Décès du réalisateur Alan Parker



Bugsy Malone © 1976 David Appleby / Goodtimes Enterprises / The Rank Organisation / Tous droits réservés

Le réalisateur anglais Alan Parker est décédé vendredi dernier, le 31 juillet, à Londres. Il était âgé de 76 ans. Malgré un nombre d’œuvres plutôt réduit dans sa filmographie et aucun genre ou style de prédilection, Parker a su s’imposer comme l’un des réalisateurs incontournables de sa génération.

Il paraît que l’une de ses ambitions professionnelles était d’aborder au moins une fois chaque genre. Même s’il n’y est pas tout à fait parvenu, son parcours en dents de scie ne manque pas d’intérêt. Car autant il est facile de détester son approche souvent simpliste et pompeuse, autant ses films opèrent pour le meilleur et pour le pire à un niveau viscéral auquel il est difficile de se soustraire.

Midnight Express © 1978 David Appleby / Casablanca Filmworks / Columbia Pictures / Sony Pictures Releasing France
Tous droits réservés

Venu du monde de la publicité comme bon nombre de ses contemporains et compatriotes tels que Ridley Scott et Adrian Lyne, Alan Parker avait trouvé un tout premier travail pour le cinéma par le biais de l’écriture du scénario de Mercredi après-midi de Waris Hussein en 1971. Cette histoire sur deux pré-adolescents qui veulent se marier n’est pas sans point commun avec le premier long-métrage que Parker a tourné cinq ans plus tard en tant que réalisateur : le film de gangster Bugsy Malone interprété exclusivement par des enfants dont la jeune Jodie Foster.

Son deuxième film marque le premier changement de registre parmi tant d’autres, puisque Midnight Express évoque de façon plutôt tendancieuse l’emprisonnement d’un jeune Américain interprété par Brad Davis dans une prison en Turquie. Puis, Parker avait commencé les années ’80 avec un film musical au ton plus euphorisant, Fame ou le quotidien compétitif des élèves d’une école artistique à New York. L’impact culturel du film a été tel qu’il a été suivi par une série à succès, diffusée pendant six saisons jusqu’en 1987 !

Angel Heart Aux portes de l’enfer © 1987 George Kontaxis / Carolco International / Winkast Film Productions /
Carlotta Films Tous droits réservés

Toujours fidèle au monde musical, Parker avait ensuite adapté l’album culte de Pink Floyd « The Wall » au cinéma. La même année, en 1982, il s’était essayé au genre du drame conjugal à travers L’Usure du temps avec Albert Finney et Diane Keaton en mode divorce. Puis vint la consécration internationale sous forme du Grand Prix du Festival de Cannes, décroché en 1985 avec Birdy, un drôle de drame sur les traumatismes de guerre subis par deux amis interprétés par Matthew Modine et Nicolas Cage.

Et si le film charnier de la filmographie de Alan Parker, d’un point de vue à la fois mathématique et esthétique, était Angel Heart Aux portes de l’enfer, ce thriller diabolique ressorti au cinéma en septembre dernier, avec Mickey Rourke et Robert De Niro ? Le drame racial Mississippi Burning avec Gene Hackman – Ours d’argent du Meilleur acteur au Festival de Berlin en 1989 – et Willem Dafoe devrait être encore plus frais dans la mémoire des spectateurs cinéphiles, puisqu’il est ressorti il y a moins de trois semaines. De ce fait, il est encore projeté dans bon nombre de salles à travers la France. L’occasion idéale en somme pour simultanément rendre hommage au réalisateur disparu et soutenir votre cinéma de répertoire préféré !

Mississippi Burning © 1988 David Appleby / Orion Pictures Corporation / Les Acacias Tous droits réservés

Le reste de la filmographie de Alan Parker devenait progressivement plus laborieux. Les bons sentiments n’ont pas vraiment sauvé Bienvenue au paradis, un autre drame racial, cette fois sur la déportation dans des camps d’internement des Américains d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale, tout comme la distribution prestigieuse de Aux bons soins du docteur Kellogg n’était d’aucun secours pour cette comédie sur les cures d’amaigrissement. Entre ces deux films, le réalisateur avait une dernière fois démontré son talent de conteur entreprenant grâce à Les Commitments, une joyeuse comédie sur les déboires d’un groupe de soul music à Dublin.

Dans Evita, par contre, tout n’était que montage déroutant et visuels creux, un constat nullement adouci par les interprétations hautement artificielles de Madonna, Antonio Banderas et Jonathan Pryce. Enfin, la longue et éprouvante adaptation de l’autobiographie de Frank McCourt Les Cendres d’Angela et le drame judiciaire pompeux sur la peine de mort La Vie de David Gale – le dernier film de Parker en 2003 – n’ont pas non plus fait grand-chose pour redresser la barre.

Les Commitments © 1991 David Appleby / Beacon Pictures / Dirty Hands Productions / First Film Company
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Alan Parker a été nommé à deux reprises à l’Oscar du Meilleur réalisateur, en 1979 pour Midnight Express et dix ans plus tard pour Mississippi Burning. La presse étrangère d’Hollywood l’avait nommé en plus une troisième fois aux Golden Globes pour Evita en 1997. L’Académie du cinéma britannique a été infiniment plus généreuse à son égard puisqu’il y a été nommé à huit reprises. Il a gagné quatre BAFTAs compétitifs, pour le Meilleur scénario de Bugsy Malone en 1977, le Meilleur réalisateur pour Midnight Express en 1978 et Les Commitments, également élu Meilleur Film en 1992, ainsi que le prix honorifique, le BAFTA Fellowship, en 2013. Le National Board of Review lui avait donné son prix du Meilleur réalisateur en 1988 pour Mississippi Burning. Enfin, curieusement, le seul de ses films à être nommé au César du Meilleur Film étranger était Fame en 1981. En 2002, Alan Parker a été élevé au rang de Sir par la reine Elizabeth II.

Evita © 1996 David Appleby / Cinergi Pictures Entertainment / Summit Entertainment / Hollywood Pictures
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