le défi du suivi des enfants scolarisés à domicile, exposés au repli communautaire



Le chef de l’État doit prononcer vendredi un discours pour détailler sa stratégie contre le séparatisme, alors que le nombre d’enfants instruits à domicile et exposés au communautarisme et à la radicalisation augmente.

En quelques années, le nombre d’élèves instruits à domicile a plus que doublé : aujourd’hui, ils sont environ 50 000 en France, selon les dernières estimations de l’Éducation nationale, avec notamment des problèmes de communautarisme, de radicalisation et in fine des retraits d’enfants de l’école de la République. La lutte contre le séparatisme sera d’ailleurs au centre du discours d’Emmanuel Macron vendredi 2 octobre, au cours duquel il présentera sa stratégie, notamment contre l’islam radical, en vue d’un futur projet de loi. 

Dans le département du Nord, une cellule anti-évitement scolaire est en place depuis la rentrée 2019. Elle rassemble les services de la préfecture, de la Caisse d’allocations familiales, de l’Éducation nationale et de six communes particulièrement touchées par ce phénomène : Lille, Roubaix, Tourcoing, Valenciennes, Denain et Maubeuge. Une première en France. 

En trois ans, le nombre d’enfants instruits à domicile dans le Nord a doublé : ils sont désormais près de 1 200 et leur suivi relève du défi. « À partir du moment où les enfants ne sont plus à l’école, on perd le contact, on perd le fil, prévient Slimane Kadri, qui tente d’approcher ces enfants scolarisés à domicile avec son association d’insertion. Sans l’école, on est un peu aveugles. On ne voit plus ce qui se passe, que ce soit en matière de santé, d’éducation, de valeur de la république… On n’a plus de suivi de ces enfants. Ils deviennent des invisibles pour la société. » 

Des « invisibles » de la République, dont une quinzaine au moins sont pris dans des situations de repli communautaire. « Ça nous arrivait de nous rendre dans une  famille qui faisait l’école à domicile, et où les collègues ont pu observer une salle de classe avec beaucoup de choses accrochées au mur comme des documents d’histoire, raconte Slimane Kadri. Mais quand nous sommes revenus sans prévenir, ce n’était plus les mêmes documents sur les murs, on avait des documents davantage à caractères confessionnels ou culturels, loin des programmes scolaires. »

Les familles nous montrent ce qu’elles ont envie de nous montrerSlimane Kadrià franceinfo

Ces situations sont difficiles à détailler également pour l’Éducation nationale. Les contrôles sont effectués une fois par an, par un inspecteur. Contrôles annoncés à l’avance et qui ont donc leur limite, reconnaît Jean-Yves Bessol, le directeur académique du Nord : « Dans la grande majorité des cas, on est face à des familles qui respectent les valeurs de la démocratie. Mais quand on est face à des choix de valeurs opposées à celles de la République et de la démocratie, c’est compliqué quelques fois. Pas compliqué de le percevoir, mais de le caractériser. » 

C’est précisément pour cela que dans six communes du Nord, des cellules spécialisées ont été constituées pour partager les données. Par exemple, des familles qui touchent des allocations de la CAF mais dont les enfants ne sont pas scolarisés et dont l’Éducation nationale n’avait pas trace. Le croisement des données à également permis de mettre en évidence du pseudo-soutien scolaire organisé. « Des associations souvent communautaristes ou religieuses créent des associations de soutien scolaire, et nous nous sommes apperçu qu’il pouvait y avoir des dérives, explique Daniel Barnier, le préfet égalité des chances du Nord. Certaines passent du soutien scolaire à des écoles de fait non déclarées. Nous avons pu mettre fin à une situation qui nous paraissait de nature à dériver. »

Ainsi, une école non déclarée a été démantelée dans la métropole lilloise. Elle prenait en charge une centaine d’enfants. Par ailleurs, cette cellule a aussi permis de repérer des familles qui n’avaient pas déclaré leur éducation à domicile. Comme à Tourcoing, où 91 enfants étaient déclarés l’an dernier. « Aujourd’hui, cette cellule nous permet de repérer les familles qui ne font pas l’instruction à domicile ou qui ne se déclarent pas », se félicite Fabienne Chanteloup, adjointe au maire de Tourcoing en charge de l’Éducation. Au total, une centaine de situations problématiques ont été repérées. Vingt enfants ont depuis été rescolarisés après des mises en demeure. Quatre-vingts autres font l’objet d’enquêtes complémentaires.



francetvinfo

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