[La mondialisation dans l’assiette] La tomate industrielle, un concentré de dérives



La tomate industrielle, qui représente un quart du marché mondial de ce fruit rouge, est devenue le symbole des dérives de la mondialisation. Entre des concentrés de tomates frelatés, des sauces « Made in Italy » envoyées depuis la Chine, des migrants sous-payés et des systèmes mafieux intenses, l’opacité de notre ketchup, nos sauces et autres conserves est passée à la loupe. Toute la semaine, Novethic se penche sur les effets néfastes de nos modes alimentaires. 

On en mange sans même s’en apercevoir. Dans les pizzas, le ketchup, les concentrés, les sauces… la tomate industrielle représente un quart du marché mondial. Et ce fruit rouge, très standardisé, calibré pour l’exportation, est bien différent des tomates de votre potager. Sa peau est beaucoup plus épaisse pour résister aux chocs et la tomate en elle-même est plus ferme afin qu’elle ne s’écrase pas lors de la cueillette mécanique. Elle convient environ 5 % de matière sèche pour 95 % d’eau.

Le journaliste Jean-Baptiste Malet a enquêté, pendant plus de deux ans, sur l’industrie de cette tomate. Il a suivi son parcours, du champ à la transformation en usine jusqu’à son conditionnement en baril. Et les non-initiés pourraient bien être surpris. Le journaliste révèle notamment dans « L’empire de l’or rouge », paru en 2017, que les sauces tomate et autres concentrés « fabriqués en Italie » proviennent en réalité de Chine, deuxième producteur mondial de tomates. Même Le Cabanon, une conserverie provençale française, s’approvisionne en « tomato paste made in China ». 

« J’étais en Provence, ma région natale, celle où ma grand-mère confectionnait chaque été ses conserves de tomates à partir de sa production potagère, et je voyais pour la première fois de gros barils énigmatiques contenant de la tomate venue de l’autre bout du monde », raconte Jean-Baptiste Malet. Au fil de son enquête, le journaliste découvre les dérives de cette industrialisation de la tomate, où des migrants sous-payés sont engagés pour la main-d’œuvre des récoltes et où des additifs suspects sont ajoutés à des concentrés « incomestibles ». 

Des concentrés de tomates frelatés, coupés à l’amidon

Le journaliste explique notamment qu’en Afrique de l’ouest, où 90 % du marché du concentré de tomates est détenu par les Chinois, les boîtes de concentrés sont frelatées, parfois coupés à l’amidon, au dextrose ou encore à la fibre de soja. Il découvre également un secteur qui grouille de systèmes mafieux. « Le chiffre d’affaires des organisations criminelles du secteur est estimé à 15,4 milliards d’euros en 2014. Il n’a jamais été aussi facile pour les entreprises criminelles de faire fructifier des capitaux sales », note-t-il. Sans compter que la « vallée de la tomate » autour du fleuve Sénégal prélève un lourd tribut sur l’eau au détriment d’autres usages. 

La chaîne d’approvisionnement complexe de ce secteur rend très opaque les transactions. Jean-Baptise Malet évoque un système comparable à celui des industries mondialisées comme l’automobile ou l’aéronautique. Les producteurs délocalisés, qu’il baptise « équipementiers » sont inconnus. « C’est surprenant, mais l’industrie de la tomate s’est toujours trouvée aux avant-postes de l’histoire du capitalisme », explique le journaliste dans une interview au Figaro, révélant notamment que Heinz Company fut la première multinationale occidentale à ouvrir une usine agroalimentaire en Chine.  

Marina Fabre, @fabre_marina





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