Unilever va consacrer 1 milliard de dollars pour supprimer les fossiles de ses produits d’entretien



Publié le 24 septembre 2020

Depuis quelques mois Unilever multiplie les annonces liées à la réduction de son empreinte environnementale. Après avoir annoncé 1 milliard de dollars pour des projets liés à la biodiversité, le géant de la grande consommation assure qu’il va consacrer un autre milliard à l’élimination des dérivés de combustibles fossiles dans ses produits d’entretien. L’engagement plait aux investisseurs même s’il doit être confirmé par d’autres actions selon les experts. 

Pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2040, Unilever va employer les grands moyens. C’est en substance le message adressé par le leader mondial des produits de grande consommation en annonçant 1 milliard d’euros pour réduire l’empreinte carbone de ses produits d’entretien.

Ses marques – Omo, Persil, Skip ou Cif – sont parmi les plus vendues dans le monde. En 2019, ce segment a tiré la croissance d’Unilever avec un chiffre d’affaires de 12 milliards de dollars, en hausse de près de 3 %. La crise du Covid-19 a accéléré la tendance avec une « demande sans précédent » sur ce type de produit, mais aussi une exigence de durabilité, précise le groupe.

Initiative « sans précédent »

Or les produits d’entretien ont une empreinte carbone non négligeable en raison notamment de l’utilisation de substances chimiques issues de combustibles fossiles. Les tensio-actifs ou le carbonate de sodium destinés à améliorer l’efficacité des lessives et autres détergents comptent ainsi pour près de la moitié des émissions carbone sur l’ensemble du cycle de vie des produits. Unilever a donc décidé de se passer de tels ingrédients pour réduire ses émissions de près de 20 % sur le segment.

Son initiative, baptisée « Carbon rainbow » (« carbone arc-en-ciel »), vise à mobiliser d’autres sources de carbone. Le carbone d’origine fossile (le carbone noir) sera remplacé par l’utilisation de CO² capté (le carbone violet), de plantes et de sources biologiques (le carbone vert), de sources maritimes comme les algues (le carbone bleu), et de carbone obtenu à partir de déchets (le carbone gris).

Ce projet, qui demande des investissements d’envergure en biotechnologies va permettre de « revoir radicalement les activités » d’Unilever en créant des « produits biodégradables, économes en eau et utilisant moitié moins de plastique à usage unique d’ici 2025« , promet Peter ter Kulve, président du département Home Care. « En tant qu’entreprise, nous devons mettre fin à notre dépendance vis-à-vis des combustibles d’origine fossile, y compris en tant que matières premières pour nos produits, dit-il. Nous devons cesser d’extraire le carbone du sous-sol alors qu’il est présent en abondance à la surface et au-dessus et apprendre à l’exploiter à grande échelle. »  

Des investisseurs conquis, des ONG plus prudentes

L’initiative semble convaincre les investisseurs : le jour de l’annonce, l’action a gagné plus de 2,5 % à la bourse d’Amsterdam. La réduction de l’empreinte carbone du groupe est en effet largement mise en avant comme levier stratégique. « C’est ce type de projets qui donne aux investisseurs l’assurance que l’entreprise essaie vraiment de s’attaquer au problème et d’éviter le greenwashing« , commente Carole Ferguson, la responsable de la recherche investisseurs du CDP, une initiative d’investisseurs destinée à faire la transparence sur les actions des entreprises en matière d’environnement au Financial Times.

Coté ONG, le WWF voit dans la démarche « un potentiel réel pour apporter une contribution à une économie décarbonée » du fait de son déploiement auprès de tous les fournisseurs mais Greenpeace est plus sévère. « Si le groupe est sérieux sur le climat », il doit aussi s’attaquer au plastique et investir dans les matériaux renouvelables, précise l’association à l’AFP. 

« L’initiative d’Unilever est intéressante mais attention à raisonner en termes d’analyse de cycle de vie et aux transferts de pollution. Car les détergents ont bien d’autres impacts, sur la biodiversité notamment via l’écotoxicité aquatique ou l’utilisation des ressources », insiste de son côté Emily Spiesser, qui s’occupe de Consommation Responsable, à l’Ademe. Des labels comme l’écolabel européen permettent de prendre cette logique en compte et des marques qui l’arborent – Rainett, Lea Nature- utilisent déjà des tensioactifs végétaux depuis plusieurs années…

Béatrice Héraud, @beatriceheraud  





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