De Chirac à Macron : l’hypothèse de la réincarnation


Le test ADN est formel : Emmanuel Macron ne partage pas le moindre gène avec Jacques Chirac. Aucun ancêtre commun entre ces deux présidents que deux générations séparent. Jacques était un coureur de fond qui a collectionné les mandats, les maroquins et les candidatures avant de s’imposer à l’Elysée. Emmanuel est un sprinter entré par effraction en politique, quand son lointain prédécesseur avait déjà pris sa retraite depuis belle lurette. Le premier jouait les simplets paillards pour mieux se faire aimer de la plèbe, le second s’est pris pour Jupiter au point de se faire détester par les plus modestes.

Entre Chirac et Macron, il y a un monde

Jacques Chirac a prétendu réduire « la fracture sociale » mais ne fit rien pour modifier les règles du jeu. Emmanuel Macron rêve de rétablir « l’égalité des chances » en multipliant les réformes… Le jeune loup pompidolien est devenu un papa gâteau en cabotant de droite à gauche. Le conseiller hollandiste s’est imposé comme le nouveau parrain en surfant de gauche à droite…

Et pourtant, c’est bien Emmanuel Macron qui semble aujourd’hui le mieux placé pour capter l’héritage immatériel du grand Jacques. Qui d’autre ? Les fils spirituels que Chirac a semés en quarante ans de carrière ne sont plus que spectres. Edouard Balladur a trahi et s’est fait châtier par son père. Une tragédie biblique. Alain Juppé s’est pris les pieds dans la primaire de la droite, Dominique de Villepin a quitté la scène publique. Quant à Nicolas Sarkozy, le fils rebelle, il est certes parvenu à dérober les clés du domaine mais n’a pas su le conserver plus de cinq ans. En miettes, la droite républicaine n’a plus de prétendant au pouvoir. D’où la bonne fortune d’Emmanuel Macron…

« Ces transmissions qui nous dépassent »

Ordonnateur de l’hommage au patriarche défunt, le président en exercice a eu l’intelligence de ne pas revendiquer une quelconque filiation. C’eût été aussi inexact que grossier ! En ouvrant les portes de l’Elysée pour permettre à des milliers de Français de signer le registre de condoléances et en organisant, ce dimanche, une cérémonie d’hommage populaire aux Invalides, il a donné la priorité au deuil de ces nombreux Français attachés au souvenir de Chirac. L’adieu à « ce grand Français » revenait d’abord à son peuple. S’effaçant derrière l’émotion nationale, Emmanuel Macron ne prononcera d’ailleurs aucun discours à l’occasion des honneurs militaires aux Invalides et de la cérémonie religieuse à Saint-Sulpice.

Réécoutez l’hommage d’Emmanuel Macron à Jacques Chirac

Mais l’actuel président n’en a pas moins souligné une troublante ressemblance avec son aîné. Très élogieuse, sa déclaration télévisée du 26 septembre dresse l’inventaire d’un legs « Macron-compatible » : préservation de l’unité de la nation « contre les extrêmes et la haine », lumière sur les heures sombres de l’Histoire, indépendance et universalisme de la patrie des droits de l’Homme, attachement à l’Europe et à l’amitié franco-allemande, urgence climatique et combat pour la sauvegarde de la planète… Comme Jacques Chirac qui triompha de Le Pen (le père) au second tour de l’élection présidentielle de 2002, Emmanuel Macron a défait Le Pen (la fille) en 2017. Dans son hommage, Emmanuel Macron a déclaré :

« Notre pays est fait de ces transmissions qui portent leur mystère et nous dépassent. »Dans les Mémoires de Le Pen : Chirac, éternel obstacle entre le FN et le pouvoir

Le symbole du bronze

Et si l’acte 2 du quinquennat macronien était chiraquien ? Déjà soupçonné de mollir en matière de réforme, le président « en marche » est accusé de « chiraquisation » rampante par ses soutiens les plus libéraux. Le président qui aimerait tant être réélu (comme Chirac) sait qu’il doit réparer son lien avec le pays. Autant prendre modèle sur celui qui « portait en lui l’amour de la France et des Français ». « Pour Jacques Chirac, nulle hiérarchie entre les parcours, entre les histoires. Simplement des femmes et des hommes, des vies qui toutes méritent une attention égale, une affection égale », a souligné Macron comme s’il reconnaissait, en creux, une erreur de sa part…

Le jeune président semble opter pour la réincarnation, un choix spirituel qui aurait sans doute séduit Chirac, ce passionné de culture asiatique ! Au Tibet, à la mort du Dalaï-Lama, les dignitaires bouddhistes mènent une enquête par monts et par vaux pour identifier son successeur. Afin de prouver qu’il est bien une réincarnation du Bouddha sur terre, l’enfant prodige généralement pressenti doit être capable de reconnaître des objets ayant appartenu au chef spirituel défunt…

Lors de son allocution en hommage à Jacques Chirac, Emmanuel Macron avait placé sur son bureau un petit cadre doré. L’Elysée a vite fait savoir qu’il s’agissait d’un portrait en bronze du général de Gaulle, offert par Chirac en remerciement de l’unique visite que lui a rendu Macron, le 21 juillet 2017. Depuis, la maladie avait empêché tout autre rapprochement entre les deux hommes. Mais en vertu de la tradition tibétaine, la présence du cadre sur la table de travail présidentielle n’indique-t-elle pas que son propriétaire pourrait être la réincarnation du grand Jacques, voire du grand Charles, pour un nouveau cycle de vie ?





nouvelobs

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