Test Blu-ray 4K Ultra-HD : Les week-ends maléfiques du comte Zaroff


France : 1976
Titre original : –
Réalisation : Michel Lemoine
Scénario : Michel Lemoine
Acteurs : Michel Lemoine, Nathalie Zeiger, Howard Vernon
Éditeur : Le chat qui fume
Durée : 1h25
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 30 août 1978
Date de sortie DVD/BR : 13 juillet 2020

D’apparence affable, Boris Zaroff est un homme d’affaires passablement tourmenté, héritier d’une lignée d’aristocrates décadents. Zaroff vit dans le domaine ancestral en compagnie de son fidèle majordome, Karl. Lié par un pacte, le serviteur joue les rabatteurs pour son maître, ramenant de magnifiques jeunes femmes au château. Celles-ci seront bientôt les victimes des pulsions sadiques de Zaroff, en proie à de terribles visions où il se voit tourmenté par le fantôme d’une femme qui fut autrefois la maîtresse de son père. Seuls ses jeux pervers l’empêchent de plonger définitivement dans la folie… Jusqu’à quand ?

Le film

[4/5]

Écrit, réalisé et interprété par Michel Lemoine en 1976, Les week-ends maléfiques du Comte Zaroff fut à l’époque interdit et censuré en France par la toute puissante « commission de censure ». Le texte explicatif justifiant de l’interdiction du film de Michel Lemoine était le suivant : « Ce film présente, sous couvert d’un appel à l’étrange et au surréel, une panoplie complète de moments de sadisme, de cruauté, d’érotisme voire de nécrophilie qui ne sont tempérés ni par la moindre poésie, ni par l’humour. Il ne saurait être vu que par des adultes. »

Car malgré ce que son patronyme aurait pu laisser penser, Michel Lemoine n’a rien d’un curé, ni d’un homme de foi. Il serait même d’ailleurs plutôt un petit coquin. Jeune premier dans les années 50, Lemoine découvre les joies du cinéma bis, en tant qu’acteur tout d’abord, au tournant des années 60. Tirant tout doucement vers la quarantaine à l’époque, il mettra à profit son physique de « vieux beau » pour des cinéastes tels qu’Antonio Margheriti ou encore Mario Bava, avant de dévier, lentement mais sûrement, vers des cinéastes-cultes mais un peu moins respectés tels que José Bénazéraf, Jess Franco ou encore Max Pécas.

C’est sans doute d’ailleurs au contact de ces cinéastes que germera chez lui l’idée de passer derrière la caméra. En effet, le casting de ses premiers films en tant que cinéaste ira chercher du côté des habitués de Jess Franco (Howard Vernon, Anne Libert, Janine Reynaud…), mais il semble également avoir hérité de la conception « décontractée » du cinéma – et de l’Art en général – de ces artisans du bis mêlant allégrement le drame, le fantastique et bien sûr l’érotisme. La filiation avec Jess Franco est d’autant plus évidente qu’au-delà des aspects purement « bis » de son œuvre, Lemoine fait également preuve de belles qualités de metteur en scène et de technicien : Les week-ends maléfiques du Comte Zaroff affiche en effet une photographie très soignée, ainsi qu’une poignée de compositions de plans vraiment remarquables, qui dénotent d’une réelle « vision » de cinéaste.

Vous l’aurez compris : si le film s’affirme comme une variation sur Les chasses du Comte Zaroff (1932), le film de Michel Lemoine joue bien d’avantage la carte de la folie, de l’érotisme et du sadisme que le classique d’Irving Pichel et Ernest B. Schoedsack. L’heure est à l’outrance et au spectacle, à réserver toutefois aux grands garçons aussi avides de complaisance que de concupiscence. De nos jours bien sûr, l’appréciation de ce type d’œuvres est parfois biaisée par les railleries et les quolibets – vous ne serez ainsi pas étonnés d’apprendre que Les week-ends maléfiques du Comte Zaroff figure en bonne place sur le site Nanarland.

Pour autant, le film de Michel Lemoine emporte le spectateur avec lui, si tant est que ce dernier soit sensible à son Art, et à ses déviances. Déroulant son intrigue sans se poser de questions, Les week-ends maléfiques du Comte Zaroff semble n’avoir que faire des moqueries ou des cris d’orfraies pointant du doigt sa misogynie, voire même sa bêtise. Mes bons amis, si je peux vous donner un conseil, videz-vous la tête et laissez-vous porter par l’Art. Savourez pleinement le film de Lemoine et sa nature d’œuvre détachée du temps et des règles morales et esthétiques en vigueur.

