Washington appelle « le monde libre » à « triompher » de la « nouvelle tyrannie » chinoise



Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a appelé jeudi « le monde libre » à « triompher » de la « nouvelle tyrannie » incarnée selon lui par la Chine communiste, après la fermeture du consulat chinois à Houston décrit comme « une plaque tournante de l’espionnage ».

« La Chine d’aujourd’hui est de plus en plus autoritaire à l’intérieur du pays, et plus agressive dans son hostilité face à la liberté partout ailleurs », a-t-il déclaré en Californie lors d’un discours dont la tonalité rappelait plus que jamais la Guerre froide avec l’Union soviétique.

Dans une attaque d’une rare virulence contre le président d’une des principales puissances mondiales, il a aussi accusé Xi Jinping d’être un « adepte sincère d’une idéologie totalitaire en faillite », en faisant référence uniquement à ses fonctions de « secrétaire général » du Parti communiste.

Le discours entendait détailler la stratégie de fermeté du président Donald Trump face au géant asiatique, présenté à plusieurs reprises comme une « menace » ou un « danger ».

Il intervient au lendemain de l’annonce spectaculaire de la fermeture du consulat chinois dans la grande ville du Texas, imposée par Washington en franchissant un nouveau pallier dans l’escalade sans précédent entre les deux grandes puissances rivales.

– « Vieux paradigme » –

Dénonçant jeudi une « calomnie malveillante », Pékin a promis des représailles contre cette décision inédite depuis l’établissement de relations diplomatiques entre les deux pays en 1979.

« Nous avons fermé le consulat de Chine à Houston car c’était une plaque tournante de l’espionnage et du vol de propriété intellectuelle », a dit Mike Pompeo, sans préciser clairement les faits reprochés à ses diplomates.

Signe de la méfiance ambiante, la police américaine soupçonne en outre une chercheuse chinoise, accusée d’avoir dissimulé ses liens avec son armée pour obtenir un visa américain, de s’être réfugiée au consulat chinois de San Francisco afin d’échapper à son arrestation.

Le secrétaire d’Etat, un faucon qui sonne depuis plusieurs mois la charge contre la Chine, a plus généralement accusé les Chinois de « voler » de « précieux secrets commerciaux » aux Américains.

Mike Pompeo avait choisi la bibliothèque présidentielle Richard Nixon à Yorba Linda pour formuler son réquisitoire.

Tout un symbole, puisqu’il s’agissait d’acter l’échec de la stratégie engagée il y a plus de 40 ans par l’ex-président républicain lorsqu’il avait entamé le dialogue avec la Chine communiste, dans l’espoir que son intégration au sein de la communauté internationale favorise une certaine normalisation.

Ce « vieux paradigme » ne « marche tout simplement pas », a tranché le ministre.

« L’heure est venue pour les nations libres de passer à l’acte », a-t-il martelé, appelant de ses voeux « une nouvelle alliance des démocraties ».

Objectif: faire « changer d’attitude » à Pékin, a-t-il plaidé, sans aller jusqu’à prôner un changement de régime, même s’il a salué publiquement plusieurs dissidents chinois.

– « Se méfier, et vérifier » –

« Si nous nous inclinons maintenant, nos petits-enfants pourraient être à la merci du Parti communiste chinois, dont les actes constituent le premier défi du monde libre », a-t-il insisté. « Xi n’a pas vocation à semer éternellement la tyrannie en Chine et à l’étranger, à moins qu’on le laisse faire. »

Mike Pompeo a multiplié les références à la Guerre froide, exhortant le reste du monde à « choisir son camp » entre « la liberté et la tyrannie ».

Il a certes salué le « réveil » de certains pays, notamment européens, mais a aussi regretté la « timidité » d’autres, comme cet « allié au sein de l’Otan », qu’il n’a pas nommé, réticent selon lui à défendre l’autonomie de Hong Kong par crainte de perdre son accès au vaste marché chinois.

Un reproche également adressé aux entreprises américaines qui se plient aux exigences chinoises et soutiennent, « sciemment ou à leur insu », de « graves violations » des droits humains.

Il a d’ailleurs estimé qu’il ne s’agissait pas de revenir à « l’endiguement » (ou « containment ») en vigueur contre l’URSS, car « la Chine communiste est déjà chez nous ». Et contrairement à la doctrine « faire confiance mais vérifier » défendue par un autre ex-président républicain, Ronald Reagan, face à Moscou, il a suggéré de « se méfier, et vérifier ».

Au-delà de cet appel, Mike Pompeo a reconnu que la « fermeté » n’était pas suffisante, alors que les démocrates, mais aussi certains républicains, jugent que cette diplomatie musclée n’a pas permis jusqu’ici de contenir les ambitions chinoises.

« Nous devons parler et donner du pouvoir au peuple chinois », a-t-il lancé, en estimant que le régime redoutait « les opinions » de ses concitoyens « plus que tout adversaire étranger ».



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