Ce que l’on sait de l’affaire Jacob Blake, cet Afro-Américain grièvement blessé par la police, qui relance le mouvement de colère aux Etats-Unis



Des troubles ont eu lieu pour la deuxième nuit d’affilée dans la ville de Kenosha (Wisconsin), où ce père de famille de 29 ans a reçu plusieurs balles dans le dos, tirées à bout portant par un policier blanc. 

La colère grandit aux Etats-Unis, mardi 25 août, deux jours après la diffusion d’une vidéo montrant un homme noir, Jacob Blake, touché dans le dos par plusieurs balles tirées à bout portant par un policier blanc, dans la ville de Kenosha (Wisconsin). Il a survécu mais se trouve dans un état critique après avoir été opéré. La police locale a précisé que les faits s’étaient produits au moment où elle répondait à un appel pour un incident domestique.

La diffusion de cette vidéo sur les réseaux sociaux et dans les médias américains a provoqué deux nuits de manifestations et d’échauffourées dans cette ville située au bord du lac Michigan, entre Milwaukee et Chicago. Les manifestants ont défié le couvre-feu établi lundi soir en affrontant les forces de l’ordre devant le tribunal pour crier leur colère face aux violences policières.

Franceinfo vous résume ce que l’on sait de cette affaire qui pourrait raviver le mouvement Black Lives Matter à travers le pays, trois mois après la mort de George Floyd. 

Le contexte de l’intervention reste flou

Il est environ 17 heures, dimanche, quand une patrouille de police de Kenosha est appelée pour un « incident domestique » sur la voie publique, dans un quartier résidentiel. La scène, filmée par un riverain avec son téléphone portable, se déroule une fois la police arrivée sur place. On y voit Jacob Blake, un père de famille afro-américain de 29 ans, marcher vers l’avant d’un véhicule garé dans la rue alors que trois agents crient et pointent leurs armes sur lui. L’homme ouvre la porte côté conducteur et se penche à l’intérieur de la voiture. L’un des policiers le saisit alors par son débardeur et tire plusieurs balles dans son dos, à bout portant. On entend au moins sept coups de feu dans la vidéo, qui se termine quelques secondes après, sous les cris des riverains affolés.

Le contexte de cette intervention est encore flou : on ne connaît pas le motif exact de l’intervention de la police, ni pourquoi les agents mettaient Jacob Blake en joue. L’homme qui a filmé la scène a fourni quelques précisions. Il a notamment expliqué à CNN (lien en anglais) avoir vu la police se battre avec Jacob Blake, quelques minutes avant qu’il ne commence à filmer. L’un des agents l’a « attrapé par le cou en lui bloquant la tête et le frappait dans les côtes », affirme-t-il. Il ajoute que l’officier qui a tiré sur Jacob Blake s’est ensuite « mis à genoux et qu’il a essayé de l’aider ». Puis « des renforts sont arrivés et les autres officiers lui sont venus en aide ». 

Jacob Blake est dans un état critique

Grièvement blessé, Jacob Blake a été évacué en hélicoptère et opéré d’urgence dans un service de soins intensifs de la ville de Milwaukee. Son état reste critique mais est stable, selon les dernières informations communiquées par ses proches. Mais Ben Crump, l’avocat de la famille, estime qu’il « faudra un miracle » pour que Jacob Blake marche de nouveau. Son foie, son estomac et son rein sont sévèrement atteints, en plus d’être paralysé dans le bas du dos. La quasi-intégralité de son colon et de son intestin grêle ont dû être retirés.

Les trois fils de ce dernier se trouvaient dans la voiture au moment des faits. « Les trois fils de monsieur Blake étaient juste à côté et ont vu la police tirer sur leur père. Ils seront traumatisés à vie », a déclaré dans un communiqué l’avocat, qui représente aussi la famille de George Floyd.

Une enquête a été ouverte

Une enquête criminelle a été ouverte lundi par le Wisconsin, a indiqué le département de la justice de cet Etat, précisant que « les policiers impliqués ont été mis en congé administratif ». Le gouverneur démocrate du Wisconsin, Tony Evers, a également annoncé la convocation d’une session extraordinaire du Parlement local, la semaine prochaine, afin d’adopter une série de mesures sur « la responsabilité et la transparence » des forces de police. « Alors que Jacob Blake se bat pour sa vie, on nous rappelle une fois de plus que le racisme est une crise de santé publique. Il n’y a pas de temps à perdre », a-t-il écrit sur Twitter.

