Chirac, le dernier monarque


Les Français sont un peuple versatile. Cette vérité n’est pas nouvelle. Aujourd’hui, elle prend une couleur particulière. Celle d’une nostalgie qu’on pourrait qualifier d’Ancien Régime. Comment expliquer autrement ce déferlement quasi idolâtre qui entoure le départ vers l’au-delà de l’homme qui murmurait à l’oreille des plus humbles ?

Certes, il y a le respect pour un chef d’Etat qui s’est maintenu au pouvoir durant douze ans. Certes, il y a la fascination pour la bête politique, le bretteur infatigable, le buveur de Corona, le blagueur à l’humour de corps de garde, le grand escogriffe si « près des gens », si empathique, l’acteur politique qui aurait fait un carton dans les films de Michel Audiard. Plus Français que lui ? Impossible. Certes, il y a l’homme qui a dit non à la guerre en Irak, celui qui a reconnu la responsabilité de Vichy comme complice des rafles anti-juives sur notre sol.

Tout cela n’est pas rien, bien sûr. Au contraire. Et pourtant, il flotte sur ces célébrations populaires un parfum de mélancolie. Jacques Chirac est notre dernier monarque. Le dernier à avoir effectué un septennat, modèle instauré par de Gaulle pour marier une bonne fois pour toutes la royauté et la République en un seul corps, un président élu au suffrage universel, aux pouvoirs immenses, quasi monarchiques. Un Pacs entre Louis XVI et Robespierre.Jacques Chirac a-t-il trahi de Gaulle ?

La mort du roi républicain

Depuis la Révolution française, la France fait du yoyo entre deux systèmes, monarchie (parfois sous la forme impériale) ou République (plus ou moins autoritaire). Le fondateur de la Ve République voulait en finir avec cette fragilité politique quasi génétique. Depuis 1958, tous les locataires de l’Elysée ont connu ce frisson, cette fièvre du monarque républicain. Jacques Chirac en avait, plus que tout autre, toutes les qualités. Il occupait le haut et le bas du spectre politique. Enarque et paysan. Intellectuel et buveur de gros rouge qui tache. Grand par la taille, donc inaccessible, et, dans le même temps, si familier, si familial, si près du plancher des vaches.

Pourquoi donc s’est-il tiré une balle dans le pied en instaurant, avec l’aide de Lionel Jospin, le diabolique quinquennat qui a bouleversé la mécanique de la Ve République, en transformant un président, à peine élu, en déjà candidat à sa propre succession ? Le virage hollandais d’Emmanuel Macron, déjà tourné vers 2022, en cette fin d’année, en est la forme la plus éclatante. Le quinquennat a totalement modifié la fonction présidentielle, la dépouillant, pour le pire ou le meilleur, de ses attributs monarchiques. Une forme de filouterie institutionnelle aux conséquences majeures. La principale ? La mort du roi républicain.

De Chirac à Macron : l’hypothèse de la réincarnation

Nicolas Sarkozy et François Hollande, chacun à leur manière, ont été victimes de ce tsunami invisible. Leur crédibilité « présidentielle » est littéralement partie en fumée. C’est ce terrible paradoxe que nous vivons aujourd’hui. Les Français pleurent à chaudes larmes un roi républicain, le dernier d’une dynastie éteinte après lui. La politique peut-elle survivre sans une part de mystique ? C’est un sujet que les historiens vont pouvoir méditer encore de nombreuses années.





nouvelobs

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