Malgré le petit budget dont il disposait, Les week-ends maléfiques du Comte Zaroff joue la carte de la beauté et de l’élégance. On remarque d’ailleurs ce soin apporté à l’aspect visuel du film dès sa première séquence, durant laquelle un grand dogue allemand poursuit une femme nue autour du château servant de décor au film. Fin, racé, élégant – une vision qui rappellera aux vrais connoisseurs la poésie visuelle développée depuis dix ans au cinéma par Terrence Malick. A la différence près que quand Malick fait ça, personne ne crie au nanar. Très influencé par le cinéma de Jess Franco, Michel Lemoine développe également – et avec un talent certain – un univers étrange, flirtant toujours de pas trop loin avec les ambiances oniriques. Ce que le spectateur voit à l’écran représente-t-il une projection de l’esprit du personnage principal ou la réalité ? On n’en est jamais réellement certain, et ce sentiment dominera toute la narration des Week-ends maléfiques du Comte Zaroff. Les visuels les plus surréalistes s’enchaînent donc à l’écran, se superposant même parfois, le tout sur une bande-son rock progressif des plus planantes. Cet aspect est d’ailleurs encore renforcé dans le film par l’apparition ponctuelle d’un fantôme, qui e sera jamais expliquée dans l’intrigue, mais qui renforce encore l’aspect quasiment hallucinogène du film, qui pour le coup fonctionne vraiment bien (mieux que l’apparition d’un dinosaure chez Malick).

« So you got caught with a flat, well, how about that ? » chantait Tim Curry en 1975 dans The rocky horror picture show. Même époque, mêmes problèmes de voiture donc pour le jeune couple composé par les sympathiques Muriel et Francis (Nathalie Zeiger et Robert Icart) dans Les week-ends maléfiques du Comte Zaroff. Ce sont donc eux qui offriront un peu de chair fraîche et un semblant d’intrigue (car il en faut bien une) au film de Michel Lemoine, qui incarne quant à lui le Comte Zaroff Junior, fils du personnage central du film de 1932. Faisant fi de toute notion de structure narrative, le reste du film est composé de vignettes plus ou moins courtes nous proposant de rencontrer les différentes femmes de la vie du Comte Zaroff, et les méthodes diverses et variées utilisées afin de les tuer (car Zaroff Jr. n’est pas uniquement féru de chasse). La meilleure d’entre elles est probablement celle durant laquelle il utilise la chambre de torture de son père. Belle illustration de l’atavisme familial dans la société française des années 70…

Du côté des acteurs, il y a aussi Howard Vernon dans la peau d’un majordome philosophe, ce qui accentuera encore un peu plus la ressemblance entre Les week-ends maléfiques du Comte Zaroff et le cinéma de Jess Franco, et en particulier bien sûr avec Une vierge chez les morts-vivants ou encore La comtesse perverse, qui mettait également en scène une descendante du Comte Zaroff, chassant la greluche à poil avec son grand arc.

Le coffret Blu-ray 4K Ultra-HD + Blu-ray

[5/5]

A la stupéfaction générale, Les week-ends maléfiques du Comte Zaroff, qui vient tout juste de sortir sous les couleurs du Chat qui fume, s’est offert non pas une simple édition Blu-ray, mais un Combo Blu-ray + Blu-ray 4K Ultra-HD. Une sacrée promotion pour un film oublié, jusqu’ici uniquement disponible en France au format VHS – pour l’anecdote n’ayant aucun intérêt, il s’agit d’un des rares films que je possédais jusqu’ici au format « V2000 », lui aussi complètement oublié des cinéphiles. Comme d’habitude avec Le chat qui fume, les collectionneurs pourront se réjouir de la grande classe de cette édition, proposée dans un tirage limité à 1000 exemplaires et prenant la forme d’un sublime digipack trois volets surmonté d’un fourreau cartonné. Le design et la composition graphique du coffret est issue de l’imagination de Frédéric Domont – alias Bandini – graphiste attitré de l’éditeur ; on salue ici à nouveau son talent en applaudissant – à deux mains – le remarquable travail abattu pour Le chat qui fume depuis quelques années maintenant.

Les week-ends maléfiques du Comte Zaroff a donc été restauré en 4K par Le chat qui fume à partir du négatif d’origine. Et on ne peut que s’incliner devant le travail technique de l’éditeur, qui s’exprimera d’ailleurs sur certains choix et points de détails de cette restauration au sein du commentaire audio assuré par Stéphane Bouyer – alias Mr Chat qui fumeet Robert de Laroche, qui joue dans le film sous le pseudonyme de Robert Icart. Sans vouloir faire le suce-boules, ce commentaire audio rythmé par la personnalité et l’humour de Stéphane Bouyer oriente de façon habile les interventions de l’acteur, passant de ce fait des informations sur le tournage mouvementé du film aux infos plus techniques sans que l’ennui ne se fasse jamais sentir. Un très bon moment, rempli d’anecdotes et d’infos passionnantes. Mais rho la la, reprenons la marche normale de cet article, on va pas tout mélanger nan, commençons donc comme il se doit par la partie technique en abordant l’image et le son de cette édition.

