La Grèce accusée d’avoir abandonné plus d’un millier de migrants en Méditerranée depuis mars


Le gouvernement grec aurait secrètement expulsé plus de 1 000 réfugiés des frontières de l’Europe, en les abandonnant sur des canaux de sauvetage gonflables, parfois surchargés, en pleine Méditerranée, hors des eaux grecques, selon des informations du « New York Times ».

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D’après l’enquête du quotidien américain, publiée le 14 août dernier et passée relativement inaperçue, depuis mars, les autorités grecques auraient largué en mer au moins 1 072 demandeurs d’asile dans au moins 31 expulsions distinctes. Une « violation de la légalité et de l’humanité » pour l’ONG Human Right Watch, que la Grèce nie en bloc.

« Les autorités grecques ne se livrent pas à des activités clandestines », a déclaré Stelios Petsas, un porte-parole du gouvernement, au « New York Times ». « La Grèce a fait ses preuves en matière de respect du droit international, des conventions et des protocoles. Cela comprend le traitement des réfugiés et des migrants », ajoute-t-il.

Des migrants emmenés par des responsables grecs masqués

Le quotidien assure que des migrants auraient également été forcés de monter sur des radeaux qui fuyaient, laissés à la dérive dans leurs propres bateaux après que les autorités grecques auraient désactivé leurs moteurs ou encore abandonnées sur Ciplak, une île inhabitée dans les eaux turques.

« C’était très inhumain », a déclaré Najma al-Khatib, 50 ans, qui affirme que les autorités grecques l’ont abandonné avec 22 autres personnes, dont deux bébés, dans un radeau de sauvetage sans moteur, le 26 juillet dernier.

Selon son récit, corroboré par quatre autres passagers interrogés par le « New York Times », des policiers grecs les auraient emmenés en bus d’un centre de détention en leur disant qu’ils étaient transférés dans un camp sur une autre île, puis à Athènes. Des responsables grecs masqués les auraient ensuite parqués sur deux navires avant de les larguer sur des radeaux à la frontière maritime turque. Les migrants ont finalement été secourus par les garde-côtes turcs.

L’UE impuissante ?

Depuis l’élection l’année dernière, d’un nouveau gouvernement conservateur dirigé par le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, la Grèce a adopté une ligne beaucoup plus dure contre les migrants, rappelle le « New York Times ». « Cette pratique est totalement sans précédent en Grèce », précise néanmoins Niamh Keady-Tabbal, chercheur doctorant au Centre irlandais pour les Droits de l’Homme, au sujet des expulsions en mer.

« Méditerranée : le nouveau cimetière des réfugiés », une odyssée sans fin

Une politique ferme accrue pendant la pandémie du coronavirus, lors de laquelle des centaines de migrants se sont vues refuser le droit de demander l’asile et de faire appel de leur expulsion. « Le coronavirus a fourni une opportunité pour fermer les frontières nationales à qui ils voulaient », affirme au journal américain, François Crépeau, expert en droit international et ancien rapporteur spécial des Nations unies sur les droits humains des migrants. « Ces expulsions sont totalement illégales sous tous les aspects, en droit international et en droit européen », poursuit-il. « C’est un désastre pour les droits de l’homme et humanitaire. »

En Grèce, « les réfugiés sont confinés dans les camps et les intervenants extérieurs n’y pénètrent plus »

Contactée par le « New York Times », la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, s’est dite préoccupée par ces accusations. « Nous ne pouvons pas protéger notre frontière européenne en violant les valeurs européennes et en violant les droits des personnes », avant de déclarer qu’elle n’avait pas le pouvoir d’enquêter sur ces accusations.





nouvelobs

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