Qui est Alice Coffin, l’élue EELV menacée sur internet, qui a poussé Christophe Girard à la démission ?


Peu du grand public, l’élue EELV du 12e arrondissement de Paris Alice Coffin, 42 ans, est au cœur de l’attention médiatique depuis plusieurs jours. Celle qui se décrit comme « activiste féministe lesbienne » sur Twitter fait partie des élus écologistes du Conseil de Paris qui ont demandé et obtenu la démission de Christophe Girard, adjoint à la Culture de la mairie, à cause de ses liens passés avec l’écrivain pédophile Gabriel Matzneff.

Une prise de position qui a entraîné une vague de cyberharcèlement à son encontre et lui a valu, annonce-t-elle au « Parisien », la mise en place d’une protection policière. « L’Obs » fait le point.

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Une militante féministe

Tout a commencé le 23 juillet dernier, lorsque la journaliste de formation et l’élue Raphaëlle Rémy-Leleu participent à un rassemblement devant l’Hôtel de Ville pour demander le départ de Christophe Girard. Alice Coffin connaît bien le milieu du militantisme : elle a cofondé l’Association des journalistes LGBT en 2013, avait présenté en 2017 la première cérémonie des Out d’or, et est membre de nombreuses associations et collectifs féministes ou de défense des droits des personnes LGBT, notamment « Les Dégommeuses » et « La Barbe ». Elle publiera à la rentrée un livre intitulé « Le génie lesbien », aux éditions Grasset, et enseigne l’écriture journalistique à l’Institut catholique de Paris (ICP) et à Paris I.Adèle Haenel, Céline Sciamma et Virginie Despentes : qu’est-ce que le « génie lesbien » ?

La manifestation du 23 juillet est vivement critiquée, notamment à cause des pancartes portant l’inscription « Bienvenue à Pédoland » arborées par certaines militantes, qui ont d’ailleurs entraîné la saisie de la justice par Anne Hidalgo pour « injures publiques ». Dans un communiqué, la maire de Paris déclare d’ailleurs, sans les nommer, que les élues ayant « incité et soutenu ces comportements se placent ainsi d’elles-mêmes en dehors de la majorité municipale ».

Mais l’élue ne s’arrête pas là. Le lendemain, lors du Conseil de Paris, elle s’oppose à l’hommage rendu par le préfet de police de Paris Didier Lallement à l’ex-adjoint à la Culture. « La honte, la honte, la honte », hurle Alice Coffin, en référence au départ d’Adèle Haenel des Césars, alors que les conseillers de Paris s’étaient levés pour applaudir après « le salut républicain » adressé par le préfet de police. Son micro est rapidement coupé.

Sous protection policière

De nombreux internautes profitent du fait qu’Alice Coffin soit sous le feu des projecteurs pour ressortir d’anciennes prises de position de l’élue, qui entraînent un déferlement de menaces, de haine et de commentaires sexistes et lesbophobes à son encontre. C’est notamment le cas d’une intervention sur le plateau de RT France datant de 2018, lors de laquelle Alice Coffin avait estimé que « ne pas avoir de mari » l’exposait « à ne pas être violée, ne pas être tuée, ne pas être tabassée ».

« Ce qui s’est passé est très grave », confie Alice Coffin au « Parisien ». « La tempête d’insultes et de haine a été tellement violente qu’on m’a proposé une protection policière ». Une protection qu’elle dit avoir fini par accepter dimanche 26 juillet, après un premier refus.

Face à ce cyberharcèlement, une vague de soutien apparaît également sur Twitter, via notamment le hashtag #JeSoutiensAliceCoffin. « Depuis 24 heures, s’abat sur Alice Coffin et Raphaëlle Rémy-Leleu une tempête d’insultes, de haine et de lesbophobie sur les réseaux sociaux. La raison : leur engagement féministe. Qu’on soit d’accord ou pas avec elles, ce harcèlement est inadmissible. #JeSoutiensAliceCoffin », tweete notamment le chef de file des Verts parisiens David Belliard.

« Le débat politique ne peut se tenir sous cette forme qui n’est ni plus ni moins que du harcèlement », soutient également le groupe EELV sur Twitter.

« #AliceCoffin dit parfaitement juste : on court statistiquement moins de risques d’exposition aux violences sexistes si on ne partage pas le quotidien d’un homme. Choquée de voir que l’évidence provoque plus d’indignations que les violences pourtant amplement documentées », martèle sur le réseau social la militante afroféministe Rokhaya Diallo, dont Alice Coffin revendique l’exemple.

« Excessive et sans limite »

D’autres militantes écologistes et féministes critiquent les positions d’Alice Coffin. « Avec Christophe Girard, nous nous sommes battus pour le Pacs, à une époque où il était
autrement plus dur d’être ouvertement homo dans l’espace public »
, a déclaré l’essayiste Caroline Fourest à l’Express. « Nous avions affaire à des gens réellement homophobes et sexistes, qui amalgamaient en permanence homosexualité et pédophilie […] Voir des militantes lesbiennes féministes qui doivent tant à ce chemin tracé par Girard se jeter sur lui sitôt élues, au lieu de s’en prendre à de vrais dominants, en cautionnant en prime des pancartes qui réactivent ces amalgames, me sidère. »

Audrey Pulvar, l’ancienne journaliste devenue adjointe d’Anne Hidalgo, estime elle aussi auprès du « Parisien » qu’Alice Coffin « a dépassé les bornes » et ne partage pas son analyse des liens entre Matzneff et Christophe Girard, « qui n’est accusé de rien », ni sa vision « haineuse de la société et son rejet des hommes ». « Elle me fait penser à Christine Angot. Elle est sincère mais excessive et sans limite », analyse-t-elle auprès du quotidien tout en condamnant la déferlante de propos lesbophobes dont Alice Coffin a fait l’objet sur les réseaux sociaux.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, s’est montrée quant à elle plus virulente en demandant son exclusion du Conseil de Paris. « On est dans l’hystérie militante  », affirment ses proches, cités par le « JDD ».

Les enquêteurs ont interrogé en mars Christophe Girard, secrétaire général de la Maison Yves-Saint Laurent entre 1986 et 1987, structure qui a apporté un soutien financier à l’écrivain Gabriel Matzneff dans les années 80, selon plusieurs récits.

Vanessa Springora : « J’ai été la proie de Gabriel Matzneff. J’avais 14 ans »

L’écrivain Gabriel Matzneff est visé par une enquête pour « viols sur mineurs » ouverte par le parquet de Paris après la publication en janvier du roman autobiographique de Vanessa Springora dans lequel elle décrit la relation sous emprise qu’elle a entretenue lorsqu’elle était mineure avec l’écrivain et qui l’a dévastée.





nouvelobs

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