Boris Johnson chahuté après la révision de l’accord sur le Brexit


La manœuvre agace jusque dans son propre camp, mais il tient bon. Défendant son projet de révision de l’accord du Brexit devant les députés lors de la séance hebdomadaire des questions au Premier ministre, Boris Johnson a tout de même été sévèrement taclé par plusieurs députés, comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessous.

Le leader des indépendantistes écossais du SNP à la Chambre des communes, Ian Blackford, l’a accusé de vouloir créer un « état voyou » et de se considérer « au-dessus de la loi ».

« Cette législation est contraire au droit international. Mais elle enfreint également le droit national. Le Premier ministre et ses amis, une bande de voyous, sont en train de créer un État voyou, un État où l’État de droit ne s’applique pas. Pourquoi le Premier ministre pense-t-il que lui et ses amis sont au-dessus de la loi »

Munira Wilson, députée LibDem, a elle aussi pointé le manque d’exemplarité du gouvernement.

« Si les ministres pensent qu’il est acceptable que ce gouvernement ne respecte pas la loi, comment diable le Premier ministre peut-il s’attendre à ce que le public le fasse chez lui ? »

Violation du droit international

Au cœur de leur colère ? La publication d’un projet de loi retouchant l’accord qui avait encadré le divorce en janvier dernier pour le « clarifier ». Concernant en particulier les arrangements douaniers en Irlande du Nord, il est destiné à faciliter les échanges commerciaux au sein du Royaume-Uni après la fin de la période de transition post-Brexit qui s’achèvera fin décembre 2020.

VOIR AUSSI > Voyage au cœur de l’Angleterre désabusée par le Brexit

Mais en retoquant un document ayant statut de traité international, ce texte « viole le droit international d’une manière très spécifique et limitée », du propre aveu du ministre chargé de l’Irlande du Nord, Brandon Lewis.

« Pacta sunt servanda »

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, estime que ce texte « violerait le droit international et saperait la confiance » entre les deux partenaires, en pleines négociations sur leur future relation. L’Allemande se dit, dans un tweet, « très préoccupée » par les annonces britanniques et cite la formule latine « pacta sunt servanda » (les conventions doivent être respectées), considérant qu’il s’agissait là du « fondement de relations futures prospères ».

Dominic Cummings, l’apprenti sorcier de Boris Johnson

C’est également ce qu’a souligné l’ancienne Première ministre, Theresa May, au parlement, mardi 9 septembre, arguant que les futurs partenaires internationaux du Royaume-Uni pourraient s’inquiéter de signer des accords avec un pays qui ne respecte pas ses engagements.

« Comment le gouvernement peut-il assurer à ses futurs partenaires internationaux que le Royaume-Uni est digne de confiance pour respecter les obligations légales des accords qu’il conclut ? »

Crainte d’un regain des tensions en Irlande du Nord

Le texte initial, le protocole nord-irlandais, vise à garantir l’absence de frontière physique entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, membre de l’UE, et à éviter la résurgence de tensions dans cette région, ensanglantée par trois décennies de « troubles » jusqu’à la signature de l’accord de paix du Vendredi saint en 1998.

Le retour de contrôles douaniers fait craindre un regain de tensions dans la province britannique.

Entre les deux Irlandes, la frontière de tous les dangers

Il s’agit de « protéger notre pays contre l’interprétation extrême ou irrationnelle du protocole, qui pourrait conduire à une frontière dans la mer d’Irlande d’une manière qui, à mon avis serait préjudiciable à l’intérêt de l’accord du Vendredi Saint et préjudiciable aux intérêts de la paix dans notre pays », a plaidé Boris Johnson. Le texte vise à « garantir la fluidité et la sécurité de notre marché intérieur britannique », a-t-il justifié.

Les Européens excédés

Le gouvernement allemand a dit « attendre » du Royaume-Uni la mise en œuvre « complète » de l’accord sur le Brexit.

L’interminable et mauvais feuilleton du Brexit

« Des engagements ont été pris, ils doivent être appliqués. Entre amis et alliés, nous devons tenir parole et respecter le droit », a renchéri le secrétaire d’Etat français chargé des affaires européennes Clément Beaune.

Malgré sa sortie de l’UE, le Royaume-Uni reste régi par la réglementation européenne jusqu’à fin décembre, période de transition pendant laquelle les deux parties tentent de conclure un accord de libre-échange. Les discussions restent dans l’impasse et font craindre un « no deal » destructeur pour l’économie.

Tout en défendant sa manœuvre, le gouvernement britannique pilote une huitième session de négociations avec l’UE qui s’est ouverte mardi, et doit durer jusqu’à jeudi. Arrivé à Londres, le négociateur de l’UE Michel Barnier cherchera des clarifications sur ces derniers rebondissements.

Les négociations butent notamment sur la pêche et les conditions de concurrence équitable. Le temps presse, Bruxelles voulant un accord d’ici à la fin octobre pour permettre une ratification dans les temps. Boris Johnson a averti de son côté que faute de compromis d’ici au sommet européen du 15 octobre, il se satisferait d’un « no deal ».





nouvelobs

A lire aussi

Laisser un commentaire