Anne Hidalgo, prête pour 2022 ?


« Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? » La formule, désormais mythique, du conte de Perrault, qui trouve ses origines dans l’Enéide, pourrait-elle s’appliquer à la maire de Paris ? Depuis quelques jours, le nom d’Anne Hidalgo hante les bureaux des rédactions et des instituts de sondage. Partout s’élèvent des voix qui se lancent dans un nouveau jeu : la pêche à la recherche d’un sauveur de la gauche. Cette gauche bien malade, actuellement sous respiration artificielle, avançant en ordre dispersé, balbutiant des mots d’ordre d’unité auxquels personne ne croit vraiment.

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La traque d’un Monsieur ou d’une Madame X est donc bel et bien lancée pour ne pas désespérer Billancourt en 2022. Et si c’était une femme ? Et pas n’importe laquelle, cette « Anne, ma sœur Anne », qui, du haut de sa forteresse parisienne, observe le lent et inexorable déclin d’une opposition en capilotade, pourrait-elle jouer ce rôle de secouriste miracle ? Les observateurs avisés n’hésitent pas à lui prédire un destin national. Vont-ils trop vite en besogne ?

A priori, la maire de Paris coche de nombreuses cases pour avoir une chance de fédérer écologistes, socialistes, communistes et centristes. Elle s’est fait réélire à Paris, en juin dernier, en maintenant tant bien que mal cette unité fragile entre toutes ces composantes, unité toujours à consolider. Pour réussir ce tour de force, il lui a fallu patience et détermination, et surtout cet art de surveiller au jour le jour cet attelage improbable vert-rouge, mais qui lui permet de gouverner une capitale turbulente et ronchonne. Un travail politique qu’on pourrait qualifier de minutieux, tant l’exercice relève de l’horlogerie. Le moindre faux pas, la moindre faute de care, et c’est l’accident assuré.

Sens politique acéré

Ces dernières semaines, entre les affaires Aidenbaum et Girard, deux adjoints qui ont démissionné en deux mois d’intervalle, l’un après des accusations de harcèlement sexuel, l’autre pour ses liens avec l’écrivain accusé de pédocriminalité Gabriel Matzneff, Anne Hidalgo a traversé une bourrasque dont elle se serait passée. Elle en a connu bien d’autres : les attentats de 2015, les critiques féroces d’une droite désespérée de ne pas comprendre comment les Parisiens lui font encore confiance, avec, en toile de fond, ce procès en illégitimité qu’elle encaisse depuis des années.

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Dans sa besace de candidate potentielle à la magistrature suprême, il y a bien sûr son opiniâtreté, contre vents et marées, à préparer sa ville aux drames du réchauffement climatique, à avoir anticipé, avant les autres, le poids de la défense de l’environnement dans les politiques publiques futures. La dame de fer version social-démocrate est donc une lanceuse d’alerte au sens politique particulièrement acéré. Une Thatcher de gauche ? Est-elle, pour autant, prête à partir au combat ? Officiellement, quand on lui pose la question, elle botte en touche, fait dans l’ellipse, hausse les épaules d’un air las, sans injurier complètement l’avenir, mais elle exprime un enthousiasme en pâte à modeler. En d’autres termes, elle observe le ballet de ses nouveaux adeptes avec une circonspection d’entomologiste de la politique.

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Anne Hidalgo sait que la pire des erreurs serait de se précipiter sur un chemin qui, pour l’heure, a plutôt des allures de calvaire que de voie royale. Comme tous ses proches, elle constate, dépitée et inquiète, l’état des lieux de la gauche. L’appartement est dévasté, squatté par des hurluberlus qui n’ont rien à voir avec leurs ancêtres de la gauche plurielle de Lionel Jospin, en 1995. Cette « gauche plurielle » qu’elle incarne, qu’elle le veuille ou non, et qui n’existe vraiment qu’à Paris. Et depuis, plus d’une décennie. Ce « Paris en commun » est, certes, soumis à quelques secousses par moments, mais il tient, vaille que vaille, sous l’œil vigilant et pragmatique d’une femme de gauche. Un petit miracle ? Presque. Alors, Anne Hidalgo en route pour 2022 ? Pour l’heure, « Anne, ma sœur », comme son homonyme de « Barbe Bleue », ne voit qu’un nuage de fumée à l’horizon. Mais si le ciel se dégage ?





nouvelobs

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