François Baroin, l’homme qui peut être heureux sans l’Elysée



C’est une petite phrase, lâchée à l’automne 2017, qui en dit long sur l’état d’esprit de François Baroin. A l’époque, une campagne fait rage chez les Républicains pour l’élection du président du parti, au lendemain de la catastrophe François Fillon à l’élection présidentielle. LR est en miettes, les appels du pied d’Emmanuel Macron à la droite ébranlent les convictions et un juppéiste, Edouard Philippe, vient de s’installer à Matignon.

Chez LR, Laurent Wauquiez a son plan pour créer les conditions du retour de la droite au pouvoir. Mais pour cela, il lui faut être élu à la tête du parti. Il faut aussi faire le tour des grands barons de la droite, pour s’assurer de leur soutien ou, au moins, qu’aucun coup de poignard dans le dos ne vienne gâcher la fête. Et cela passe forcément par François Baroin, maire de Troyes, patron de l’Association des maires de France, qui a mené la campagne des législatives, permettant à la droite de sauver 100 députés. Laurent Wauquiez arrive prestement au siège de l’AMF pour rencontrer le fils spirituel de Jacques Chirac.

L’entrevue est cordiale. François Baroin raccompagne le candidat à la présidence de LR. A la porte de ce grand immeuble haussmannien, quai d’Orsay, il pose une main sur l’épaule de son camarade : « Tu sais Laurent, on peut être heureux dans la vie sans être à l’Elysée ». En repartant vers sa voiture, Laurent Wauquiez est ahuri. « Comment peut-on penser une chose pareille ? », se dit celui qui n’a jamais caché qu’il n’avait qu’un seul but dans la vie : escalader d’un pas triomphant, un jour de mai, sur le perron du palais présidentiel.Estrosi appelle la droite à se ranger derrière Macron pour la course à la présidentielle en 2022

Etrange fin de partie

Retour en 2020, et voilà que François Baroin aurait fait son choix. Celui d’être heureux. Sans être à l’Elysée. La décision a été révélée ce vendredi 4 septembre au soir par « le Figaro » dans un long récit, au moment où les Républicains sont en pleine rentrée politique, à mois de 15 mois de la prochaine élection présidentielle. Stupeur et incrédulité à droite. Réaction à chaud de Christian Jacob, patron du parti : « La présidentielle, ce n’est pas le sujet de maintenant… Et il ne faut pas toujours croire ce que disent les journalistes ! »

Dans la foulée, « le Point » en ajoute une louche avec un autre récit expliquant que François Baroin préfère refuser les « obstacles », et donc une candidature pour 2022. C’est Médiapart qui finalement enfonce le clou : si le maire de Troyes n’est pas candidat, n’est-ce pas parce qu’il est en discussion avec la banque américaine Morgan Stanley en vue de remplacer l’actuel directeur général de sa filiale française, Henri Proglio ? En apprenant l’information, un proche de Laurent Wauquiez commente avec ironie : « La droite des territoires »

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Certes, le président de l’AMF doit encore annoncer officiellement sa décision, en octobre selon ses proches. Mais quand le journal emblématique de la droite, « le Figaro », annonce que vous n’êtes pas candidat, cela vaut un faire-part officiel. Finalement, François Baroin semble prendre la trajectoire inverse de l’adversaire qu’il aurait pu avoir en 2022, Emmanuel Macron : il ne serait pas candidat à la présidentielle, et il pourrait rejoindre une banque. Une étrange fin de partie pour le grand espoir d’une partie de la droite, et en premier lieu de son ami, Christian Jacob, qui n’a accepté d’être président de LR qu’en étant convaincu de la candidature de François Baroin à la présidentielle.

« Baroin 2022 »

Retrospectivement, les Cassandre ont toujours raison, et les signaux d’alerte étaient bien là. Rue Vaugirard, siège de LR, on se préoccupait du cas Baroin depuis de long mois. Dès l’élection de Christian Jacob à la tête de parti, en octobre 2019, une première réunion stratégique a lieu. Son intitulé ? « Baroin 2022 ». Les stratèges du parti, sous la coupe du nouveau président, épluchent les enquêtes d’opinions, les sondages. Des notes sont produites en cascades. Première question : les Français connaissent-ils bien François Baroin ? Pas tant que ça, d’après ces études. Deuxième question : comment se positionne le futur candidat par rapport à Emmanuel Macron ? Voilà le premier vrai problème. François Baroin colle de trop près l’actuel locataire de l’Elysée pour s’en démarquer franchement, et il est moins bien noté par les Français. La quadrature du cercle prend forme. Comment faire émerger le candidat Baroin ? Ne faut-il pas que les électeurs le perçoivent comme une alternative à Macron plutôt qu’un opposant frontal ? Maire de Troyes, élu local, sénateur, député, ancien ministre, l’ancien journaliste aurait pu faire valoir qu’il n’est pas qu’une pale copie d’Emmanuel Macron. Mais rien ne semble prendre dans l’opinion.

Un noyau de « Baroinistes » se crée. Il y a évidemment Christian Jacob. Des étoiles montantes à droite rejoignent le clan : Aurélien Pradié, lui aussi chiraquien de cœur, devenu secrétaire général du parti, et Pierre-Henri Dumont, député du Pas-de-Calais. Un trio qui s’est donné pour mission de dégager le terrain pour l’atterrissage de leur candidat favori. « Peut-être que François Baroin est notre candidat parfait. Il est loin de l’hubris que provoque la vocation élyséenne », explique un élu LR devenu baroiniste. A la sortie du confinement, un des proches de Baroin assure : « Il s’est trop engagé pour se désengager ».

L’Elysée ou… matignon ?

Mais ce néochiraquisme, presque exclusif, qui s’installe au sein de LR ne fait pas que des heureux. Des députés se sentent ignorés, les décisions sont prises sans communication interne. La phrase qui revient le plus souvent ces derniers mois ? « Tiens, j’ai appris dans la presse que Christian Jacob avait décidé quelque chose. »

Et le doute s’installe vite. Baroin est bien trop silencieux. « Non mais c’est dingue, pourquoi ne parle-t-il pas ? », s’exclame un élu de poids LR en plein confinement, quand la crise du coronavirus ébranle le gouvernement et Emmanuel Macron. « C’était le moment d’envoyer la sauce ! ». « La vraie question sur Baroin, c’est est-ce qu’il fera une campagne pour être président, ou pour être… Premier ministre ? », enchaîne un autre, à la sortie du confinement. Des élus locaux se désespèrent de François Baroin. Eux, sur le terrain, voient surtout les militants LR applaudir à tout rompre un certain Edouard Philippe, récemment congédié de Matignon.

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François Baroin ne ressemble-t-il pas finalement plus à un certain Jacques Delors, qui avait surpris son monde en renonçant à s’aligner dans la course présidentielle de 1995 sur le plateau de « 7 sur 7 » ? Réponse, en juin dernier, d’un de ses proches : « Heureusement qu’Anne Sinclair n’a plus d’émission ! ».





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