il n’existe « aucune alternative opérationnelle », selon un rapport d’experts



Publié le 23 septembre 2020

Alors que la jaunisse ravage les cultures de betteraves, le gouvernement soutient la réintroduction temporaire des néonicotinoïdes, ces « pesticides tueurs d’abeille » pour sauver la filière. Face à la fronde des écologistes, les professionnels concernés ont publié un plan pour accélérer leur transition et « protéger les pollinisateurs ». Car, aujourd’hui, aucune alternative n’est aussi efficace que ces produits phytosanitaires, assure l’Inrae, chargé de trouver des alternatives.

C’est un constat sans appel que dressent l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) et l’Institut technique de la betterave. Dans leur plan national de recherche et d’innovation publié le 22 septembre, les deux organismes estiment, qu’à ce stade, « aucune solution chimique ou non chimique ne se rapproche en efficacité des traitements chimiques à base de néonicotinoïde ». Concrètement, « il y a des voies prometteuses mais, aujourd’hui, il n’y a pas de voie opérationnelle à grande échelle pour une année comme 2020 », souligne Philippe Mauguin, PDG de l’INRAE. 

Depuis plusieurs mois, les cultures de betteraves sont en effet ravagées par la jaunisse. Les parcelles les plus touchées pourraient perdre jusqu’à 40 % de leurs rendements, menaçant plus de 46 000 emplois dans la filière sucrière française. Les professionnels ont donc demandé une dérogation afin de pouvoir utiliser les néonicotinoïdes, ces « pesticides tueurs d’abeille » interdits depuis deux ans en France. Le gouvernement, comme douze autres pays européens, a accepté cette dérogation temporaire. Mais face à la levée de boucliers des écologistes, il a demandé des contreparties. 

Fin des néonicotinoïdes en 2024

La filière devra trouver des alternatives, en collaboration avec l’INRAE, d’ici 2024, date à laquelle la dérogation prendra fin. Sept millions d’euros sur trois ans sont mis sur la table pour atteindre cet objectif. « On espère progresser notamment sur des variétés résistantes, parce qu’on s’est donné un énorme potentiel génétique, avec de la diversité génétique (sans OGM) à la suite du programme », a déclaré lors d’un entretien à l’AFP Philippe Mauguin. Comme souvent en agronomie, toutefois, le salut des betteraviers viendra d’une « combinaison de solutions », a-t-il prévenu.

Parallèlement, les professionnels se sont notamment engagés à réduire « de 25 % » l’utilisation des néonicotinoïdes en enrobage de semence « par rapport à la pratique précédente ». Ils s’engagent aussi à restreindre à « une seule année » l’utilisation de semences traitées aux néonicotinoïdes par parcelle sur la période de transition 2021-2023. Autre engagement du plan de prévention, la « mise en place de fermes pilotes en conditions réelles d’exploitation sur 500 hectares dès 2021 (1 000 hectares en 2023), parmi les surfaces conduites sans néonicotinoïdes, afin de démontrer les résultats de la recherche et les innovations ».

Barbara Pompili détricote sa propre loi 

Ces engagements sont loin d’être suffisants pour les écologistes qui appellent à voter contre le projet de loi qui sera débattu à partir du 5 octobre à l’Assemblée nationale. La réintroduction de ces « pesticides tueurs d’abeille » marque « le plus grave recul d’une décision gouvernementale sur la protection du vivant depuis des années », juge l’ancienne ministre de l’écologie Delphine Batho. Même le camp LREM est divisé sur cette question. Plusieurs députés de la majorité ont ainsi fait valoir qu’ils voteraient en faveur du texte de loi seulement si cette dérogation est limitée explicitement aux seules betteraves. Une précision que le gouvernement n’a pas souhaité apporter, défendant une possible censure du Conseil constitutionnel. 

En attendant, c’est la ministre de la Transition écologique et solidaire qui marche sur un fil. Barbara Pompili va en effet détricoter la loi sur l’interdiction des néonicotinoïdes qu’elle avait elle-même soutenue en tant que secrétaire d’État sous François Hollande. Elle dénonçait alors des pesticides « extrêmement dangereux pour les abeilles et au-delà » qui « restent « très longtemps dans les sols. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas », prévenait-elle. La France s’enorgueillait alors d’être « plus que jamais à la pointe sur l’interdiction des produits phytopharmaceutiques dangereux pour les pollinisateurs ».

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP





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