Test Blu-ray : Maigret voit rouge


France, Italie : 1963
Titre original : –
Réalisation : Gilles Grangier
Scénario : Jacques Robert, Gilles Grangier
Acteurs : Jean Gabin, Françoise Fabian, Marcel Bozzufi
Éditeur : Coin de mire Cinéma
Durée : 1h27
Genre : Policier
Date de sortie cinéma : 18 septembre 1963
Date de sortie DVD/BR : 4 septembre 2020

Trois hommes à bord d’une Chevrolet tirent sur un américain en plein Pigalle. Lorsqu’un témoin s’approche pour secourir la victime, celle-ci a disparu, emportée par une mystérieuse DS blanche. Le commissaire Maigret se rend d’abord à l’Ambassade des États-Unis où un diplomate lui conseille de ne pas s’occuper de l’affaire… Il n’en faut pas plus pour que Maigret voie rouge…

Le film

[3/5]

Troisième et dernier film de la trilogie « Maigret » interprétée par Jean Gabin, Maigret voit rouge est malheureusement le moins bon de la série. Que les choses soient claires : il s’agit d’un bon petit film, typique du cinéma policier français des années 60, c’est à dire sous influence de « série noire » et de romans de gare type SAS – le film met en effet en scène les rapports teintés de politique et de diplomation entre forces de police françaises et américaines. Cependant, si sympathique soit-il, en comparaison avec la force des deux premiers opus signés Jean Delannoy (Maigret tend un piège et Maigret et l’affaire Saint-Fiacre), ce troisième film signé Gilles Grangier fait un peu figure de « parent pauvre ». Grangier n’est en effet pas parvenu à transcender son matériau de base comme l’avait brillamment fait Jean Delannoy, bien aidé au scénario cela dit par Rodolphe-Maurice Arlaud et Michel Audiard.

Pourtant, en 1963, Jean Gabin connaît bien le personnage de Jules Maigret, qu’il retrouve comme on retrouve une vieille paire de charentaises confortables : serein, confiant, efficace, philosophe face aux déconvenues et aux défauts de son métier – il est l’image même de la sagesse et de la force tranquille. C’est peut-être d’ailleurs dans cet aspect que réside le principal défaut de Maigret voit rouge : le commissaire créé par Georges Simenon n’y est jamais réellement malmené, n’est jamais poussé dans ses retranchements comme il pouvait l’être dans les deux films précédents.

Ne serait-ce que physiquement, Gabin semble presque survoler toutes les situations, déléguant avec efficacité, enchaînant les bonnes décisions, mais ne s’imposant jamais comme la figure du flic implacable et intransigeant que l’on découvrait dans les dernières bobines des films de Jean Delannoy. Peinard et routinier donc, mais toujours efficace Maigret voit rouge confronte un personnage de policier de la vieille école à des gangsters américains aussi précis qu’organisés – des « pros » comme le souligne le personnage de Pozzo, incarné par Vittorio Sanipoli. Pour autant, et malgré un troisième acte durant lequel l’action s’emballe clairement, les gangsters, parmi lesquels on reconnaîtra Michel Constantin en tueur psychopathe, ne semblent pas faire le poids face à Maigret qui, même avec plusieurs coups de retard, réussira finalement à confondre tout ce petit monde et à les placer derrière les barreaux.

La recette des deux premiers films consistait à accrocher le public durant son premier acte, puis à dérouler l’enquête menée par Maigret, tout en laissant au spectateur suffisamment de latitude afin qu’il puisse échafauder lui-même quelques théories en attendant la révélation / confrontation finale. Ce jeu entre le film et le spectateur n’existe plus dans Maigret voit rouge. En réalité, il n’a même pas lieu d’être, car ce n’est pas un film policier tournant autour d’une enquête : il s’agit « simplement » d’un film de gangsters.

