Plan de relance: une occasion manquée pour l’industrie?



Un peu déçus, les Gracques. Le groupe de réflexion social-libéral présidé par Bernard Spitz avait publié, avant l’été, une note intitulée « Pour une nouvelle ambition industrielle française ». Et de ce point de vue, le plan de relance les laisse sur leur faim. Ils saluent certes la baisse annoncée des impôts de production, ces taxes et prélèvements multiples calculés sur le chiffre d’affaires, l’emprise foncière et la masse salariale des sociétés. « Sur le principe, c’est une bonne chose que le gouvernement s’attaque à cette fiscalité qui handicape les entreprises françaises, relève Philippe Crouzet, patron de Vallourec jusqu’au printemps et qui a dirigé la rédaction de la note. Mais la baisse annoncée de 10 milliards d’euros est insuffisante, puisque le total de ces impôts de production atteint 77 milliards d’euros en France, quand l’Allemagne est à 25 milliards d’euros. »

De manière générale, les Gracques s’inquiètent de la manière dont seront utilisés les fonds du plan de relance du gouvernement Castex. Un paquet total de 100 milliards d’euros est annoncé. « Or pour l’an prochain, les montants qui seront décaissés ne se montent qu’à 30 milliards d’euros, y compris les mesures sociales et fiscales, relève Philippe Crouzet. Pourquoi ne pas aller plus vite dès la première année ? »

Premier arrivé, premier servi ?

D’autant que les Gracques craignent une distribution des fonds qui suivrait davantage le principe « premier arrivé, premier servi » qu’un plan cohérent. « Il manque une vigie, qui serait attentive à la cohérence dans l’utilisation des fonds », regrette Philippe Crouzet.

Dans leur note, les Gracques avaient suggéré la création d’un Comité interministériel de la souveraineté industrielle et de l’innovation, présidé par le Premier ministre et dont le secrétariat aurait été assuré par le ministère de l’Industrie. Vision bureaucratique d’énarques et de polytechniciens, qui peuplent les rangs du think-tank ? Ils s’en défendent. « Nous militons au contraire pour une organisation efficace de cette relance », explique Hervé Guillou, président du Comité stratégique de filière des industriels de la mer. « Aujourd’hui, dans l’industrie liée au maritime, les acteurs peuvent se retrouver face à 25 guichets financiers pour développer leurs projets : guichet sectoriel, guichet amont pour la recherche, guichet aval pour le développement et l’investissement industriel, guichets régionaux… Si une telle dispersion se reproduisait pour le plan de relance, comment pourrait-il être efficace ? », souligne l’ex-patron de Naval Group. Qui estime, en paraphrasant Napoléon que, tout comme la guerre, le plan de relance doit être un art tout en exécution.

Un Darpa à la française

C’est particulièrement vrai sur la question de l’innovation, sujet que les Gracques considèrent comme essentiel, afin que la France participe aux prochaines révolutions industrielles. Ils défendent la nécessité de mettre en place « une nouvelle alliance public-privé pragmatique ». Elle se traduirait par la constitution d’un Darpa à la française, suivant l’acronyme de cette Agence américaine pour les projets de recherche avancée de défense, célèbre pour avoir permis la naissance d’Internet.

« Il s’agit de mettre en concurrence des projets, sous le regard d’industriels et de représentants de l’Etat, et d’analyser en continu lesquels ont le plus de chance d’être utile au plus grand nombre, détaille Frédéric Jenny, président du comité de la concurrence de l’OCDE et professeur d’économie à l’ESSEC. Ce dispositif nécessite une capacité à lancer des projets, mais aussi de les arrêter, ce que la France a parfois du mal à faire, lorsque leur utilité n’est pas démontrée. »

Mutation idéologique

Ils le jurent : en remettant ainsi l’Etat au centre du jeu économique à la faveur de la crise, les Gracques, issues de la deuxième gauche rocardienne, ne basculent pas dans un jacobinisme centralisateur qu’ils ont toujours tenu à distance. « La productivité d’une entreprise vient pour une part non négligeable de son environnement, il est donc normal que l’Etat ait un rôle à jouer, argumente Frédéric Jenny. L’Etat est un accoucheur d’idées et de projets. Ce n’est ni le géniteur, ni celui qui élève les enfants, mais celui, quand même, qui donne vie ».

Il n’empêche, ce rôle central conféré à l’Etat par les Gracques, de même que l’intérêt porté par le think-tank à la souveraineté économique, sont bien le signe d’un changement d’époque. En 2011, le groupe de réflexion publiait une note appelant à « vouloir la mondialisation (…) parce qu’elle seule peut permettre à la France de préserver ses intérêts dans le long terme, et parce que son économie en a besoin. » Dans leur note du début de l’été, les Gracques constatent désormais que « la libération des marchés internationaux » a conduit « au déclin de l’emploi industriel » en France.

Un peu déçus, les Gracques. Le groupe de réflexion social-libéral présidé par Bernard Spitz avait publié, avant l’été, une note intitulée « Pour une nouvelle ambition industrielle française ». Et de ce point de vue, le plan de relance les laisse sur leur faim. Ils saluent certes la baisse annoncée des impôts de production, ces taxes et prélèvements multiples calculés sur le chiffre d’affaires, l’emprise foncière et la masse salariale des sociétés. « Sur le principe, c’est une bonne chose que le gouvernement s’attaque à cette fiscalité qui handicape les entreprises françaises, relève Philippe Crouzet, patron de Vallourec jusqu’au printemps et qui a dirigé la rédaction de la note. Mais la baisse annoncée de 10 milliards d’euros est insuffisante, puisque le total de ces impôts de production atteint 77 milliards d’euros en France, quand l’Allemagne est à 25 milliards d’euros. »

De manière générale, les Gracques s’inquiètent de la manière dont seront utilisés les fonds du plan de relance du gouvernement Castex. Un paquet total de 100 milliards d’euros est annoncé. « Or pour l’an prochain, les montants qui seront décaissés ne se montent qu’à 30 milliards d’euros, y compris les mesures sociales et fiscales, relève Philippe Crouzet. Pourquoi ne pas aller plus vite dès la première année ? »

Premier arrivé, premier servi ?

D’autant que les Gracques craignent une distribution des fonds qui suivrait davantage le principe « premier arrivé, premier servi » qu’un plan cohérent. « Il manque une vigie, qui serait attentive à la cohérence dans l’utilisation des fonds », regrette Philippe Crouzet.

Dans leur note, les Gracques avaient suggéré la création d’un Comité interministériel de la souveraineté industrielle et de l’innovation, présidé par le Premier ministre et dont



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