De retour en salles au mois d’août 2020



Arizona Junior © 1987 Melinda Sue Gordon / Circle Films / 20th Century Fox / Ciné Sorbonne Tous droits réservés

Pour un mois en pleine période estivale, jadis la saison privilégiée des ressorties en salles, celui d’août 2020 se distingue par le nombre plutôt réduit de films qui feront leur retour sur grand écran. C’est à peine une quinzaine de titres qui sera soumise en version restaurée au fil des quatre mercredis à venir au regard du public contemporain. Et si ce n’était pour le travail toujours aussi exemplaire du distributeur Carlotta Films, représenté par pas moins de trois films et une rétrospective, notre chronique mensuelle aurait failli ne pas avoir de raison d’être ce mois-ci.

Cependant, ce n’est pas tant la quantité qui compte, mais la qualité. A ce niveau-là, il n’y a strictement rien à redire dans cette sélection de fin d’été, qui vous fera découvrir ou retrouver les œuvres de réalisateurs aussi incontournables que Yasujiro Ozu et King Hu côté asiatique, Mathieu Kassovitz et Gaspar Noé côté français, les frères Coen, Christopher Nolan, David Cronenberg et Billy Wilder côté américain et, enfin, René Clément, Luigi Zampa et Dino Risi côté italien. Ce programme est par ailleurs placé sous le signe des films relativement récents, puisque vous y chercherez en vain les trésors du cinéma classique d’avant les années 1950 et que celui des années ’70 ou ultérieur y est omniprésent.

Fleurs d’équinoxe © 1958 Shochiku / Carlotta Films Tous droits réservés

Une seule rétrospective est donc au programme de ce mois d’août, au cours duquel la fréquentation des salles françaises, tous types de sorties confondus, risque de pâtir encore des suites économiques et sociales du confinement. Pourtant, il n’y a rien de plus rassurant et d’enrichissant que de se plonger (encore) dans la filmographie du maître japonais Yasujiro Ozu (1903-1963) ! Pour le troisième été de suite, après la rétrospective en dix films initiée par Carlotta Films en 2018 et reprise l’année suivante, le distributeur a préparé un très joli programme, cette fois-ci ciblé sur l’intégrale des films en couleurs du réalisateur. A partir du 19 août, vous pourriez vous émerveiller à nouveau devant Fleurs d’équinoxe, Bonjour, Herbes flottantes, Fin d’automne et Le Goût du saké. Deux semaines auparavant, c’est Dernier caprice, apparemment l’un des films préférés des admirateurs d’Ozu, qui bénéficiera d’une sortie à part.

Également le 19 août, Splendor Films ressort l’épique Raining in the Mountain de King Hu. Le réalisateur chinois est hélas moins exposé sur les écrans des salles de répertoire françaises que son confrère japonais, les dernières ressorties de ses films remontant à 2015 avec un double programme de A Touch of Zen et Dragon Inn par … Carlotta. Espérons que cette aventure de moines et de trésors cachés saura mobiliser les fans de films de genre asiatiques, sans doute assez nombreux en France, quoique plutôt friands d’autres moyens de consommation de supports audiovisuels …

Pour les cinéphiles parisiens, nous tenons enfin à signaler une rétrospective de films japonais que la Filmothèque dans le Quartier latin organisera à partir du 12 août. A la base motivée par la ressortie mercredi dernier de Pluie noire de Shohei Imamura, elle permettra de revoir près de trente films, entre autres réalisés par Kenji Mizoguchi, Akira Kurosawa, Nagisa Oshima et Takeshi Kitano. Sayonara !

La Haine © 1995 Guy Ferrandis / Kasso Inc. Productions / Les Productions Lazennec / La Sept Cinéma / Studiocanal
Tous droits réservés

Deux films français encadrent le programme des ressorties ce mois-ci. Seulement deux ? Oui, mais des œuvres qui ont défrayé la chronique, au point d’inspirer des générations entières de cinéastes en herbe ! Ce fut en tout cas ainsi pour La Haine en 1995. Le deuxième film de Mathieu Kassovitz, Prix du Meilleur réalisateur au Festival de Cannes et César du Meilleur Film, avait tourné en boucle à l’époque, par extraits interposés, dans nos cours de cinéma à la fac. Grâce à Studiocanal, nous aurons enfin l’occasion de le voir en entier à partir de mercredi prochain !