Son adjoint, Mandela Barnes, a estimé que le drame « n’était pas un accident ». « Comme beaucoup d’entre vous, la vidéo est gravée dans mon esprit comme toutes les vidéos précédentes », a-t-il ajouté. 

La police de Kenosha a de son côté appelé à ne pas tirer de conclusions hâtives « jusqu’à ce que l’ensemble des faits soient connus ».

Joe Biden a réagi, pas Donald Trump

Le candidat démocrate à l’élection présidentielle, Joe Biden, a exigé « une enquête immédiate, poussée et transparente et que les policiers répondent de leurs actes ». « Le pays se réveille encore une fois plongé dans la douleur et l’indignation qu’un homme noir américain ait à nouveau été victime d’un abus policier », a regretté l’ancien vice-président de Barack Obama, accompagnant son message du mot « Assez » sur fond noir.

Le basketteur star de la NBA LeBron James, connu pour son engagement au sein du mouvement Black Lives Matter, a pour sa part appelé à voter lors de la prochaine présidentielle pour faire évoluer la situation des Noirs aux Etats-Unis. « Le changement commence en novembre », a déclaré ce farouche opposant à Donald Trump. « Avoir deux fils et être un Afro-Américain en Amérique et voir ce qui continue de se passer avec la brutalité policière envers mes semblables… C’est très troublant », a-t-il confié lundi, lors d’une interview. 

Donald Trump ne s’est, lui, pas encore exprimé publiquement sur le sujet alors que la convention républicaine, au cours de laquelle il a été officiellement investi lundi pour l’élection présidentielle, se tient à Charlotte (Caroline du Nord) jusqu’à vendredi.

L’événement pourrait relancer le mouvement Black Lives Matter

Plusieurs millions d’Américains étaient descendus dans la rue pour dénoncer le racisme quotidien et les violences policières après la mort de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans, asphyxié par un policier blanc lors de son arrestation fin mai, à Minneapolis (Minnesota). Comme pour Jacob Blake, c’est la diffusion massive des images de la scène sur les réseaux sociaux qui avait médiatisé l’affaire.

Le gouverneur du Wisconsin, qui a appelé à manifester pacifiquement, a annoncé que 125 militaires de la garde nationale seraient déployés dans la ville afin d’y faire respecter l’ordre, car plusieurs débordements ont eu lieu dimanche à Kenosha. Lundi, le maire de la ville s’est retrouvé face à des dizaines de manifestants qui l’ont pris à partie et lui ont demandé l’arrestation des policiers impliqués dans ces nouveaux faits. 

Un couvre-feu a été décrété dans cette ville pour la nuit de lundi à mardi. Une heure après son entrée en vigueur, des manifestants ont été visés par des tirs de gaz lacrymogène de la police, vers laquelle des bouteilles ont été lancées. Des commerces ont également été pris pour cibles. 

Et ce vent de révolte semble à nouveau gagner plusieurs villes des Etats-Unis depuis lundi. A Minneapolis, où George Floyd a été tué, des manifestants ont brûlé un drapeau américain. A Portland (Oregon), deux incendies ont été allumés près du bâtiment de l’association des policiers de la ville tandis qu’à Madison (Wisconsin), environ 4 000 personnes ont défilé dans le centre-ville, certaines brisant des vitrines de magasins et mettant le feu à des bennes à ordures. A Seattle (Washington), des bâtiments ont également été incendiés. Enfin, à New York, quelques centaines de personnes ont manifesté sur le pont de Brooklyn en criant le nom de Jacob Blake.

« L’affaire de Kenosha a la triste particularité d’être le premier cas très médiatisé d’un Noir blessé par des tirs de la police depuis les manifestations massives de Black Lives Matter qui ont éclaté au début de l’été », résume The Atlantic (lien en anglais). « Jusqu’à présent, ces manifestations n’ont pas apporté de changements sérieux dans le fonctionnement de la police américaine, ce qui signifie que pour chaque déclaration pieuse selon laquelle Breonna Taylor [une Afro-Américaine tuée par la police en mars dans le Kentucky] et George Floyd ne seraient pas morts en vain, il y aura certainement un autre Jacob Blake », écrit le magazine américain.





francetvinfo

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