Rachida Dati accuse Anne Hidalgo de favoritisme envers Unibail, promoteur de la tour Triangle


A peine son deuxième mandat entamé, la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo se retrouve visée par des accusations de « favoritisme » et de « détournement de fonds publics » par… son ex-concurrente aux élections municipales, Rachida Dati. Comme l’explique le « Canard enchaîné » ce mercredi 29 juillet, l’ex-candidate LR à l’Hôtel de Ville a écrit le 23 juillet dernier au parquet de Paris et au parquet national financier à propos des avantages que la mairie aurait accordés au groupe Unibail, concessionnaire de la tour Triangle.

S’appuyant sur un rapport de la chambre régionale des comptes, l’ancienne garde des Sceaux annonce à l’AFP qu’elle a également transmis des courriers dénonçant ces faits au procureur de Paris, Rémy Heitz, et au procureur financier Jean-François Bohnert, confirmant une information du « Parisien » et du « Canard enchaîné ». Les parquets sollicités n’ont pas encore rendu leur décision.

La chambre régionale des comptes d’Ile-de-France estimait dans son rapport que le projet de la tour Triangle avait été « inséré de façon critiquable dans l’enceinte du Parc des expositions de la porte de Versailles », situé au sud de la capitale. « Le rapport de la cour des comptes est assez clair. Je n’ai fait que reprendre des faits qui sont qualifiables pénalement », justifie Rachida Dati auprès de l’AFP.

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Un contrat « contestable »

En 2008, Viparis, filiale d’Unibail, projetait de construire la deuxième tour la plus haute de Paris. Mais celle-ci devait être bâtie sur une parcelle du Parc des expositions dont Unibail est concessionnaire jusqu’en 2026. Le délai était alors trop court pour que la concession de la tour soit rentable. D’après le rapport, la mairie de Paris a alors résilié de manière anticipée en 2015 le contrat initial, pour pouvoir en conclure un deuxième, qui concorde mieux avec le calendrier du projet de Viparis.

En outre, la Ville de Paris a accepté d’indemniser le concessionnaire du Parc des expositions à hauteur de 263 millions d’euros « pour un préjudice non démontré ». La mairie a certes résilié la concession de manière anticipée, mais a également accordé dans la foulée un nouveau contrat à Viparis, lui permettant de continuer à exploiter les installations. Ce contrat a été attribué « dans des conditions en partie contestables », soulève également le rapport.

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En plus de délais de dépôt d’offre assez courts compte tenu de la complexité du projet, la ville de Paris a demandé aux candidats un droit d’entrée de 263 millions d’euros, justement le montant de l’indemnisation demandée à Viparis. Somme dont le concessionnaire a pu s’acquitter en « renonçant à l’indemnité de résiliation anticipée de la concession », alors que l’autre candidat devait « autofinancer » ce droit d’entrée. Résultat avancé par la chambre régionale des comptes : la Ville de Paris « s’est ainsi privée d’une ressource nette tout en provoquant une distorsion de concurrence pour l’attribution du nouveau contrat ».

« Situation de favoritisme »

« Le rapport démontre que la réalisation du projet de la tour Triangle n’a répondu à aucun intérêt de la Ville de Paris et qu’elle a été programmée afin de favoriser les intérêts d’une personne morale privée, à savoir la société Unibail », dénonce Rachida Dati dans ses courriers aux différents parquets, consultés par l’AFP.

« Ainsi, le groupe Viparis a été dispensé de réaliser les investissements de modernisation programmés dans le cadre de la concession, avec pour effet de faire financer par la concession la finalisation du projet de tour porté par une autre société de ce même groupe, ce qui s’apparente à une situation de favoritisme. »Anne Hidalgo file un coup de main aux grévistes de BFMTV, RMC…

« Les interrogations de la chambre sur la partie du montant correspondant aux bénéfices non perçus par le concessionnaire, soit 152 millions d’euros, n’ont reçu aucune explication de la part de la Ville. Cela pourrait être qualifié de détournement de fonds publics », a-t-elle ajouté.

Pour être validé, le projet de la tour Triangle doit être voté par le conseil de Paris mais les écologistes, partenaires de la majorité, et l’opposition de droite sont hostiles au projet, comme le fait remarquer Rachida Dati. « Si la tour n’est pas construite, il faudra que Mme Hidalgo s’en explique parce qu’il faudra à nouveau verser des indemnités », prévient-elle.

D’après le « Canard enchaîné », les magistrats ont dans le viseur un deuxième projet de Viparis concernant la construction d’un « second bâtiment de bureaux d’environ 13 000 m² », à propos duquel la mairie aurait donné un accord de principe. Dans le cas où le projet verrait le jour, la Ville de paris devra alors « obtenir une majoration substantielle de la redevance » versée par Viparis.





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