Gauche recherche candidat(e) désespérément


Qui est donc ce Monsieur, ou cette Madame X., dont rêve Olivier Faure, le patron du PS, pour devenir le candidat unique de la gauche en 2022 ? Qui peut bien représenter à la fois les Verts, les socialistes, La France insoumise, les radicaux de gauche, et autres mouvements rêvant de sortir du guêpier du macronisme attrape-tout ? On a beau se pencher sur le paysage politique actuel, même avec des jumelles de haute précision, ou jouer les indécrottables optimistes, on a du mal à dessiner le portrait-robot de cette perle rare derrière laquelle les petites écuries d’une gauche émiettée s’effaceraient, le doigt sur la couture du pantalon.

Olivier Faure, avec son annonce d’un effacement possible du PS au profit d’une meilleure candidature, sans doute écologiste, joue-t-il les candides, voire inflige-t-il un véritable hara-kiri à son parti ? En tout cas, il provoque de sacrés remous à gauche, même une forme de panique, car tous les candidats potentiels au poste suprême, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Eric Piolle, Ségolène Royal, toujours en embuscade, et désormais François Hollande, monté au créneau ce week-end, ont une vision du rassemblement autocentrée. Traduction : l’union de la gauche doit se faire, mais autour de moi ou de mon parti. Chacun arborant une légitimité supérieure, les Verts pour la puissance politique qu’ils ont démontrée aux élections municipales, Mélenchon pour son score de 2017, les socialistes proches de François Hollande pour le rôle historique du parti du Congrès d’Epinay. Nous ne sommes pas encore dans la foire d’empoigne, mais on s’en approche. Ces petites escarmouches de rentrée politique sont-elles vraiment nécessaires ?

Casting à hauts risques

Et si Olivier Faure, vilipendé par les éléphants socialistes, avait raison ? S’il était urgent d’attendre avant de se lancer dans un débat qui conduit inévitablement à la débandade ? Son analyse est à ausculter à la loupe. Que dit-il ? Que le temps politique, depuis une dizaine d’années, a volé en éclats, qu’une élection présidentielle se joue désormais au terme d’un sprint de quelques mois, qu’il faut donc avant tout construire une plate-forme solide, les « fondations » d’une nouvelle union de la gauche, aujourd’hui encore chimérique, avec la patience d’un horloger suisse, et ne pas se perdre dans des querelles de leadership. Utopiste, le député de Seine-et-Marne ? Sans doute. Mais Emmanuel Macron n’a-t-il pas triomphé, en 2017, en opérant une forme de raid politique sur le pays, en un semestre seulement ?

Au fond, Olivier Faure croit à la fable du lièvre et de la tortue, de Jean de La Fontaine. Il accepte benoîtement d’être cette « tortue », à la démarche hésitante, subissant quolibets et railleries, mais qui ne perd pas d’énergie dans des gesticulations inutiles. Les matamores peuvent bien jouer des pectoraux, à l’arrivée, c’est la tortue qui gagne. Et le lièvre mange son chapeau pour avoir confondu vitesse et précipitation. En d’autres termes, il est urgent d’attendre les élections régionales, au printemps prochain, avant de se lancer dans un casting à hauts risques.

Alors, peut-être, pourra-t-on mesurer le rapport de forces entre les partis. Les Verts confirmeront-ils leur montée en puissance ? Les socialistes seront-ils rassérénés et renforcés, après la débâcle de 2017 ? La France insoumise restera-t-elle un mouvement faiblement implanté dans les territoires, ou un rebond sera-t-il possible ? En 2021, un an avant l’échéance de la présidentielle, la gauche aura largement le temps de désigner un, ou une, candidat(e), unique. Sinon, les prédictions augurant d’un nouveau désastre se réaliseront à coup sûr. Et la gauche ne pourra que pleurer sur ses aveuglements, sur les misérables calculs d’épiciers des uns et des autres. Monsieur, ou Madame X., si il ou elle existe, a tout intérêt à se calfeutrer dans l’ombre, pour échapper aux salves et missiles à venir. Pour ne pas retomber dans le funeste « la gauche, combien de divisions ? », il faudra créer un mouvement de fond, débarrassé des guéguerres de clochers et d’ego. Ce n’est pas gagné…





nouvelobs

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