D’ailleurs, et comme pour signifier au spectateur que l’on nage en plein film de gangsters, Maigret voit rouge commencera par une dizaine de minutes SANS Maigret : on suivra en effet trois tueurs américains qui finiront par tirer sur un homme en pleine rue. Le seul témoin du crime est Lognon, un policier malchanceux incarné par Guy Decomble. Le personnage de Maigret arrivera sur l’intrigue comme une pièce rapportée, afin de porter assistance à Lognon afin de retrouver ces trois méchants qui s’imposeront comme de parfaites caricatures de la masculinité véhiculée par le cinéma US de l’époque : un truand amoureux, un boxeur raté et une armoire à glace impitoyable.

Néanmoins, une poignée de personnages attachants permettent tout de même à Maigret voit rouge de tirer son épingle du jeu. C’est ainsi toujours un plaisir de voir Jacques Dynam, Marcel Bozzuffi ou encore Michel Constantin, même si ce dernier est curieusement doublé en anglais. Mais on pense également à Pozzo, le patron de bar / bowling sicilien (Vittorio Sanipoli), dont les interactions avec Maigret constituent probablement le meilleur des dialogues du film, ou encore à ce personnage de médecin cynique (Robert Armontel), un des seconds-rôles les plus intrigants du métrage. D’ailleurs, le dernier tiers du film, au cœur duquel le personnage apparaît, est sans aucun doute possible le plus intéressant, et le plus riche en rebondissements, ce qui permet au film de Gilles Grangier de se terminer sur une note assez positive. On notera également que le film nous permet en quelques occasions d’entendre Jean Gabin s’exprimer en anglais, ce qui est plutôt rare et amusant de la part d’un acteur représentant depuis toujours l’acteur français par excellence.

La collection « La séance »

Voilà bientôt deux ans que Coin de mire Cinéma propose avec régularité au public de se replonger dans de véritables classiques du cinéma populaire français, tous disponibles au cœur de sa riche collection « La séance ». En l’espace de ces deux années de passion, le soin maniaque apporté par l’éditeur à sa sélection de films du patrimoine français a clairement porté ses fruits. Ainsi, Coin de mire est parvenu à se faire une place de tout bsoremier ordre dans le cœur des cinéphiles français. L’éditeur s’impose en effet comme une véritable référence en termes de qualité de transfert et de suppléments, les titres de la collection se suivent et ne se ressemblent pas, prouvant à ceux qui en douteraient encore la richesse infinie du catalogue hexagonal en matière de cinéma populaire. Une telle initiative est forcément à soutenir, surtout à une époque où le marché de la vidéo « physique » se réduit comme peau de chagrin d’année en année.

Chaque titre de la collection « La séance » édité par Coin de mire s’affiche donc dans une superbe édition Combo Blu-ray + DVD + Livret prenant la forme d’un Mediabook au design soigné et à la finition maniaque. Chaque coffret Digibook prestige est numéroté et limité à 3.000 exemplaires. Un livret inédit comportant de nombreux documents d’archive est cousu au boîtier. Les coffrets comprennent également la reproduction de 10 photos d’exploitation sur papier glacé (format 12×15 cm), glissés dans deux étuis cartonnés aux côtés de la reproduction de l’affiche originale (format 21×29 cm). Chaque nouveau titre de la collection « La séance » s’intègre de plus dans la charte graphique de la collection depuis ses débuts à l’automne 2018 : fond noir, composition d’une nouvelle affiche à partir des photos Noir et Blanc, lettres dorées. Le packaging et le soin apporté aux finitions de ces éditions en font de véritables références en termes de qualité. Chaque coffret Digibook prestige estampillé « La séance » s’impose donc comme un superbe objet de collection que vous serez fier de voir trôner sur vos étagères.

L’autre originalité de cette collection est de proposer au cinéphile une « séance » de cinéma complète, avec les actualités Pathé de la semaine de la sortie du film, les publicités d’époque (qu’on appelait encore « réclames ») qui seront bien sûr suivies du film, restauré en Haute-Définition, 2K ou 4K selon les cas. Dans le cas de Maigret voit rouge, il s’agit d’une restauration 4K réalisée par StudioCanal avec la participation du CNC. L’éditeur a d’ailleurs du batailler durant deux ans pour qu’enfin le catalogue de StudioCanal accepte de lui confier ce titre, mais le résultat est à la hauteur de toutes les attentes.

