Ce désastre radical qui jette le discrédit sur le féminisme


Oui, on peut considérer comme une faute politique la nomination au ministère de l’Intérieur de Gérald Darmanin, qui fait l’objet d’une plainte pour viol. On peut aussi reprocher à Christophe Girard, adjoint à la culture d’Anne Hidalgo à la Mairie de Paris, d’avoir facilité à plusieurs reprises le soutien financier de Gabriel Matzneff, l’écrivain pédophile aujourd’hui visé par une enquête pour viol sur mineurs.

Même si ces affaires sont de nature très différentes, ces indignations sont légitimes ; salutaires même. Mais on ne peut pas prétendre se faire justice soi-même, dans la rue ou sur les réseaux sociaux, en ciblant et en harcelant des personnes juste parce qu’elles sont soupçonnées de comportements immoraux, voire illégaux. On ne peut pas brandir des banderoles qualifiant Darmanin de « violeur » alors que l’enquête vient, certes, d’être rouverte, mais que cette affaire a fait l’objet auparavant de deux classements sans suite et d’un non-lieu. On ne peut pas, comme l’ont fait le 23 juillet des élues EELV alliées de la majorité municipale, brandir devant l’Hôtel de Ville une banderole « Mairie de Paris : bienvenue à Pedoland ».

Défiance envers tous les hommes

D’abord parce que ces méthodes, qui foulent aux pieds la présomption d’innocence et bafouent la justice républicaine, sont antidémocratiques. Anne Hidalgo, qui annonce vouloir porter plainte pour « injures publiques », s’est – à juste titre – offusquée de ce que « le droit est piétiné par la rumeur, les amalgames et les soupçons ».

Ensuite, parce que cette attitude est contre-productive. Oui, il faut dénoncer et réprimer sans faiblir le sexisme, le harcèlement, les agressions, les viols, y compris quand ils sont commis dans la zone grise de l’emprise. Ne rien laisser passer. Mais la jubilation de certaines militantes radicales après la démission de Christophe Girard provoque un sentiment de malaise. Car ces femmes ont une fâcheuse tendance à assimiler tous les hommes à des prédateurs.

Comment, par exemple, suivre une Alice Coffin, conseillère écologiste de Paris et coorganisatrice de la vindicte anti-Girard, qui expliquait en 2018 sur la chaîne RT-France que « ne pas avoir un mari, ça m’expose plutôt à ne pas être violée, ne pas être tuée, ne pas être tabassée… Et ça évite que mes enfants le soient aussi » ? Ah bon ? Pour ces promotrices du hashtag #BalanceLePère, tous les maris et les pères seraient donc des monstres ?

Son conseil aux jeunes femmes, dans une interview à « National Geographic » fin 2019 ? « Soyez exigeantes, devenez lesbiennes ! Ou, du moins, apprenez à vous passer du regard des hommes. » Bigre. N’y aurait-il de salut que dans l’homosexualité ? Les propos d’Alice Coffin lui valent à présent des tombereaux d’injures et de menaces inacceptables sur les réseaux sociaux, d’où sa mise sous protection policière. Mais on peut rejeter cette idéologie de défiance entre genres et n’être en rien lesbophobe, une accusation trop souvent brandie par ses soutiens contre ses contradicteurs.

N’en déplaise à ces militantes d’une juste cause, on ne vaincra jamais misogynie et violences faites aux femmes sans l’aide des hommes. Heureusement, la grande majorité d’entre eux ne sont ni sexistes ni masculinistes. Et manier l’invective n’est sûrement pas la meilleure manière d’inciter nos pères, fils, frères ou amis à se remettre en question.

Au contraire, de tout temps, la radicalité a nourri la radicalité. Par leurs excès, ces activistes font le miel de tous les réactionnaires et jettent le discrédit sur les indispensables combats féministes et écologistes. Quel désastre !





nouvelobs

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