Si on met de côté quelques rares séquences dénotant d’une légère baisse de définition – ce qui s’avère imputable soit aux conditions de tournage soit au master récupéré par Le chat qui fume – l’image de ces Week-ends maléfiques du Comte Zaroff nous propose un piqué d’une précision étonnante, doublée d’un niveau de détail vraiment bluffant pour un film de cette époque (on pourrait leur compter les poils un à un !). La palette colorimétrique est épatante, et les contrastes et les noirs ont bénéficié d’un soin tout particulier – ce qui est important dans le sens où le film se déroule souvent dans le noir ou dans l’obscurité. Cerise sur le gâteau, le grain cinéma a été scrupuleusement respecté : le rendu HD est, contre toute attente, vraiment superbe – une vraie surprise pour un film que l’on pensait à jamais perdu ou trop endommagé pour atteindre un jour ce niveau d’excellence. Du côté du son, le film est mixé en DTS-HD Master Audio 2.0. La piste sonore propose un bon équilibrage entre les dialogues, les bruitages et la musique, et ne présente pas le moindre souffle. En deux mots comme en cent, cette édition fait honneur à la musique imaginée par Guy Bonnet pour Les week-ends maléfiques du Comte Zaroff. D’ailleurs, pour les amateurs, on signale également que Le chat qui fume propose également sur son site un vinyle 33 tours (taille 45 tours) limité à 300 exemplaires comprenant quatre morceaux issus de la bande originale du film. L’idéal si vous souhaitez écouter le disque dans la pénombre ou l’obscurité, où la musique du film prend vraiment toute son ampleur : rien de mieux en effet que d’écouter la musique de Guy Bonnet de nuit…

Du côté des suppléments, fidèle à ses excellentes habitudes éditoriales, Le chat qui fume fait un carton plein, avec un ensemble extrêmement complet de bonus inédits. On commencera donc avec un entretien avec Robert de Laroche (58 minutes), qui complétera de belle manière les propos tenus par ce dernier au sein du commentaire audio évoqué plus haut, animé par [Mode Suce-boules ON] le brillantissime Stéphane Bouyer. L’acteur reviendra avec une certaine nostalgie sur l’époque bénie du tournage, évoquera son parcours, son amitié avec Michel Lemoine auquel il rend un hommage vraiment vibrant, plein d’émotion sincère. On continuera ensuite avec un entretien avec Michel Lemoine (41 minutes). Réalisé en 1999 par Lucas Balbo, grand spécialiste du cinéma bis, cet entretien permettait au regretté cinéaste de dresser un bilan de sa carrière, évoquant rapidement les différentes étapes l’ayant finalement mené à la mise en scène. Évoquant pêle-mêle les cinéastes lui ayant donné l’envie de passer le cap de la réalisation (Mario Bava, Sergio Sollima, Jean Rollin et bien sûr Jess Franco). Le rythme est bien mené, les propos souvent passionnants, bref écouter parler Michel Lemoine est un véritable délice.

Retour au film à proprement parler par la suite : Le chat qui fume est en effet parvenu à retrouver une quatre scènes inédites (19 minutes), alternant entre la poésie et le trash – à voir à tout prix si vous avez du goût et que, par conséquent, avez apprécié Les week-ends maléfiques du Comte Zaroff à sa juste valeur. On trouvera également une sélection de « chutes » de tournage et de montages (10 minutes), proposées dans un hypnotique montage musical.

Mais ce n’est pas tout : Le chat nous réserve encore quelques surprises ! Les amoureux du cinéma bis et des vieilles salles parisiennes dévouées au genre pourront en effet se régaler d’un documentaire d’un peu plus de 23 minutes entièrement dédié à ces salles devenues légendaires : le Brady, le Paris-Ciné Pix, le Beverley, etc. Le tout est animé par les propos de plusieurs exploitants, d’ouvreuses, de projectionnistes… mais également du cinéaste-culte Jean Rollin, grand nom du bis en France décédé en 2010.

On terminera enfin le tour des suppléments avec la bande-annonce du film bien sûr, qui s’accompagnera également de deux courts-métrages réalisés par Robert de Laroche. Deux courts fantastiques et tout à fait sympathiques par ailleurs, l’un en noir et blanc mettant en scène un vampire (Chronique de voyage, 1971, 27 minutes), l’autre un démon statufié habitant le porche d’une église (Baphomet, 1972, 14 minutes). Pour vous procurer cette édition indispensable, rendez-vous sur le site de l’éditeur Le chat qui fume !



Critique film

A lire aussi

Laisser un commentaire