Sept ans plus tard, le choc était au moins aussi fort à la découverte de Irréversible, de même le deuxième film de Gaspar Noé. Sa sélection en compétition au Festival de Cannes a surtout été un prétexte à bon nombre de polémiques sur la violence de cette histoire d’une nuit fatidique contée à l’envers. Dès le 26 août, vous pourriez accompagner le couple Cassel / Bellucci et leur ami Dupontel dans leur odyssée nocturne à l’endroit, à travers la version « Inversion intégrale » du film. En parallèle, la version d’origine en restauration 4K sera aussi proposée par Carlotta pour des séances exceptionnelles.

Scanners © 1981 Denis Fugere / Filmplan International / Capricci Tous droits réservés

Dans le pire des cas, l’été 2020 entrera dans les annales comme la saison qui aura achevé l’industrie du cinéma. Dans le meilleur des cas, il aura mis fin à l’hégémonie commerciale que les films américains exercent sur le marché mondial depuis des décennies. Tandis que les nouvelles sorties américaines tardent toujours à sortir sur les écrans en dehors des États-Unis, quatre films plus anciens nous honorent avec leur présence dans les meilleures salles de répertoire. La sortie la plus opportuniste est certainement celle de Inception de Christopher Nolan, repoussée jusqu’au 12 août afin de coïncider tant soit peu avec la sortie européenne du nouveau film du réalisateur deux semaines plus tard, Tenet ou la véritable arlésienne de cet été.

De même, malgré le charme de Audrey Hepburn et la mise en scène malicieuse de Billy Wilder, était-il vraiment nécessaire de ressortir Ariane le 26 août prochain, c’est-à-dire moins de trois ans après son dernier passage en salles ? Au moins, Ciné Sorbonne se sera rattrapé deux semaines avant, à travers la ressortie de l’infiniment plus rare Arizona Junior, le jubilatoire deuxième film des frères Coen, avec Nicolas Cage, Holly Hunter et John Goodman en pleine farce d’enlèvement de bébé.

Puisqu’on flaire un fil rouge aussi involontaire qu’insoupçonné parmi les films de retour en salles ce mois-ci, donnez-nous deux minutes pour vérifier si Scanners ne serait pas, par hasard, le deuxième film de David Cronenberg. … Eh bah non, pas du tout en fait, puisqu’il s’agit du sixième long-métrage du maître canadien du fantastique. Le premier d’une décennie magistrale qui allait également donner la vie cinématographique à Vidéodrome, Dead Zone, La Mouche et Faux-semblants ! Que du très, très bon pour résumer ! Même si Scanners constitue davantage le lien solide entre les films de Cronenberg des années ’70 et ceux des années ’80, il demeure un film qu’on brûle d’impatience de revoir sur grand écran à partir du 19 août, distribué par Capricci ! Pourquoi pas en double séance avec Crash, ressorti début juillet ?

Le Sexe fou © 1973 Dean Film / Cinetirrena / Les Acacias Tous droits réservés

Chaque mercredi du mois, un film soit italien, soit espagnol vous rappellera l’époque faste du cinéma méditerranéen. Cela commence après-demain avec Quelle joie de vivre de René Clément chez les Films du Camélia, une comédie très plaisante avec le jeune Alain Delon. Tellement plaisante que l’on ne se souvient plus de grand-chose de notre visionnage lors de sa ressortie précédente en 2012 … !

Puis, Carlotta fera œuvre de dénicheur de classiques rares de films de genre avec Les Révoltés de l’an 2000 de Narciso Ibañez Serrador. Sur une île autrefois paradisiaque, un couple de touristes anglais découvrira l’horreur causée par la prise de pouvoir des enfants. Les réalisateurs Jaume Balaguero, Paco Plaza, Juan Antonio Bayona et Gaspar Noé – encore lui – se sont revendiqués de ce film au sujet subversif.

En pleine canicule, tous les fantasmes sexuels sont permis. C’est ainsi que l’on pourrait regrouper les deux comédies italiennes, de retour en salles le 19 et le 26 août. Dans Il medico della mutua de Luigi Zampa chez Tamasa, Alberto Sordi essaie de se faire beaucoup d’argent en escroquant la sécurité sociale italienne. Et dans Le Sexe fou de Dino Risi, Giancarlo Giannini aura amplement le temps, en neuf sketchs, de courir après la sublime Laura Antonelli. Le distributeur Les Acacias continue de la sorte son cycle sur le travail de Risi dans les années ’70, débuté en novembre dernier avec Âmes perdues, suivi par La Carrière d’une femme de chambre et Dernier amour, avant sa suspension à cause de la fermeture des salles obscures.



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