Test Blu-ray : Le diable et les 10 commandements


France, Italie : 1962
Titre original : –
Réalisation : Julien Duvivier
Scénario : Julien Duvivier, Maurice Bessy
Acteurs : Michel Simon, Alain Delon, Louis de Funès
Éditeur : Coin de mire Cinéma
Durée : 2h25
Genre : Comédie, Film à sketches
Date de sortie cinéma : 14 septembre 1962
Date de sortie DVD/BR : 4 septembre 2020

Si le diable n’existait pas, les Dix commandements n’auraient aucune raison d’être…puisque la tentation n’existerait pas… Mais le mensonge et les vices se glissent partout dans les âmes humaines, surtout là où il ne faudrait pas, ce qui amuse beaucoup le Diable, grand meneur de jeu au sein de ces huit tranches de vie…

Le film

[4/5]

Le diable et les 10 commandements était déjà disponible en DVD sur le territoire français. Le film de Julien Duvivier était en effet sorti en 2005 chez René Château, puis en 2015 chez TF1 Studio. Pourtant, la sortie du film chez Coin de mire Cinéma au sein de la fameuse collection « La séance » constitue un véritable événement. Pourquoi, me demanderez-vous ? Tout simplement parce que l’éditeur français nous propose non seulement un nouveau master 4K de toute beauté mais aussi et surtout parce que cette version remasterisée est en fait la « version intégrale » du film, visible pour la toute première fois en France !

Le film comportait en effet à l’origine huit sketches, pour une durée totale de 2h25. Le coffret Digibook prestige de Le diable et les 10 commandements nous permet donc de découvrir le deuxième chapitre du récit tel qu’il avait été imaginé par Julien Duvivier à l’origine. Le sketch L’œuvre de chair ne désireras qu’en mariage seulement, dialogué par Pascal Jardin, n’était jusqu’ici sorti qu’en Allemagne et au Japon. Il tourne autour d’un homme (Henri Tisot) obsédé par une danseuse « exotique » interprétée par Dany Saval. Il met également en scène Roger Nicolas et Mireille Darc dans un tout petit rôle.

Le diable et les 10 commandements est donc un « film à sketches », genre extrêmement populaire dans les années 50/60 en France et en Italie. D’autant plus populaire quand il aborde le domaine de la comédie de mœurs et des sujets brûlants au parfum de scandale ! Le recours au film à sketches, c’est également l’occasion pour Julien Duvivier de réunir un extraordinaire casting, composé de – tenez-vous bien – Michel Simon, Dany Saval, Lino Ventura, Henri Tisot, Charles Aznavour, Maurice Biraud, Jean-Claude Brialy, Jean Carmet, Mireille Darc, Danielle Darrieux, Claude Dauphin, Alain Delon, Fernandel, Louis de Funès, Micheline Presle, Noël Roquevert ou encore Georges Wilson…

Ils sont venus, ils sont tous là, tous sympathisants d’un cinéma « à papa », à l’ancienne, en opposition à la Nouvelle Vague qui vient de débarquer sur les écrans français, et auquel le film fait d’ailleurs explicitement référence, de façon assez amusante d’ailleurs, puisque c’est le Diable en personne qui en parlera à travers la voix de Claude Rich : « Ta génération, elle est très prometteuse… J’y ai beaucoup d’amis ! J’aime la Nouvelle Vague, moi… Tous ces gaillards qui pensent que la vie est un voyage, et qu’il vaut mieux le faire en première classe ! ». La saillie est sévère, d’autant qu’elle apparaît à l’image alors que Jean-Claude Brialy entre en scène – lui qui tournait indépendamment pour les anciens et pour la jeune garde du cinéma français…

Mais Le diable et les 10 commandements n’en est pas pour autant un brûlot destiné à fâcher François Truffaut et Les cahiers du Cinéma. Il s’agit en effet avant tout d’une comédie populaire jonglant avec les têtes connues tout autant qu’avec les thématiques gentiment scandaleuses : mœurs, religion, argent tout puissant – sous couvert de sketches ayant trait aux « 10 commandements », Jean Duvivier et son camarade co-scénariste Maurice Bessy s’en donnent à cœur joie dans le but de fustiger les travers de leurs contemporains, avec l’aide de dialogues volontiers misogynes signés René Barjavel, Henri Jeanson, Michel Audiard et Pascal Jardin.

Les travers des français évoqués au cœur du film sont parfois triviaux et amusants, mais à l’occasion, ne prêteront plus réellement à sourire – l’épisode mettant en scène Charles Aznavour et Lino Ventura est par exemple franchement dramatique. Ainsi, Le diable et les 10 commandements pratique le grand écart en termes de tonalité, même si la tendance générale est à la comédie féroce – presque à l’italienne, cynique, pessimiste, dressant le portrait d’un monde abandonné aux tentations, à l’avidité, aux plaisirs les plus triviaux.

Bien sûr, un des défauts du film à sketches en général est son manque d’homogénéité. Inévitablement, Le diable et les 10 commandements est inégal, et chaque spectateur y ira de sa préférence pour tel ou tel sketch. La durée du film, rallongée de vingt minutes par rapport à celle que l’on connaissait jusqu’ici, n’aide d’ailleurs pas spécialement le film de Duvivier à trouver son équilibre. Cela dit, les huit sketches s’avèrent solides et comptent tous leur petit moment de bravoure qui les rendent indispensables : la danse de l’escargot de Dany Saval, la découverte du sac de bijoux par Françoise Arnoul, le face à face entre Aznavour et Ventura, l’ambulance emmenant Fernandel, la tentative de séduction de Danielle Darrieux sur Alain Delon ou encore le tapissage de suspects opposant Brialy à un Louis De Funès en très grande forme. Un excellent moment.

