L’Union européenne fabrique et exporte des milliers de tonnes de pesticides interdits sur son territoire


Publié le 10 septembre 2020

Alors que l’Union européenne interdit l’utilisation de plus en plus de pesticides sur ses sols, elle continue d’en fabriquer pour les exporter. C’est ce que révèlent deux ONG dans une nouvelle enquête. Au total, 80 000 tonnes de pesticides ont ainsi été livrées, à 85 %, à des pays émergents ou en développement. La France, elle, en a exporté plus de 7 600 tonnes mais devrait mettre fin à ce commerce en 2022. 

C’est une situation peu connue du grand public et pour le moins inquiétante. Selon une enquête publiée ce 10 septembre par Greenpeace UK et Public Eye, en 2018, les pays membres de l’Union européenne ont exporté plus de 80 000 tonnes de pesticides contenant pourtant des substances interdites dans la zone euro en raison de risques environnementaux ou sanitaires.

Dans le Top 3 des substances les plus exportées, on trouve par exemple le paraquat, un herbicide utilisé dans les monocultures de maïs, de soja ou de coton et soupçonné de lien avec la maladie de Parkinson. La justice européenne l’a interdit sur son territoire en 2017. Or l’Union européenne en a fabriqué et exporté plus de 28 000 tonnes en 2018. Ce pesticide représente à lui seul un tiers des volumes exporté. 

Sur la deuxième place du podium, avec 15 000 tonnes exportées, le dichloropropène. Classé cancérogène probable, utilisé dans la culture de légumes, l’Union européenne l’a interdit en 2007. Enfin, la cyanamide, un régulateur de croissance utilisé dans la vigne et la culture de fruits, interdit dans l’UE depuis 2008, arrive en troisième position. 

41 pesticides interdits exportés

Au total, une trentaine de sociétés sont impliquées dans ces exportations. À commencer par Syngenta, le plus gros exportateur de pesticides interdits dans l’UE. Mais c’est aussi le cas de la multinationale Corteva qui produit notamment le paraquat et l’atrazine, de l’allemand Bayer et, pour finir, de plus petites entreprises comme l’italienne Finchimica. « 41 pesticides interdits ont été annoncés à l’exportation depuis l’UE en 2018. Les risques sanitaires ou environnementaux associés à ces substances sont dramatiques : mortels en cas d’inhalation, malformations congénitales, troubles de la reproduction ou du système hormonal, cancer, contamination des sources d’eau potable, toxicité pour les écosystèmes », expliquent les ONG. 

Afrique du Sud, Brésil, Maroc, Mexique… Les États européens déversent des pesticides « Made in Europe » dans 85 pays, dont les trois quarts sont des pays en développement ou émergents. Et ces substances sont exportées par des puissances européennes à l’instar du Royaume-Uni qui exporte plus de 30 000 tonnes de pesticides interdits. Loin derrière, se trouvent l’Italie avec 9 500 tonnes et l’Allemagne avec 8 100 tonnes. La France occupe la cinquième place du classement. 

Les substances se retrouvent dans l’assiette des Européens

« Ironie de l’histoire : les principaux pays qui nourrissent l’UE en produits agricoles importés (les États-Unis, le Brésil et l’Ukraine) font partie des destinations privilégiées des exportations de pesticides interdits depuis l’UE. Ces substances indésirables se retrouvent ensuite bien souvent dans l’assiette des consommateurs européens sous forme de résidus », soulignent les ONG. 

Et ces exportations sont loin de se tarir. Au contraire, Public Eye et Greenpeace UK expliquent que plus l’Union européenne retire de nouvelles substances dangereuses du marché, plus les exportations augmentent. En France, ce business devrait tout de même prendre fin en 2022, date à laquelle l’interdiction de la production, du stockage et de la vente de produits phytopharmaceutiques destinés à des pays tiers et contenant des substances prohibées par l’Union européenne a été fixée. 

Marina Fabre, @fabre_marina





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