Industrie: le casse-tête de la relocalisation



Pour Michelin, la localisation en France des activités à haute valeur ajoutée du groupe est gravée dans le plan de marche de l’entreprise. La marque au bibendum va implanter, en coentreprise avec Faurecia, une unité de production de piles à hydrogène près de Lyon. La construction a déjà commencé et l’usine promet d’être la plus grande d’Europe dans ce secteur. « On devrait fabriquer des centaines de milliers d’unités annuellement en 2025, des millions en 2030 », anticipe Florent Menegaux, président de Michelin. « Localiser en France les technologies à venir, oui c’est possible », souligne le dirigeant, qui cite également le cas des imprimantes 3D implantées à Clermont-Ferrand, dans le cadre d’une société commune avec le groupe Fives.

Le gouvernement a senti le vent tourner, en lançant son plan de relocalisation de l’industrie en France : la mode du « fabless », du rejet des usines au bout du monde, est passée chez les grands groupes tricolores. « La raison n’est pas idéologique ou politique ; c’est un souci d’efficacité bien compris, décrypte un bon connaisseur du secteur. De nombreuses sociétés ont fait face à des problèmes d’approvisionnement aigus pendant la crise. Elles ont compris que délocaliser leurs chaînes en Asie engendrait des coûts et des risques très importants. »

Le groupe de chimie fine Axyntis voit ainsi ses perspectives s’embellir comme jamais. Créé en 2007 par David Simonnet de manière militante, pour rapatrier la production de principes actifs pharmaceutiques en France, il prévoit d’accroître de 50 % ses capacités au cours de trois prochaines années. Une montée en puissance nécessaire pour livrer les labos français qui retrouvent le goût du made in France. Le plan de relance gouvernemental n’est pas étranger à la montée en puissance d’Axyntis, avec notamment la baisse attendue des impôts de production (lire ci-contre). Simonnet a déjà fait ses calculs : il économisera 600 000 euros grâce à cette mesure l’an prochain. « Soit de quoi acheter trois ou quatre réacteurs, sans doute auprès d’un fabricant Français, De Dietrich, et d’augmenter notre production à hauteur de 5 à 10 millions d’euros », détaille-t-il.

Ni civisme ni patriotisme

Signe de la solidité du consensus établi autour des relocalisations : FO, la CFE-CGC et la CFDT ont signé le 24 août, avec, la puissante fédération patronale de la métallurgie, l’UIMM, un manifeste commun « pour la relance de l’industrie française ». « Notre but est bien de défendre notre industrie, nos emplois et nos salaires », résume Frédéric Homez, secrétaire général de la branche à FO. A l’autre bout du spectre, même les financiers des fonds d’investissement sont convaincus des bienfaits du made in France. « Notre choix pour des entreprises françaises ne relève pas du civisme ou du patriotisme », précise Anthony Dubut, président d’InnovaFonds, qui, au sein du groupe Siparex, investit dans des pépites de l’industrie tricolore. « Le fait que ces sociétés évoluent dans des écosystèmes locaux, à proximité de leurs fournisseurs et sous-traitants, a un impact positif que l’on peut mesurer, depuis les besoins en fonds de roulement plus limités jusqu’à la plus grande flexibilité des productions », détaille le responsable.

Le pays va-t-il se couvrir d’usines dans les prochains mois ? Peu probable. « La volonté de rapprocher les centres de production est bien réelle, relève Bruno Grandjean, dirigeant du groupe d’équipement industriel Redex et président d’Alliance industrie du futur. Mais il y a de fortes chances qu’il s’agisse plus d’une régionalisation que de relocalisations en France. Les grands gagnants seront les pays du Maghreb et d’Europe de l’Est plus que l’Hexagone. » Peu probable que la production de masse, des chaussures aux cahiers, fasse son retour dans le pays. Idem pour les moteurs diesel. « Il s’agit moins de relocaliser des activités parties hors de France que de maîtriser la localisation des nouvelles chaînes de valeur », prévient le groupe de réflexion social-libéral Les Gracques, dans une note sur l’industrie publiée en juillet. L’objectif consisterait, pour l’automobile, à se concentrer désormais sur les moteurs électriques et les moteurs à hydrogène de prochaines générations. Problème : sur ces innovations, les usines ne sortent que lentement de terre. Les plus optimistes parient sur des mouvements lents, s’échelonnant sur une décennie. Pas vraiment le temps du politique. En attendant, l’année 2020 a toute chance de se terminer sur un solde net de destruction d’usines en France.

Pour Michelin, la localisation en France des activités à haute valeur ajoutée du groupe est gravée dans le plan de marche de l’entreprise. La marque au bibendum va implanter, en coentreprise avec Faurecia, une unité de production de piles à hydrogène près de Lyon. La construction a déjà commencé et l’usine promet d’être la plus grande d’Europe dans ce secteur. « On devrait fabriquer des centaines de milliers d’unités annuellement en 2025, des millions en 2030 », anticipe Florent Menegaux, président de Michelin. « Localiser en France les technologies à venir, oui c’est possible », souligne le dirigeant, qui cite également le cas des imprimantes 3D implantées à Clermont-Ferrand, dans le cadre d’une société commune avec le groupe Fives.

Le gouvernement a senti le vent tourner, en lançant son plan de relocalisation de l’industrie en France : la mode du « fabless », du rejet des usines au bout du monde, est passée chez les grands groupes tricolores. « La raison n’est pas idéologique ou politique ; c’est un souci d’efficacité bien compris, décrypte un bon connaisseur du secteur. De nombreuses sociétés ont fait face à des problèmes d’approvisionnement aigus pendant la crise. Elles ont compris que délocaliser leurs chaînes en Asie engendrait des coûts et des risques très importants. »



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