La collection « La séance »

Voilà bientôt deux ans que Coin de mire Cinéma propose avec régularité au public de se replonger dans de véritables classiques du cinéma populaire français, tous disponibles au cœur de sa riche collection « La séance ». En l’espace de ces deux années de passion, le soin maniaque apporté par l’éditeur à sa sélection de films du patrimoine français a clairement porté ses fruits. Ainsi, Coin de mire est parvenu à se faire une place de tout premier ordre dans le cœur des cinéphiles français. L’éditeur s’impose en effet comme une véritable référence en termes de qualité de transfert et de suppléments, les titres de la collection se suivent et ne se ressemblent pas, prouvant à ceux qui en douteraient encore la richesse infinie du catalogue hexagonal en matière de cinéma populaire. Une telle initiative est forcément à soutenir, surtout à une époque où le marché de la vidéo « physique » se réduit comme peau de chagrin d’année en année.

Chaque titre de la collection « La séance » édité par Coin de mire s’affiche donc dans une superbe édition Combo Blu-ray + DVD + Livret prenant la forme d’un Mediabook au design soigné et à la finition maniaque. Chaque coffret Digibook prestige est numéroté et limité à 3.000 exemplaires. Un livret inédit comportant de nombreux documents d’archive est cousu au boîtier (on trouvera notamment ici un amusant roman photo reconstituant le premier sketch du film, avec Michel Simon). Les coffrets comprennent également la reproduction de 10 photos d’exploitation sur papier glacé (format 12×15 cm), glissés dans deux étuis cartonnés aux côtés de la reproduction de l’affiche originale (format 21×29 cm). Chaque nouveau titre de la collection « La séance » s’intègre de plus dans la charte graphique de la collection depuis ses débuts à l’automne 2018 : fond noir, composition d’une nouvelle affiche à partir des photos Noir et Blanc, lettres dorées. Le packaging et le soin apporté aux finitions de ces éditions en font de véritables références en termes de qualité. Chaque coffret Digibook prestige estampillé « La séance » s’impose donc comme un superbe objet de collection que vous serez fier de voir trôner sur vos étagères.

L’autre originalité de cette collection est de proposer au cinéphile une « séance » de cinéma complète, avec les actualités Pathé de la semaine de la sortie du film, les publicités d’époque (qu’on appelait encore « réclames ») qui seront bien sûr suivies du film, restauré en Haute-Définition, 2K ou 4K selon les cas. Dans le cas de Le diable et les 10 commandements, il s’agit d’une restauration 4K réalisée par TF1 Studio avec la participation du CNC. C’est lors de la restauration du film que les éléments techniques du huitième sketch inédit en France ont été retrouvés. Ayant pu être reconstitué selon le montage d’origine en se basant sur les informations disponibles, le film se présente aujourd’hui dans une version intégrale inédite.

La cinquième vague de la collection « La séance » débarquera le 4 septembre. Les six nouveaux films intégrant la collection la portent aujourd’hui à un total de 31 titres. Les six films annoncés sur cette nouvelle vague ont de quoi mettre l’eau à la bouche des cinéphiles, puisqu’il s’agit de Les évadés (Jean-Paul Le Chanois, 1955), Maigret tend un piège (Jean Delannoy, 1958), Maxime (Henri Verneuil, 1958), Maigret et l’affaire Saint-Fiacre (Jean Delannoy, 1959), Le diable et les 10 commandements (Julien Duvivier, 1962) et Maigret voit rouge (Gilles Grangier, 1963). Pour connaître et commander les joyaux issus de cette magnifique collection, on vous invite à vous rendre au plus vite sur le site de l’éditeur.

Le coffret Digibook prestige

[5/5]

Le diable et les 10 commandements intègre donc aujourd’hui la prestigieuse collection de coffrets Digibook prestige « La séance », éditée par Coin de mire Cinéma. A l’occasion de cette nouvelle édition Blu-ray, le film de Julien Duvivier a été restauré en 4K, et le résultat est vraiment de toute beauté : le grain argentique n’a pas été gommé, le piqué est d’une précision surprenante, le noir et blanc ainsi que les contrastes sont extraordinaires, et le tout affiche un niveau de détail élevé. Du travail d’orfèvre numérique ! Côté son, le film est proposé dans un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 et mono d’origine, clair et sans souffle : c’est parfait.

Dans la section suppléments, outre la traditionnelle et inévitable bande-annonce du film, tout l’intérêt de la collection « La séance » est de pouvoir reconstituer une séance de cinéma complète « comme à l’époque », avec tout d’abord les Actualités Pathé de la 37ème semaine de l’année 1962 (9 minutes). Le journal s’ouvre sur un peu de sport, avec le championnat d’aviron de Lucerne, pour continuer avec l’entrée dans Alger de l’armée populaire du colonel Boumédiène, un tour de France économique d’une classe de lycéens français et le salon aéronautique de Farnborough. On continuera ensuite avec un long retour sur la visite « triomphale » en Allemagne du général de Gaulle (septembre 1962). Après cette amusante propagande dédiée au Général et la bande-annonce des Bonnes causes (Christian-Jaque, 1963), on se plongera dans une page de réclames publicitaires de cette année 1962 (7 minutes) : les caramels Dupont D’Isigny, « qui vous offrent avec chaque boite la photo d’une grande vedette », les esquimaux Kim d’Heudebert, les bonbons Mintips de Nestlé, la charcuterie Malefant à Montereau (77), la bière Spéciale Meuse, la véritable fermeture Éclair, les appareils photo Savoy de Royer et enfin les biscuits Brun, dans une pub qui risque fort de faire sourire les Ch’tis pour ce qu’elle signifie en patois nordiste.



Critique film

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