Critique : Fin de siècle


Argentine : 2019
Titre original : Fin de siglo
Réalisation : Lucio Castro
Scénario : Lucio Castro
Interprètes : Juan Barberini, Ramón Pujol, Mia Maestro
Distribution : Optimale Distribution
Durée : 1h24
Genre : Drame, Romance
Date de sortie : 23 septembre 2020

Lucio Castro est un réalisateur argentin de 45 ans, installé à New-York depuis 20 ans et où, depuis, il crée des vêtements pour hommes et tourne des court-métrages. Ayant accompagné le dernier d’entre eux, Trust issues, lorsque, en 2018, il a été présenté au Festival de Cannes, Lucio Castro a poursuivi son séjour en Europe en tournant à Barcelone on premier long métrage, Fin de siècle.

Synopsis : Un Argentin de New York et un Espagnol de Berlin se croisent une nuit à Barcelone. Ils n’étaient pas faits pour se rencontrer et pourtant… Après une nuit torride, ce qui semblait être une rencontre éphémère entre deux inconnus devient une relation épique s’étendant sur plusieurs décennies…

Rencontres à Barcelone

Fin de siècle surprend par son entrée en matière particulièrement taiseuse. En effet, il faut attendre la 13ème minute pour qu’on entende le premier dialogue. Un dialogue entre l’argentin Ocho et l’espagnol Javi qui, pourtant, avaient déjà eu l’occasion de se parler sur une plage, quelques instants auparavant. En tant que spectateurs, on sentait bien qu’Ocho et Javi, alors, mourraient d’envie d’entamer une conversation, mais on sentait aussi qu’Ocho, qu’on suivait depuis son arrivée en ville, qu’on avait vu prendre possession d’un logement réservé sur Airbnb, était dans une période d’hésitation et de doute dans son existence. Passant beaucoup de temps sur le balcon du logement à observer ce qui se passe sur le trottoir, se livrant à un court épisode de plaisir solitaire, allant lire sur la plage et piquer une tête dans la Méditerranée, se décidant, une fois rentré « chez lui », à héler l’homme qu’il avait vu sur la plage, obtenant ce que, manifestement, il recherchait : un rapport sexuel très intense avec Javi. Une première rencontre qui se terminera par « Merci d’être monté » / « Merci pour l’invitation ». Mais qui sont Ocho et Javi ? Et pourquoi Javi a-t-il l’impression d’avoir déjà rencontré Ocho ? Les réponses à ces questions nous sont données au cours d’une autre rencontre sur un balcon dominant la ville, rencontre au cours de laquelle une longue conversation s’établit entre Ocho et Javi, interrompue par un long flashback qui arrive sans crier gare, mais dont il serait dommage de dévoiler la teneur. Par contre rien n’interdit de signaler qu’Ocho vit à New-York, qu’il était en couple avec la même personne depuis 20 ans, qu’ils viennent de rompre il y a 3 semaines, qu’il est à la fois poète et responsable marketing d’une compagnie d’aviation et que, ayant été amené à Madrid pour son travail, il a décidé de venir passer quelques jours à Barcelone. Quant à Javi, il est barcelonais d’origine, il vit à Berlin depuis 5 ans, il y travaille pour une émission TV ayant pour but d’apprendre l’espagnol aux jeunes allemands, il est marié depuis 2 ans et, avec son mari, ils sont les parents d’une très jeune fillette.

De nombreuses thématiques

Film sur la relation dans le temps long  entre deux hommes, telle qu’elle se déroule, telle qu’elle s’était déroulée, telle qu’elle aurait pu se dérouler, Fin de siècle est loin d’être un film destiné à la seule communauté LGBT. D’ailleurs, lorsque Lucio Castro a commencé à en écrire le scénario, l’histoire était celle d’un couple hétérosexuel, et c’est seulement lorsqu’il a réalisé qu’il y avait beaucoup d’éléments basés sur sa propre expérience, éléments qui nécessitaient une transposition qui risquait d’apparaître artificielle, qu’il a décidé de porter son regard sur ce couple Ocho / Javi. En résulte un film qui, sans avoir l’air d’y toucher, aborde avec beaucoup de sensibilité un grand nombre de thématiques : le poids des regrets, la façon dont les hasards façonnent notre vie, les difficultés de la vie en couple, l’attirance pour une forme de solitude, l’importance de la liberté, la fragilité des certitudes qu’on peut avoir à un moment de notre existence. Sans oublier la peur du Sida et la peur de l’an 2000. Lorsque se termine Fin de siècle, on ne manque pas de se montrer surpris que ce film, que l’on peut qualifier de nostalgique et de romantique, ait été tourné à Barcelone, ville avant tout réputée pour son caractère festif.

Des risques assumés

Pour son premier long métrage, Lucio Castro a fait des choix pouvant être considérés comme étant risqués mais qui contribuent à la réussite du film : l’apparition et la disparition brutales d’un flashback au détour d’une conversation ainsi que l’utilisation du même procédé pour l’évocation d’un fantasme dans l’esprit d’un personnage. Choix d’autant plus risqués que le réalisateur a résisté jusqu’au bout à ceux qui, dans son équipe, souhaitaient l’utilisation d’un éclairage différent pour le présent et pour le retour dans le passé. Ces choix exigent donc une attention soutenue de la part des spectateurs, que ce soit sur un T-shirt ou sur le contenu d’un réfrigérateur, mais enrichissent certains des thèmes abordés dans le film, en particulier celui lié aux regrets. Par ailleurs, désireux de se focaliser sur ses personnages, Lucio Castro a choisi de tourner la très grande majorité des scènes en plans fixes, parfois assez longs, ne s’autorisant pour ces plans que de très petits mouvements de caméra.

Concernant le casting, le réalisateur souhaitait que l’interprète de Ocho soit argentin et celui de Javi espagnol. Il est probable que les spectateurs maîtrisant parfaitement l’espagnol bénéficieront d’un plus en étant sensibles à la différence d’accent, voire de vocabulaire. En tout cas Juan Barberini (Ocho) et Ramón Pujol (Javi) interprètent leurs rôles avec beaucoup de conviction, y compris dans les scènes d’amour, qui apparaissent très crédibles sans pour autant s’apparenter à du voyeurisme. A leur côté, la comédienne et chanteuse argentine Mia Maestro interprète le rôle de Sonia, amie de Ocho et ex de Javi.

Conclusion

Pour son premier long métrage, Lucio Castro n’a pas choisi la facilité : une construction inventive mais qui exige une attention soutenue de la part du spectateur, le choix d’aborder un nombre important de thèmes universels dans le cadre d’une relation homosexuelle, prenant ainsi le risque que son film apparaisse comme n’étant destiné qu’à la seule communauté LGBT. Essayons d’éclairer le public : tout comme les thèmes qu’il aborde, ce film romantique et nostalgique est universel !



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