Critique : Billie | Critique Film


Grande-Bretagne : 2019
Titre original : –
Réalisation : James Erskine
Interprètes : Billie Holiday, Count Basie, Tony Bennett, Billy Eckstine, Sylvia Syms
Distribution : L’Atelier Distribution
Durée : 1h32
Genre : Documentaire, Biopic, Musical
Date de sortie : 30 septembre 2020

A l’instar de Maria Callas pour l’opéra, de Oum Kalthoum pour la musique arabe, d’Edith Piaf pour la chanson française, de Chavela Vargas pour la musique Ranchera du Mexique, d’Amália Rodrigues pour le fado de Lisbonne, Billie Holiday est souvent considérée comme ayant été la plus grande chanteuse de l’histoire du jazz. Au point que, en 1999, sa chanson la plus connue, « Strange Fruit », a été désignée plus grande chanson du 20ème siècle par Time Magazine. La vie de Billie a été courte et tumultueuse. Dans les années 70, 12 ans après la mort de Billie, une journaliste américaine, Linda Lipnack Kuehl, a entamé les recherches dans le but d’écrire sa biographie. Un travail colossal qui s’est traduit par 200 heures d’interviews de celles et ceux qui avaient connu la chanteuse, un travail que Linda Kuehl n’a pas pu mener jusqu’à son terme. Les bandes sonores qu’elle avait enregistrées et le manuscrit qu’elle avait écrit sont restés dans l’oubli pendant 40 ans, après sa mort suspecte en 1978. Lorsque le documentariste britannique James Erskine a décidé de mettre en images la vie de Billie, une recherche a été effectuée pour retrouver tout ce matériel : il était chez un collectionneur qui l’avait acheté à la famille de Linda Kuehl à la fin des années 80. Ces bandes, auxquelles viennent s’ajouter des extraits d’archives filmées et de très nombreuses photographies, constituent le fil conducteur de Billie.

Synopsis : BILLIE HOLIDAY est l’une des plus grandes voix de tous les temps. Elle fut la première icône de la protestation contre le racisme ce qui lui a valu de puissants ennemis. A la fin des années 1960, la journaliste Linda Lipnack Kuehl commence une biographie officielle de l’artiste. Elle recueille 200 heures de témoignages incroyables : Charles Mingus Tony Bennett, Sylvia Syms, Count Basie, ses amants, ses avocats, ses proxénètes et même les agents du FBI qui l’ont arrêtée….Mais le livre de Linda n’a jamais été terminé et les bandes sont restées inédites … jusqu’à présent.
BILLIE est l’histoire de la chanteuse qui a changé le visage de la musique américaine et de la journaliste qui est morte en essayant de raconter l’histoire de Lady telle qu’elle était.

Billie de A à Z

Cela représente une surprise, mais ce documentaire consacré à Billie Holiday commence par nous évoquer la mort d’une journaliste dont le corps a été découvert au matin du 6 février 1978 dans une rue de Washington D.C. La surprise est de courte durée puisque, aussitôt, on nous explique que Linda Lipnack Kuehl, cette journaliste, « avait consacré sa vie, durant la décade précédant sa mort, à retracer la véritable histoire de la légendaire chanteuse Billie Holiday« . Comme le film de James Erskine doit beaucoup au travail de Linda Kuehl, il est apparu normal au réalisateur de mettre cette dernière en exergue  dès l’entame de sa production.

De sa naissance le 7 avril 1915 jusqu’à sa mort le 17 juillet 1959, Billie dresse un portrait sans fard de celle qui fut surnommée Lady Day par Lester Young, saxophoniste dans l’orchestre de Count Basie : une femme qui a tapiné dans sa jeunesse (« il fallait bien survivre »), qui n’aimait pas les hommes à qui elle plaisait, qui jurait comme un charretier, une femme aux tendances masochistes assumées, qui passa par la case prison, qui fut accro aussi bien à des femmes qu’à des hommes, à l’alcool et à la came (« et, quand elle était accro, elle l’était vraiment ! »), une chanteuse qui a commencé à se produire à Harlem dès l’âge de 14 ans et qui fut, en 1938, la première femme noire à être engagée dans un orchestre blanc. Il serait hors de propos de dévoiler tout ce que ce film si riche nous apprend. On se contentera de quelques « détails ». Par exemple, le fait que John Hammond, le producteur qui l’a lancée, a, plus tard, mis sur les rails les carrières de Bob Dylan, de Leonard Cohen et de Bruce Springsteen. Que la comparaison suivante est faite entre Ella Fitzgerald et Billie Holiday : « Quand Ella dit « Mon homme est parti », on croirait que son jules est parti acheter du pain ; quand Lady Day dit « Mon homme est parti », on voit un gus loin sur la route, il a fait sa valise et il ne reviendra pas ». Que, comme le dit un de ses collègues d’orchestre, « Du fait de la ségrégation raciale, Billie ne pouvait pas utiliser les WC dans une station service ; nous, au moins, on pouvait aller dans les bois ». Que les gens venus pour l’entendre entraient par la grande porte, alors que Billie devait passer par les cuisines pour aller chanter. Quant à la séquence la plus émouvante de ce film, par ailleurs bourré d’émotion, c’est à coup sûr lorsqu’on voit et qu’on entend Billie Holiday interpréter « Strange Fruit », cette chanson écrite en 1937 par Abel Meeropol sous le pseudonyme Lewis Allan et que Billie Holiday interpréta pour la première fois en 1939 au Café Society de New-York : une chanson de révolte contre les lynchages de noirs, alors pratiqués de façon courante dans les Etats du Sud des Etats-Unis.

Un travail méticuleux

Souhaitant que Billie trouve un écho important auprès du public et tout particulièrement auprès des jeunes, James Erskine n’a pas lésiné sur l’amélioration des pièces dont il disposait, que ce soit en ce qui concerne les images que le son : procéder à la coloration d’un certain nombre de films d’archive mettant en scène Billie Holiday, rendre parfaitement audibles les interviews réalisées par Linda Kuehl dans les années 70 sur un simple magnétophone à cassettes avec, en plus, un fond sonore important, choisir des photos prises par de grands photographes tout au long de la carrière de Billie. Si James Erskine nous fait suivre pas à pas la carrière de Billie Holiday, il n’oublie pas de revenir régulièrement vers Linda Lipnack Kuehl, en particulier au travers de discussions avec Myra Luftman, sa sœur, et ce d’autant plus que la mort de cette femme qui avait fini par s’identifier à Billie Holiday, n’a jamais été vraiment élucidée.

Conclusion

Que vous connaissiez ou non Billie Holiday, que vous aimiez ou non le jazz, toutes les raisons sont réunies pour vous inciter à aller voir Billie : un documentaire très fouillé et passionnant, la présentation sans fard d’une femme attachante malgré ses défauts, une femme vivant dans un monde d’hommes, une femme noire confrontée à la ségrégation raciale de l’époque.



Critique film

A lire aussi

Laisser un commentaire