Les garçons conçus par PMA connaissent-ils « une baisse de la fertilité de 50% », comme l’affirme La Manif pour tous ?



Le comité du Puy-de-Dôme de La Manif pour tous affirme que les garçons nés par PMA connaissent « une baisse de la fertilité de 50% ». Des propos erronés selon Mikaël Agopiantz, spécialiste de la médecine de la reproduction. 

Soixante-six voix pour, 27 contre et 3 abstentions. Les députés ont adopté mercredi 29 juillet l’article 1er du projet de loi bioéthique permettant à toutes les femmes d’avoir accès à la procréation médicalement assistée (PMA). Examinée en deuxième lecture, cette mesure donne aux femmes seules et aux couples de femmes le droit d’avoir un enfant au moyen de techniques médicales (insémination artificielle, fécondation in vitro…). 

Parmi les plus virulents pourfendeurs de la mesure, La Manif pour tous. Le collectif d’associations, né en 2012 pour lutter contre le texte ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe, a multiplié les manifestations pour s’opposer au projet de loi bioéthique, de même que les tweets.

Selon ce que le comité du Puy-de-Dôme a publié sur « compte officiel », « les garçons conçus [par PMA] connaissent une baisse de la fertilité de 50% ». Un supposé « [problème] de santé publique » que l’association entendrait dénoncer et sur lequel franceinfo a souhaité enquêter. 

Selon une estime de l’Institut national d’études démographiques (Ined), 1 enfant sur 30 (soit 3,4%) aurait été conçu par assistance médicale à la procréation (AMP) en 2018 (PDF). Un chiffre qui corrobore l’affirmation de départ du comité puydômois. Au total, ce sont plus de 150 000 tentatives d’AMP qui ont eu lieu en 2017, dont environ un tiers d’inséminations artificielles, indique un rapport édité en 2018 par l’Agence de la biomédecine (PDF). Ces procédés, actuellement réservés aux couples hétérosexuels, ont « pour objet de remédier à l’infertilité » ou « éviter la transmission […] d’une maladie d’une particulière gravité », dispose le Code de la santé publique.

Qu’en est-il de la fertilité de ces enfants conçus par PMA ? Mikaël Agopiantz, chef de service au Centre d’assistance médicale à la procréation du CHRU de Nancy (Meurthe-et-Moselle), n’y va pas par quatre chemins : « Je ne sais pas ce qu’est une ‘baisse de la fertilité de 50%’, cela ne correspond pas à une donnée médicale. » Pour le gynécologue, il n’y a pas plus de problèmes d’infertilité « chez les enfants nés par [procréation médicalement assistée]«  que chez les autres.

Le professeur René Frydman, pionnier de la fécondation in vitro en France, dressait un constat similaire dans le Figaro en 2013. « Statistiquement, on retrouve les mêmes problèmes de stérilité chez les enfants nés de la PMA que chez les autres », affirmait au quotidien celui qui avait permis la naissance d’Amandine en 1982, le premier « bébé-éprouvette » français. « [Les enfants nés par PMA] ont, comme les enfants conçus de manière naturelle, 25% de chances d’avoir un enfant quand ils le souhaitent. Après, l’âge rentre évidemment en compte, ainsi que l’histoire personnelle, mais comme pour toutes les grossesses. »

De rares exceptions peuvent exister, mais, pour Mikaël Agopiantz, « il ne faut pas confondre corrélation et causalité ». Pour illustrer son propos, le gynécologue mobilise « un exemple caricatural », celui de la « microdélétion du chromosome Y ». La pathologie est présente chez 1 homme sur 2 000 ou 3 000 selon les instituts américains de la santé (en anglais). « Elle entraîne chez l’homme porteur une absence totale ou une très faible proportion de spermatozoïdes », explicite Mikaël Agopiantz. « C’est donc une infertilité qui peut être prise en charge par la fécondation in vitro avec micro-injection. » Dans ce cas, si l’enfant est un garçon, « il héritera de cette problématique et sera aussi infertile que son père. Mais ce ne sera pas à cause de l’AMP », précise le chef de service. Une exception que dressait aussi le professeur René Frydman au Figaro.

En l’absence de conjoint masculin, les couples de femmes et les femmes seules ne sont, de fait, pas appelés en premier lieu à recourir à la fécondation in vitro pour des raisons d’infertilité stricto sensu. Par ailleurs, les spermatozoïdes stockés dans les banques de sperme ont été prélevés après des examens médicaux sur les donneurs « et donc on peut penser qu’ils ne vont pas entraîner plus de problèmes de fertilité que dans la population générale », observe Mikaël Agopiantz.

L’objectif n’est pas de concevoir de meilleurs enfants mais de ne pas surajouter de risques par rapport à la population générale. Sinon ça s’appelle de l’eugénisme.Mikaël Agopiantzà franceinfo

D’une manière générale, Mikaël Agopiantz observe toutefois une baisse effective de la fertilité dans la population. « Tous les paramètres, comme la concentration en spermatozoïdes, ont baissé au sein de l’espèce humaine, notamment à cause de la pollution environnementale, que ce soit par les perturbateurs endocriniens ou les plastiques. » Une évolution « significative » attestée par une étude israélienne publiée en 2017 (texte en anglais). Selon ses auteurs, la concentration des spermatozoïdes a chuté de 50 à 60% chez les hommes occidentaux entre 1973 et 2011.





francetvinfo

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