La cinquième vague de la collection « La séance » débarquera le 4 septembre. Les six nouveaux films intégrant la collection la portent aujourd’hui à un total de 31 titres. Les six films annoncés sur cette nouvelle vague ont de quoi mettre l’eau à la bouche des cinéphiles, puisqu’il s’agit de Les évadés (Jean-Paul Le Chanois, 1955), Maigret tend un piège (Jean Delannoy, 1958), Maxime (Henri Verneuil, 1958), Maigret et l’affaire Saint-Fiacre (Jean Delannoy, 1959), Le diable et les 10 commandements (Julien Duvivier, 1962) et Maigret voit rouge (Gilles Grangier, 1963). Pour connaître et commander les joyaux issus de cette magnifique collection, on vous invite à vous rendre au plus vite sur le site de l’éditeur.

Le coffret Digibook prestige

[5/5]

C’est donc Coin de mire Cinéma qui nous offre aujourd’hui la possibilité de voir et revoir Maigret voit rouge sur support Blu-ray, dans un coffret « prestige » de la collection La séance. Les collectionneurs sont aux anges de pouvoir afficher dans leur collection les trois « Maigret » de Jean Gabin, d’autant que l’éditeur Coin de Mire Cinéma nous propose le film dans un sublime digibook rempli de goodies et limité à 3000 exemplaires.

Fraîchement restauré, le master est d’excellente tenue, avec un piqué d’une belle précision et un noir et blanc assez sublimes, aux contrastes toujours solides. Ainsi, la galette Haute-Définition rend un bel hommage à la photo du film, signée Louis Page, même durant les (nombreuses) scènes nocturnes. Côté son, le mixage DTS-HD Master Audio 2.0 nous propose un rendu acoustique optimal, clair et sans fausse note. Les voix se détachent toujours avec subtilité, même quand plusieurs personnages s’expriment en même temps, et le placement de la musique de Michel Legrand est toujours efficace. Du beau travail technique.

Dans la section bonus, outre la traditionnelle et inévitable bande-annonce du film, on se régalera de la possibilité de reconstituer une séance d’époque, avec tout d’abord les Actualités Pathé de la 38ème semaine de l’année 1963 (10 minutes). Le journal s’ouvre sur un retour sur les événements ayant précédé, 25 ans plus tôt, la Seconde Guerre Mondiale. On passera ensuite du Devoir de mémoire aux nouvelles fraîches, avec l’inauguration de la ligne ferroviaire Paris-Bruxelles, qui permet de se déplacer d’une capitale à une autre en moins de 2h40. On continuera avec un dramatique accident de parachute, puis aux manifestations étudiantes anti-noires en Alabama. On terminera ensuite avec un sujet amusant sur les « dadas » des vedettes de l’époque, de Robert Lamoureux (les planches) à Jean Marais (la peinture) en passant par Annie Girardot (les perruches), qui se terminera en évocation des vrais dadas qui courent à Vincennes. On terminera enfin avec un sujet très sérieux consacré à la rébellion angolaise. Après la bande-annonce de La chasse à l’homme, excellente comédie chorale signée Édouard Molinaro (lire notre article), on se plongera ensuite dans une longue page de réclames publicitaires de cette année 1963 (8 minutes) : les barres chocolatées Nuts, le chocolat au riz soufflé Crunch, les caramels Isicrem de chez Galliot d’Isigny, les cigarettes Gitane (« la cigarette des connaisseurs »), le jus de raisin Bendor, les fers Calor, les stylos Bic à « petite boule marrante », les appareils photo Kodak Instamatic et les stations services Gulf Super No-nox. Les amateurs de publicités désuètes seront aux anges…



Critique film

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