenne était en avance sur ses objectifs de réduction de 20 % des émissions de CO2 d’ici 2020, par rapport aux niveaux de 1990. L’agence note toutefois que la tendance actuelle ne permet pas d’espérer atteindre une diminution de 40 % à l’horizon 2030, et encore moins 55 %.

Le Pacte vert, au coeur de l’action européenne



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