le mystère d’une phrase chuchotée


Nous voilà rassurés. Il n’y a donc pas eu de scandale lors de la cérémonie religieuse de l’église Saint-Sulpice. Pas de dérapage. Pas de petite saillie indigne d’un ancien président à une ancienne première dame.

Pourtant, durant quelques heures, les réseaux sociaux ont frétillé de concert, tout excités à l’idée que dans un lieu de culte, voué à la rédemption et au pardon, à quelques mètres de la dépouille de Jacques Chirac, François Hollande ait pu froisser Carla Bruni en lui susurrant quelque phrase assassine. Les images de l’ex-top model, offusquée ou choquée, ou simplement surprise par les propos de son voisin de banc, ont couru la Toile dans une guillerette frénésie.

De quoi nourrir les tabloïds affamés de scoops ravageurs ? En fait, il n’en fut rien. L’affaire a fait pschitt. Le complice corrézien de l’auguste défunt n’aurait fait qu’évoquer l’état de santé de Bernadette Chirac, expliquant, par là, son absence à l’office catholique. La petite histoire, pour ne pas dire le vaudeville, par bonheur, n’est pas venue percuter la grande. Le départ du grand Jacques fut organisé au cordeau, sans fausse note à quelques détails près.

Selfies, fautes d’orthographe et oubli : les couacs de l’hommage à Jacques Chirac

Ou presque. Car, à y regarder de près, quelle drôle d’idée ont eue les placeurs d’installer l’épouse de Nicolas Sarkozy tout à côté de celui qu’elle fustigea avec délice dans une chanson, « le Pingouin » ? Tout, dans l’attitude de Mme Bruni-Sarkozy, montrait son agacement par cette erreur du protocole. Le téléspectateur, malgré son empathie et sa tristesse en pareilles circonstances, ne pouvait que se souvenir de la violence des rapports entre le couple Sarkozy et l’ancien locataire socialiste de l’Elysée.

Au cœur de la tragédie du décès de l’homme qui murmurait à l’oreille des sumotoris, il voyait poindre les rancœurs passées, les petites phrases féroces, la détestation jamais tarie entre deux animaux politiques, Nicolas et François. Et, à quelques mètres d’eux, Jacques Chirac, le parrain éternel, trahi par le premier en 1995, révélant perfidement qu’il accorderait sa voix au second, à l’élection présidentielle de 2012.

François Hollande : « Jacques Chirac était un combattant »

La grande chaîne des trahisons et des vengeances. On ne se remet pas de ces meurtrissures. Elles réapparaissent, sans crier gare, dans des moments solennels, comme celui de la messe de Saint-Sulpice. Un regard, un mouvement des lèvres, un clignement des sourcils, sont interprétés comme des signaux politiques. C’est la dure loi de l’information continue, où pas un geste n’échappe aux décrypteurs, voyeurs et autres « twitteurs » compulsifs, relayeurs sur les réseaux de tous les fantasmes qui polluent les coulisses de la vie politique. Carla Bruni, donc, au final, n’a pas été offensée par le « Pingouin ».

Ce que François Hollande a réellement dit à Carla Bruni

Ouf ! Il n’y aura pas de duel dans un pré du bois de Boulogne. Reste la rancune tenace entre deux acteurs clés de la fin de vie du président « adoré » des Français. La scène, de là où il est, l’aurait sans doute beaucoup amusé. Nous ne le saurons sans doute jamais.





nouvelobs

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