Le gouvernement veut sauver la filière betterave mais doit autoriser un insecticide dangereux pour les abeilles



Le ministère de l’Agriculture veut autoriser de nouveau l’utilisation de néonicotinoïdes dans la culture de la betterave pour sauver la filière. Cette filière est la première en Europe net emploi 46 000 personnes en France. Mais plusieurs ONG alertent sur un risque pour les abeilles.

Le ministère de l’Agriculture a annoncé jeudi 6 août sa volonté de modifier la législation durant l’automne pour autoriser les agriculteurs à utiliser de nouveau des semences de betteraves enrobées d’insecticides interdits depuis 2018, les néonicotinoïdes. Cette dérogation devrait courir de 2021 à 2023, au plus tard, et pourrait permettre de pérenniser la filière sucrière française. Mais ces insecticides s’attaquent au système nerveux des insectes et donc des abeilles. C’est pour cette raison qu’ils avaient été bannis.

Les planteurs de betteraves français alertaient depuis plusieurs semaines au sujet de la situation de la filière sucrière, démunie selon eux face aux pucerons verts, presque immanquablement vecteurs du virus de la jaunisse qui fait s’effondrer les rendements. La récolte est prévue cet automne. Le syndicat spécialisé CGB, affilié à la FNSEA, a déjà estimé que la France produirait « 600 000 à 800 000 tonnes de sucre » en moins cette année faute de solution.

Impasse pour les agriculteurs

Soutenu par des élus locaux et nationaux, le syndicat demandait de pouvoir recourir à nouveau aux néonicotinoïdes pour protéger les plantes des pucerons et garantir les rendements. « Le gouvernement reconnaît l’impasse dans laquelle sont les agriculteurs. Il faut avancer maintenant très vite pour avoir une loi« , a réagi auprès de l’AFP le président de la CGB Franck Sander. « Les producteurs se sont engagés pour que toutes les précautions soient prises afin que la dérogation soit circonscrite« , soulignent dans un communiqué les syndicats agricoles majoritaires FNSEA et Jeunes Agriculteurs.

« Ces annonces sont de nature à sécuriser les semis de betteraves pour la campagne 2021-2022« , salue Tereos, deuxième groupe sucrier mondial (marque Béghin Say). « Il ne s’agit pas de remettre en question l’indispensable transition écologique. Il s’agit de nous permettre d’être les acteurs de cette transition et non les victimes« , assure Olivier de Bohan, président du sucrier Cristal Union (marque Daddy).

De son côté, le président de Générations futures François Veillerette proteste. « La France avait été exemplaire et, là, on recule« , a-t-il déploré auprès de l’AFP. « Nous ne pouvons accepter un retour en arrière« , soutient également l’Union nationale des apiculteurs (Unaf), dans une lettre publiée juste avant l’annonce ministérielle. Autoriser les néonicotinoïdes serait « catastrophique pour la filière apicole et pour l’ensemble des insectes pollinisateurs déjà fortement fragilisés en France« , selon l’Unaf.

Pas de pulvérisation

Pour le ministère de l’Agriculture, il y avait « urgence à agir« . Dans le détail, il veut « permettre explicitement, pour la campagne 2021 et le cas échéant les deux campagnes suivantes tout au plus« , de déroger à l’interdiction. Ce sera « dans des conditions strictement encadrées » et « comme le font d’autres pays européens confrontés aux mêmes difficultés« , selon un communiqué. Il est uniquement envisagé d’autoriser l’enrobage des semences par des néonicotinoïdes. Il restera interdit de pulvériser ces produits dans l’air. De plus, les agriculteurs ne pourront pas planter ensuite sur la même parcelle des cultures susceptibles d’attirer des pollinisateurs afin de ne pas les exposer « aux résidus éventuels« .

« Cette crise de la jaunisse fragilise l’ensemble du secteur sucrier et crée le risque d’un abandon massif de la betterave en 2021 par les agriculteurs au profit d’autres cultures. Or la France est le premier producteur de sucre européen. Le secteur concerne 46 000 emplois dont 25 000 agriculteurs et 21 sucreries« , fait valoir le ministère.

Le gouvernement prévoit par ailleurs de mobiliser « dès 2021 dans le cadre du plan de relance » cinq millions d’euros supplémentaires pour financer la recherche de solutions « alternatives véritablement efficaces » aux néonicotinoïdes, mais aussi d’indemniser les planteurs ayant subi en 2020 des « pertes importantes liées à cette crise de la jaunisse de la betterave« . Un « plan de protection des pollinisateurs » doit être défini « d’ici fin 2020« , tandis que les agriculteurs devront travailler à se prémunir davantage des infestations de pucerons.

Ludovic Dupin avec AFP





novethic

A lire aussi

Laisser un commentaire