le maire dénonce un « coup de com », la préfecture assume


Le maire Eric Piolle (EELV) a dénoncé jeudi un coup de communication du gouvernement à Grenoble, où une opération de police a été menée la veille dans un quartier sensible après la diffusion en ligne de vidéos mettant en scène des hommes exhibant des armes de guerre sur un point de deal. « L’Obs » fait le point sur la polémique.

  • Acte I : un groupe de dealers se met en scène, armé, sur les réseaux sociaux

La première vidéo montre sept hommes, cagoulés et parfois munis de fusils automatiques en apparence réels, se mettant en scène faisant le guet autour d’un point de deal, où se dirige un homme s’apparentant à un consommateur. La scène se passe près d’une aire de jeux dans le quartier Mistral. Dans la deuxième vidéo, on voit cinq hommes autour d’une table couverte, à première vue, de paquets de friandises qui pourraient contenir des produits stupéfiants. Le quartier est qualifié, dans l’autre vidéo, de « capital (sic) du stup ».

  • Acte II : le procureur dénonce un acte « inadmissible »

Le procureur de la République de Grenoble, Eric Vaillant, a dénoncé sur Twitter un acte « inadmissible ». Pour le magistrat, il est « probable que ces images aient pour objectif d’impressionner d’éventuels ennemis ou clans rivaux qui ambitionneraient de s’approprier ce point de deal », a-t-il expliqué au « Dauphiné Libéré ». Une enquête a été ouverte par le parquet de Grenoble.

  • Acte III : Gérald Darmanin ordonne une opération de police

Le ministre de l’Intérieur a annoncé sur Twitter qu’une opération de police était « en cours » mercredi soir à Grenoble, « sur [son] instruction directe ».

Cette opération, menée en début de soirée par une quarantaine de policiers dans le quartier Mistral, visait à assurer que « l’Etat s’imposera face à l’ensauvagement d’une minorité de la société », a-t-il précisé sur le réseau social.

D’après l’AFP, l’opération s’est achevée peu après 21 heures, avec un bilan maigre : une cinquantaine de consommateurs ont été contrôlés, mais la préfecture précise que ces vérifications n’ont donné lieu à aucune arrestation ou saisie.

  • Acte IV : Eric Piolle dénonce un « coup de com »

Cette intervention du gouvernement à Grenoble n’a pas convaincu le maire de la ville : Eric Piolle a dénoncé ce jeudi 27 août une opération de communication de la part du ministre. « Rentrer dans cette logique de guerre de provocations avec les dealers, c’est malsain », a-t-il déclaré sur BFMTV.

L’écolo Eric Piolle cultive son réseau

Pour le maire de Grenoble, il ne s’agit que de « provocations » de la part des dealers. « Je regrette fortement que le ministre s’engage dans cette logique où on pointe du doigt un quartier de telle ou telle ville », a-t-il détaillé, assurant que le quartier Mistral n’était pas une zone de non-droit.

La ville avait demandé à l’Etat des renforts en effectifs policiers, « parce que nous savions que le confinement allait créer des tensions », a-t-il assuré. Une demande restée sans réponse, selon l’édile. « Par contre, nous avons cette opération de communication, une demi-heure, pas d’arrestation : c’est vraiment de la com ! », s’est-il indigné.

« Dès le mois de mars, les maires de Grenoble, d’Echirolles et de Saint-Martin-d’Hères, les trois communes les plus importantes de l’Isère, ont interpellé le ministre de l’Intérieur […] Nous n’avons pas eu de réponse à ce courrier. C’est une guerre d’images. Nous réclamons une collaboration entre l’ensemble des autorités et des effectifs de police supplémentaires », ajoute Maud Tavel, adjointe au maire de Grenoble chargée de la tranquillité publique.

  • Acte V : le préfet assume

De son côté, le préfet de l’Isère, Lionel Beffre, a assumé cette opération, confirmant qu’il s’agissait d’une réponse aux provocations des dealers. « Qu’aurait-on dit si l’Etat n’avait pas montré qu’il n’appartient lui-même pas à quelques-uns ? On aurait parlé d’inaction de l’Etat. Il s’agissait […] de réaffirmer sa place », a-t-il estimé.

Pour le préfet, « ce n’est pas en augmentant les effectifs de la police que vous empêcherez les règlements de comptes ». Si, mercredi, des interpellations avaient pu avoir lieu, « la police n’aurait pas hésité à le faire », a-t-il ajouté.





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