Entré dans Lagardère par la holding, Bernard Arnault prend pied au sein du groupe


Le groupe Lagardère, déjà bousculé par ses deux premiers actionnaires Vivendi et le fonds Amber Capital, a vu débarquer jeudi dans son capital l’homme le plus riche de France Bernard Arnault, un « soutien » qui a également pris un quart de la holding du groupe.

Le « partenariat » finalisé jeudi soir par un communiqué commun aux familles Arnault et Lagardère, consiste dans l’acquisition par Financière Agache (un instrument financier de Bernard Arnault) de 27% de la holding personnelle d’Arnaud Lagardère, qui détient sa participation de 7,26% dans le groupe qui porte son nom.

A cet investissement de quelque 80 millions d’euros s’ajoute une surprise, la prise de « participation directe » de Bernard Arnault de 5,5% du capital du groupe Lagardère, qui s’élève, au prix du marché, à une centaine de millions d’euros.

« La concrétisation de notre investissement dans Lagardère Capital et dans Lagardère SCA solidifie notre engagement aux côtés d’Arnaud Lagardère », a commenté Bernard Arnault, cité dans le communiqué. Son entourage a précisé à l’AFP que cette acquisition de titres devrait se poursuivre en fonction des conditions de marché.

Pour sceller l’alliance, le patron de LVMH a obtenu un siège sur quatre au sein du conseil d’administration d’Arjil Commanditée – Arco, une société-clé dans le statut si particulier du groupe Lagardère qui permet de verrouiller son contrôle par l’héritier du fondateur Jean-Luc Lagardère.

Selon l’entourage d’Arnaud Lagardère, ces opérations confirment l’engagement « durable » de Bernard Arnault qui agira désormais « de concert » avec Arnaud Lagardère, mais ne modifient pas le contrôle des sociétés de tête du groupe.

Pourtant, c’est cet argument qu’ont repris jeudi les principaux actionnaires de Lagardère, le géant des médias Vivendi et le fonds britannique Amber Capital, qui demandent en justice l’organisation d’une assemblée générale exceptionnelle.

« Nous ne demandons pas une faveur, mais l’exercice d’un droit » reconnu aux actionnaires, a affirmé Eric Laut, l’un des conseils de Vivendi, lors d’une audience devant le tribunal de commerce de Paris qui rendra sa décision le 14 octobre.

– Le Qatar sort du silence –

Le géant des médias et le fonds britannique Amber Capital détiennent ensemble un peu moins de 45% du capital de Lagardère et veulent nommer quatre membres au sein du conseil de surveillance.

Arnaud Lagardère à Paris le 10 mai 2019 (AFP/Archives – ERIC PIERMONT)

Leur requête conjointe, qui avait été refusée fin août par Lagardère, a été considérée « légitime » mardi soir par le fonds souverain qatari, un actionnaire de longue date du groupe (13% des parts) dans un communiqué exceptionnel.

Pour Amber et Vivendi qui présentent un bilan désastreux de la gérance du groupe d’édition (Hachette) et de distribution dans les gares et aéroports (Relay), et insistent sur ses pertes au premier semestre dues à la pandémie de Covid-19, Lagardère est « une société qui souffre et qui va continuer de beaucoup souffrir ».

Ils contestent ainsi le renouvellement anticipé par le conseil de surveillance, le 17 août, du mandat de gérant de l’associé commandité Arnaud Lagardère pour quatre années supplémentaires.

Pour justifier l’urgence d’organiser une AG avant celle prévue en mai, l’avocate d’Amber, Diane Lamarche, a d’ailleurs avancé l’argument selon lequel « tant que le mandat (d’Arnaud Lagardère) n’est pas arrivé à échéance (en mars 2021), son renouvellement anticipé peut être remis en cause » par un autre conseil de surveillance. Un argument rejeté aussitôt par la défense de Lagardère comme n’ayant « aucune base légale ».

Celle-ci n’a eu de cesse de renvoyer les demandeurs dos à dos et à leur intérêt propre.

Selon l’avocat de Lagardère, Didier Malka, Amber voudrait « rejouer le match » de la dernière AG qui a vu toutes ses résolutions rejetées, notamment par Vivendi.

Le retournement d’alliance de ce dernier, contrôlé par Vincent Bolloré, n’aurait pour sa part été causé que parce que le +raider+ breton a été « contrarié » par l’arrivée inopinée du nordiste Bernard Arnault, selon Me Malka.

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