Critique : A ma place


France : 2020
Titre original : –
Réalisation : Jeanne Dressen
Interprètes : Savannah Anselme
Distribution : DHR distribution A Vif Cinemas
Durée : 1h04
Genre : Documentaire
Date de sortie : 9 septembre 2020

Intéressée par les mouvements d’appropriation de la politique par« le peuple », Jeanne Dressen s’est bien sûr intéressée au mouvement Nuit Debout déclenché au printemps 2016 par l’opposition à la Loi Travail portée par Myriam El Khomri, Ministre du travail du gouvernement Valls. A ma place, le film qu’elle a réalisé sur ce mouvement, a été autoproduit, ce qui explique la longueur du délai entre ces événements et la finalisation du film : le temps de trouver une monteuse, un lieu pour la post-production, un monteur son, un mixeur, un étalonneur, tout cela en prenant en compte les périodes de disponibilité de chacun. Heureusement pour elle, malheureusement pour la majorité de nos compatriotes, le film est toujours d’actualité !

Synopsis : Savannah cherche sa place. Actrice d’une révolution qui n’a pas eu lieu, elle est une fille de la classe ouvrière et réinvente la politique. De Nuit Debout à l’Ecole Normale Supérieure, Savannah doute, rêve, lutte et apprend. Elle se cherche un avenir.

La rencontre entre Jeanne et Savannah

On l’a un peu oublié, mais, en 2016, sous la gouvernance de François Hollande et de Manuel Valls, un autre mouvement d’appropriation de la politique par le peuple a précédé le mouvement des gilets jaunes : le mouvement Nuit Debout. Certes, il a été beaucoup moins couvert par les médias, le blocage de la Place de la République à Paris faisant moins le buzz que celui de très nombreux rond-points un peu partout dans l’hexagone, mais on retrouvait dans les deux cas la même colère contre des mesures gouvernementales considérées iniques et, en réaction, la même violence policière. Lorsque Jeanne Dressen, le 2 avril, s’est rendue pour la première fois Place de la République, « voir ce qui se passait » était son seul but. Bien que venant d’intégrer l’atelier documentaire de la Fémis, elle était résolue à ne pas filmer. Toutefois, la vision d’une jeune femme lisant en tremblant un texte qu’elle venait d’écrire l’a amenée à changer d’avis. C’est donc en se mettant dans les pas de Savannah Anselme que Jeanne Dressen a filmé les événements de ce  mouvement. Savannah Anselme, une jeune femme brillante, 25 ans à l’époque, étudiante en sociologie à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, ses parents ouvriers dans l’imprimerie. Originaire de Marne-la-Vallée, vivant à Bures-sur-Yvette, elle admet n’aller à Paris que pour des manifs. En plus de la qualité de ses interventions lors de ses prestations de modératrice sur la Place de la République, avec un mélange de colère et d’espoir plein de sincérité, Savannah présentait un autre atout pour la réalisatrice : ses hésitations, face à la fatigue qui la gagnait, entre le travail à fournir pour pouvoir être admise à l’Ecole Normale Supérieure, un objectif majeur pour elle, et la poursuite de son engagement dans le mouvement Nuit Debout, des hésitations pouvant donner un enjeu dramatique à ce film que, avec l’accord de Savannah, elle s’apprêtait, finalement, à tourner.

Nuit Debout et Savannah

Tout en filmant de nombreuses assemblées de Nuit Debout sur la place de la République, Jeanne Dressen construit petit à petit un portrait de Savannah, qu’on voit modérer ces assemblées et dont on apprend petit à petit les origines et les buts dans la vie avec, en particulier, un dilemme mettant en contradiction le présent et l’avenir : étudiante le jour, passionaria la nuit, Savannah vit à un rythme infernal, elle est fatiguée ; d’un côté, elle souhaite être admise sur dossier à l’Ecole Normale Supérieure et il lui reste peu de temps pour valider son semestre et clore un dossier qui soit le meilleur possible ; de l’autre côté, elle se passionne pour le combat mené par Nuit Debout pour aboutir à une société démocratiquement, socialement et économiquement plus juste. Un ami a beau lui avoir dit qu’on aurait plus besoin d’elle quand elle serait diplômée que, actuellement, sur la Place de la République, faire un choix s’avère très difficile pour elle. Et puis, il y a les violences policières face à des manifestants pacifiques, les blessures inacceptables, le prêtre à remercier pour lui avoir proposé un abris, à elle et à ses amis, alors que l’un d’entre eux venait d’être blessé, la dame à qui il faut expliquer que, pour exprimer sa colère face à cette brutalité policière, Savannah préfère écrire des graffitis sur un mur plutôt que lancer des pavés. La peur qui gagne du terrain, mais des convictions plus fortes que la peur.

Jeanne Dressen s’est bien gardé de ne s’intéresser à Savannah que pour ses activités sur la place de la République ou de l’abandonner lorsque Nuit Debout a pris fin, quand un peu glorieux 49-3 a fait passer la Loi Travail : un repas familial montrant les clivages entre générations concernant l’approche de la politique et des luttes sociales, l’arrivée d’un enfant, le fait de ne pas se sentir à sa place au sein de l’Ecole Normale Supérieure. A ma place, un titre qui évoque tout à la fois la place de la République et la place qu’on peut avoir dans la société.

Conclusion

Quatre ans après les faits, A ma place, documentaire sur le mouvement Nuit Debout et sur une jeune femme qui s’y est beaucoup impliquée, est toujours d’actualité. En effet, comme l’a prouvé, depuis, le mouvement des gilets jaunes et comme le prouve, également, l’abstention de plus en plus massive lors des élections qui interviennent dans le cadre de la démocratie représentative, de plus en plus de citoyens se montrent davantage intéressés par la démocratie dite participative que par celle consistant à élire des représentants, dont, le plus souvent, le profil sociologique est très différent du leur et qui, trop souvent, conduisent une politique très différente, voire inverse, de celle pour laquelle ils ont été élus. Cerise sur le gâteau, A ma place nous met dans les pas de Savannah, une jeune femme qui gagne vraiment à être connue !



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