À voir sur Netflix : Project Power / Avale la pilule et libère ton pouvoir


Project Power
États-Unis : 2020
Titre original : –
Réalisation : Henry Joost, Ariel Schulman
Scénario : Mattson Tomlin
Acteurs : Jamie Foxx, Joseph Gordon-Levitt, Dominique Fishback
Distributeur : Netflix France
Durée : 1h53
Genre : Action, Science-Fiction
Date de sortie : 14 août 2020

Qu’êtes-vous prêt à risquer pour cinq minutes de pouvoirs extraordinaires ? Dans les rues de La Nouvelle-Orléans, la rumeur commence à circuler à propos d’une pilule mystérieuse qui libère des super-pouvoirs différents selon chaque personne. Le problème ? Impossible de savoir ce qui va se passer avant de l’avaler. Si certains se voient armés d’une peau à l’épreuve des balles, deviennent invisibles ou reçoivent une force surhumaine, d’autres subissent une réaction mortelle. Mais lorsque la pilule fait dangereusement exploser le crime en ville, un flic s’associe avec une jeune dealeuse et un ancien soldat motivé par une vengeance secrète pour combattre le pouvoir par le pouvoir, espérant que la pilule leur permettra de traquer et d’arrêter ceux qui l’ont inventée…

Afin de se préparer à l’arrivée de Disney+, Netflix semble avoir pris le parti depuis quelques années de multiplier les adaptations de comics, en proposant des films et séries dérivées de séries éditées par Boom Studios, Dark Horse Comics ou encore IDW Publishing). Parallèlement, la plateforme de SVOD – qui ne compte pas lâcher son statut de leader de sitôt – semble également bien déterminée à se lancer dans le domaine du blockbuster de super-héros, dans le but évident de concurrencer Marvel Studios. Project Power, disponible sur Netflix depuis le 14 août, s’inscrit dans cette optique.

Un mix de super-héros à la sauce Netflix

Ainsi, si le scénario de Mattson Tomlin ne mettra pas en scène de super-héros à proprement parler, son histoire semble clairement être sous influence – sous perfusion même ! – de diverses séries estampillées Marvel. Les inspirations les plus évidentes vont chercher du côté de Powers et de X-Men, à la différence près que les personnages ne conservent pas leurs pouvoirs mais en disposent seulement pour une durée de cinq minutes après avoir ingéré une pilule « power ». Les différents pouvoirs que nous donne à voir Project Power sont divers et variés : feu, glace, invincibilité, invisibilité, transformation en simili-Hulk, membres qui s’allongent, facteur guérisseur, griffes géantes… Un peu de Avengers, un peu de 4 Fantastiques, un peu de X-Men donc, dans un univers réaliste et urbaine blindé de flics et de truands avec ou sans pouvoirs rappelant forcément celui de Powers.

L’originalité n’est donc certes pas de mise, mais les thématiques sont suffisamment bien mélangées, et le film suffisamment rythmé pour que la sauce prenne sans pour autant que Project Power croule sous le poids de ses influences. Le script du film aurait d’ailleurs été l’objet d’une âpre bataille entre plusieurs studios qui désiraient en acheter les droits du film. C’est donc finalement Netflix qui est parvenu à remporter ce bras de fer, mais comment faire, lorsque l’on dispose d’un budget de 85 millions de dollars, pour parvenir à concurrencer à l’écran les productions made in Marvel, dont les budgets moyens se situent entre 180 et 350 millions ? Hé bien tout simplement en embauchant « the right man for the job », en l’occurrence un duo de cinéastes, composé par Henry Joost et Ariel Schulman, crédités au générique en tant que « Henry & Rel ».

Henry & Rel

En 2011/2012, les duettistes Henry Joost et Ariel Schulman réalisaient consécutivement le troisième puis le quatrième opus de la franchise Paranormal Activity, pour le compte de Blumhouse Productions. L’expérience acquise auprès de Jason Blum leur a indéniablement appris à tirer le meilleur du budget le plus serré qui soit, et leur permettrait d’enchaîner courant 2016 avec deux petites productions, Viral et Nerve. Adeptes du système D et des films rapidement mis en boite pour un résultat visuellement plutôt bluffant, les deux cinéastes travaillent vite et bien, en bidouillant des bandes efficaces qui surfent volontiers avec les couleurs, les angles et formats de prise de vue.

Visuellement ébouriffant, bourré d’idées, de plans fous et de séquences menées de main de maître, Project Power permet à Henry Joost et Ariel Schulman de s’éclater littéralement avec un budget énorme. Ils exploitent formellement au mieux non seulement les effets spéciaux mais également le cadre de la ville de La Nouvelle-Orléans : le Mississipi, le pont, le Superdome, le parc d’attractions Six Flags et bien sûr l’immense complexe d’immeubles abandonnés rempli de graffitis par l’artiste ExhibitBe en 2014. Rien que pour cette scène prenant place à Degaulle Manor, Project Power parvient à s’imposer une identité visuelle, qui se confirmera par la suite avec une série de séquences d’action parfois très originales, à la façon de ce nettoyage de night-club par Jamie Foxx filmé en plan-séquence à travers le point de vue d’un personnage coincé dans une cuve se remplissant progressivement de glace.

Du rythme et des acteurs charismatiques

En plus de ces quelques excellentes scènes d’action, qui font vraiment le sel de Project Power (on pense également à la scène mettant en scène Joseph Gordon-Levitt contre un homme invisible, très réussie), la réussite du film vient également de sa tonalité, gentiment rentre-dedans, et de ses acteurs, excellents et charismatiques. Outre Jamie Foxx et Joseph Gordon-Levitt, tous deux vraiment très bons, la surprise vient surtout de la jeune Dominique Fishback, bluffante en rappeuse contrainte à dealer afin de joindre les deux bouts et soigner sa mère malade. On notera également que Project Power marque la troisième collaboration entre l’acteur Machine Gun Kelly et les réalisateurs Henry Joost et Ariel Schulman, après Viral et Nerve.

Ultra-rythmé et bourrin, le film ne se prend pas au sérieux et nous offre même quelques petites dérives un peu gore et deux/trois gags amusants. Mais sous ses airs de série B violente et décomplexée, Project Power soulève tout de même quelques questions philosophiques chères aux récits de science-fiction, et ici relayées par la trajectoire du personnage de Jamie Foxx : les liens entre technologie, pouvoir et politique sont soulevés, de même que le film semble sous-entendre que le progrès technologique peut être dangereux (ici, avec la pilule, soit vous vous envolez, soit vous explosez en gros), et que son exploitation se fait un peu toujours au détriment de l’être humain.

Loin de proposer cela dit une réflexion trop poussée sur les sujets de société qu’il aborde en filigrane, Project Power nous confirmera, scène d’action après scène d’action, que sa raison d’être va plutôt chercher du côté du pur divertissement, burné et sans prise de tête. Et grâce à sa facture formelle à la fois étonnante et vraiment classe, il se pose vraiment comme le haut du panier dans le genre !



Critique film

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