L’explosion au Liban due au nitrate d’ammonium, une substance déjà impliquée dans de nombreuses explosions accidentelles, dont AZF



Au Liban, déjà en proie à une crise économique et sociale majeure, un nouveau drame est venu frapper le pays. Une explosion chimique à Beyrouth, a priori due à des stocks mal protégés de nitrate d’ammonium, a rasé un quartier de la ville et provoqué de nombreuses victimes. Cette substance, utilisée principalement pour les engrais en agriculture, a été à l’origine de nombreux accidents massifs, dont en 2001 en France, celui de l’usine AZF.

Mardi 4 août, une gigantesque explosion a dévasté le port de Beyrouth au Liban et sinistré une large partie de la ville. Le bilan est catastrophique. À l’heure où nous écrivons ces lignes, le bilan s’élève à au moins 100 morts, plus de 4 000 blessés et 300 000 personnes sans domicile. Le Premier ministre Hassan Diab a décrété ce mercredi 5 août, jour de deuil national et a promis que les responsables devraient « rendre des comptes« . Le gouvernement pointe du doigt une cargaison de nitrate d’ammonium stockée « sans mesures de précaution » sur le port.

« Il est inadmissible qu’une cargaison de nitrate d’ammonium, estimée à 2 750 tonnes, soit présente depuis six ans dans un entrepôt, sans mesures de précaution. C’est inacceptable et nous ne pouvons pas nous taire« , a déclaré le Premier ministre devant le Conseil supérieur de défense. Le nitrate d’ammonium est loin d’être un inconnu en matière de risque chimique.

Des règles strictes de stockage

Il s’agit d’un sel blanc et inodore utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous forme de granulés. Les nitrates d’ammonium composent les engrais appelés ammonitrates, que les agriculteurs achètent en gros sacs ou en vrac. Ce ne sont pas des produits combustibles : ce sont des comburants, c’est-à-dire qu’ils permettent la combustion d’une autre substance déjà en feu.

« C’est très difficile de le brûler » et « ce n’est pas facile de le faire détoner« , explique à l’AFP Jimmie Oxley, professeure de chimie à l’université du Rhode Island, qui a elle-même travaillé sur la combustion du nitrate d’ammonium. La détonation n’est possible qu’avec une contamination par une substance tierce ou une source intense de chaleur. Le stockage doit suivre des règles pour isoler le nitrate d’ammonium de liquides inflammables, de liquides corrosifs, de solides inflammables ou encore de substances qui dégagent une chaleur importante.

Depuis un siècle, de nombreuses tragédies dans le monde, accidentelles et criminelles, ont comme origine le nitrate d’ammonium. L’un des tout premiers accidents fit 561 morts en 1921 à Oppau en Allemagne, dans une usine BASF. En 1947, Brest fut secoué par l’explosion du cargo norvégien Ocean Liberty qui transportait la substance. Le bilan s’était élevé à des centaines de blessés et des milliers de bâtiments détruits.

AZF en 2001

En France, l’accident le plus connu remonte à 2001, quand 300 tonnes de nitrates d’ammonium (presque dix fois moins qu’au Liban), empilées en vrac dans un hangar de l’usine chimique AZF dans la banlieue sud de Toulouse, ont subitement explosé. Une partie de la ville a été soufflée, 31 personnes sont mortes, et la déflagration fut entendue 80 km à la ronde.

Plus récemment, aux États-Unis, une terrible explosion à l’usine d’engrais West Fertilizer, à West au Texas, fit 15 morts en 2013. Un stock de nitrates d’ammoniums a explosé à cause d’un incendie d’origine criminelle, l’absence de normes de stockage avait été mise en cause par les enquêteurs. Dangereux, ce produit chimique est toutefois aujourd’hui indispensable à l’agriculture et à la construction, rappelle Jimmie Oxley.

Ludovic Dupin avec AFP





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