Entre Darmanin et Dupond-Moretti, qui est le dur, qui est le tendre ?


En matière de sécurité, l’Histoire balbutie avec une régularité de métronome. A l’approche d’échéances électorales, le thermomètre du jeu du « Qui sera le chantre de la répression puissance 10 ? » se met en surchauffe. La petite polémique qui agite et électrise le gouvernement entre Gérald Darmamin et Eric Dupond-Moretti ne déroge pas à la tradition. Un ministre de l’Intérieur, dans son rôle, joue les matamores pour combattre « l’ensauvagement « de la société. Lui répond un ministre de la Justice, avocat de profession, donc supposé défendre les délinquants de tous poils, protégeant, tant bien que mal, ses magistrats, accusés de tous les maux, ces juges vilipendés depuis des décennies pour leur « indulgence « chronique. Vieux débat.

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Donc, rien de nouveau sous le soleil des relations police-justice. Du réchauffé ? Rappelez-vous, il y a 23 ans, presque un quart de siècle, Jean-Pierre Chevènement, premier flic de France, sous le gouvernement Jospin, en 1997, qui enrage contre ceux qu’il nommait alors les « sauvageons », ces jeunes délinquants livrés à eux-mêmes, sans foi ni loi, protégés par une impunité systématique. Ou encore Nicolas Sarkozy, en poste place Beauvau, dans un style tonitruant et dur-à-cuire, rêvant de nettoyer au « kärcher » ces quartiers dominés par les « racailles ». Même discours. Même échec sur le terrain. C’était en 2005, il y a quinze ans. L’escarmouche d’aujourd’hui, Darmanin-Dupond-Moretti, ne serait donc que le énième jeu de rôles que les politiques s’attribuent avec une imprudence coupable en période de joutes politiciennes ?

Retour sur le terrain

Est-ce à dire que la France est un havre de paix où ne sévissent ni les narcotrafiquants, ni les caïds de quartier, où les policiers vivent tranquillement leur métier de représentants de l’ordre public ? Evidemment, non. Alors qu’est-ce qui a vraiment changé en quelques décennies pour que la question revienne aussi vite sur le tapis, à vingt mois de l’élection présidentielle, c’est-à-dire une éternité ?

Cela n’a échappé à personne que depuis mars dernier, nous vivons une époque de peur et d’angoisse. Le coronavirus n’est pas étranger à ce sentiment d’anxiété généralisée, de désarroi au quotidien, qui gagne tous les secteurs de la société. Une société condamnée à vivre masquée pour survivre n’est pas particulièrement au sommet du nirvana. Ainsi, les violences faites aux agents chargés de faire respecter les gestes barrières, d’une brutalité inédite, participent de cette sensation que la sécurité est une baliverne, que plus personne n’est à l’abri du virus invisible. Et qu’au fond, nos dirigeants, quels qu’ils soient, ne pèsent pas lourd face à cet Attila microscopique qui court les rues en toute liberté.

Je grossis le trait ? Sans doute. Mais il règne un climat délétère, pas seulement dans notre pays, mais sur l’ensemble de la planète, avec ce sentiment nouveau et effrayant : l’humanité pourrait bien ne plus être cette force dominante et indestructible qui a assuré sa suprématie sur toutes les autres espèces. Elle est atteinte d’une forme de terreur molle, lancinante, qui rejaillit forcément sur le sentiment d’insécurité qu’on voudrait n’attribuer qu’aux voleurs à la tire et aux casseurs. Comment rassurer ? Comme l’a dit le Premier ministre, Jean Castex, en évitant d’en rajouter, en renvoyant les deux belligérants dans leurs pénates respectives, dans leur ministère, avec l’injonction de se mettre au travail avec humilité et obstination. Le mantra du « terrain », toujours le terrain, est une arme redoutable qui évite les polémiques d’estrade où les egos boursouflés s’affrontent dangereusement. Et aussi où les divisions au sein de la majorité apparaissent au grand jour, entre les faucons de l’ordre public, comme Darmanin, et les colombes de la bienveillance judiciaire, comme l’actuel Garde des Sceaux. Pour lutter contre la délinquance, il est toujours mieux d’éviter les effets de manche et de donner les moyens aux policiers et aux juges de faire leur travail en toute sérénité. Un vœu pieu, sans aucun doute…





nouvelobs

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