Christophe Castaner, le grognard sauvé des eaux


Un grognard rescapé de toutes les tempêtes ! Christophe Castaner a échappé à une belle humiliation politique d’un cheveu. Il s’en est fallu d’une poignée de voix pour que le candidat soutenu par le président de la République à la tête du groupe LREM à l’Assemblée Nationale soit battu par sa rivale, Aurore Bergé. Le score : 145 voix contre 120 à la députée des Yvelines. Pas de quoi bomber le torse. Christophe Castaner est donc un miraculé. Celui qu’on surnomme le «mameluk de Macron », tant sa fidélité à l’égard du locataire de l’Elysée a des allures sacrificielles, est devant un défi lourd de conséquences pour sa carrière politique : éviter le délitement inéluctable du groupe qu’il est désormais en charge de cornaquer. Et ce ne sera pas une partie de plaisir tant la barque semble prendre l’eau de toutes parts.

Depuis le début de la mandature, la « fuite des cerveaux » a vu plus de quarante députés macronistes prendre la poudre d’escampette. Leurs griefs ? Le pouvoir les a ignorés superbement, ne leur accordant que de rares moments d’attention. Autres reproches : le parti ne serait qu’une coquille vide, qu’un bel emballage au seul profit du président, une machine à mailings pour période électorale, mais n’ayant aucun objectif de durée dans le temps.

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De nombreux élus LREM s’interrogent sur l’après-Macron. Avec des questions lancinantes. Que deviendront-ils sans lui ? Seront-ils renvoyés dans les oubliettes de l’Histoire ? Quel parti peut survivre à ce président météore? Avec quelle doctrine ? Quel type de société à construire ? Ce flou permanent en a découragé plus d’un. Christophe Castaner, quasiment licencié de Beauvau par son mentor, a donc la redoutable mission de jouer les «ambianceurs », dans une machine secouée par trois années particulièrement douloureuses, entre Gilets jaunes, Covid-19 et crise économique mondiale.

La loyauté comme seconde nature

L’ex-ministre de l’Intérieur, qui n’a pas même eu droit à un strapontin ministériel dans le gouvernement Castex, est à la croisée des chemins. Ce poste à hauts risques, infiniment moins prestigieux que les précédents, est-il le signe d’une forme de déclassement pour lui ? Sera-t-il l’homme idoine pour revigorer une troupe atteinte par le spleen et le doute ? Celui que certains détracteurs traitent de « Droopy », tant les événements semblent glisser sur lui comme l’eau sur les plumes d’un canard, a un avantage sur tous les autres : sa placidité inébranlable.

Au ministère de l’Intérieur, rarement ses collaborateurs l’ont vu hausser la voix ou tonner contre tel ou tel. Castaner n’a pas l’âme d’un castagneur. N’a-t-il pas assumé sans broncher les reproches de laxisme à son endroit, pour avoir lâché les policiers lors des affaires « Black lives matter », alors qu’il agissait en service commandé pour l’Elysée ? Son départ du ministère a eu des allures d’exfiltration express. Et pourtant, l’ancien maire de Forcalquier n’a pas cédé à la rancœur. Il est parti, tel un soldat fatigué, sans le moindre reproche adressé à ses supérieurs. Chez lui, la loyauté est une seconde nature. A tel point que beaucoup lui reprochent son manque d’audace et d’autonomie.

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Il lui en faudra pourtant une sacrée dose pour remonter le moral des députés marcheurs. Et aussi pour les remettre au pas, mais à la mode Castaner, tout en rondeur et conciliabules. Le Raminagrobis de la Macronie va devoir sortir ses pattes de velours, pour éviter l’explosion d’un parti en surchauffe. L’approche des échéances électorales, avec l’espoir de la victoire, devrait l’aider dans cette mission. Et lui offrir, peut-être, une occasion de révéler une forme de charisme qu’il n’a jamais vraiment démontré jusqu’à aujourd’hui. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.





nouvelobs

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