[Revue de presse] Relance économique européenne : les discussions ardues entre les Vingt-Sept se prolongent


Revue de presse
20.07.2020

Originellement prévu sur deux jours (vendredi 17 et samedi 18 juillet), le Conseil européen entre dans sa quatrième journée de négociations ce lundi 20 juillet. Une première depuis 2000, qui témoigne de la tension qui règne parmi les Vingt-Sept, divisés entre les pays du Sud, l’Allemagne et la France, partisans d’une relance privilégiant les subventions, et les frugaux, défenseurs d’un recours aux prêts.

Les dirigeants néerlandais, allemand et français discutent avec Charles Michel et Ursula von der Leyen le 18 juillet lors la deuxième journée du Conseil européen marathon qui se tient à Bruxelles – Crédits : Union européenne

« Ils se retrouvaient physiquement pour la première fois depuis cinq mois et ont visiblement du mal à se quitter« . Bien qu’ironique, le commentaire du quotidien économique Les Echos traduit la réalité du Conseil européen qui s’est ouvert vendredi 17 juillet. A l’origine prévu sur deux jours, ce sommet devait permettre aux Vingt-Sept de s’accorder sur « un fonds constitué par une capacité d’emprunt de 750 milliards d’euros pour relancer l’économie européenne, adossé au budget à long terme de l’UE (2021-2027) de 1 074 milliards d’euros », rappelle RFI. Or, alors que les discussions doivent reprendre à 16 heures ce lundi 20 juillet, « l’issue du sommet, le plus long des dirigeants de l’UE depuis celui de Nice en 2000 sur une révision des traités dans le cadre de l’élargissement à l’Est, reste très incertaine« , juge Le Monde.

Désaccords persistants

Si les débats s’éternisent ainsi, c’est qu’ils ont une nouvelle fois révélé d’importantes divisions au sein des Vingt-Sept. Les points de blocage portent principalement sur le montant du plan de relance, mais aussi sa répartition entre prêts – que les Etats doivent rembourser individuellement – et transferts – qui sont remboursés par l’ensemble des Etats membres à travers le budget européen. Ils opposent « les pays frugaux (les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède, le Danemark, auxquels on associe la Finlande)« , qui « privilégient les prêts et une diminution du volume global du plan » aux pays du Sud, à la France et à l’Allemagne qui « souhaitent qu’une partie substantielle du budget de relance soit consacrée aux subventions« , rappelle France 24.

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Autre point de tension souligné par Les Echos, la demande des frugaux de « conserver un droit de regard, voire de veto, sur les plans nationaux de relance » des pays du Sud, qui voient là « une volonté de mise sous tutelle » similaire à celle subie par la Grèce lors de la crise précédente. Connus de longue date, ces désaccords n’ont pas pu être surmontés après plus de 65 heures de réunions.

Tensions exacerbées

Pire, ces discussions marathon semblent avoir tendu les relations entre dirigeants. Politico évoque ainsi des « moments électriques » et des « émotions fortes » pour décrire l’ambiance du sommet bruxellois. Selon le média, au cours du dîner du dimanche soir, le président français Emmanuel Macron aurait ainsi fustigé le chancelier autrichien Sebastian Kurz, après que ce dernier a quitté la table des négociations pour prendre un appel : « Il n’écoute pas les autres et n’a pas une attitude constructive« , aurait glissé le chef d’Etat français. D’après une source européenne, « Sebastian Kurz se serait pour sa part senti offensé par la remarque« , rapporte Le Monde.

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Autre personnage au cœur des tensions, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, l’un des plus farouches opposants à la formule actuelle du budget pluriannuel et du plan de relance, serait surnommé « le David Cameron des radins » par un diplomate européen [Libération].

Apaisement et compromis

Malgré ces petites phrases et ces prolongations, l’espoir de parvenir à un compromis ambitieux n’est pas enterré. La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, s’est voulue rassurante en affirmant que les marchés financiers ne sanctionneraient pas les économies européennes si les discussions entre dirigeants devaient se prolonger : « De mon point de vue, il serait mieux de s’accorder sur un plan ambitieux, même si cela doit prendre plus de temps« , a-t-elle déclaré à Reuters. La Commission européenne tente pour sa part de faire bouger les lignes en « faisant circuler parmi les délégations nationales une infographie montrant que les bénéfices économiques apportés par le marché unique sont de loin supérieurs aux contributions des Etats membres au budget » [Politico]. Des données qui rappellent les frugaux à un « enjeu existentiel pour l’Union« , selon Libération : le journaliste Jean Quatremer souligne que « Rotterdam n’est le premier port d’Europe que parce qu’il est la porte d’entrée du marché intérieur« .

De nouvelles propositions de compromis ont également été formulées : Les Echos rapportent ainsi que la France et l’Allemagne ont d’abord proposé de « ramener de 500 milliards à 450 la part des subventions » comprises dans le plan de relance, « d’augmenter les rabais déjà accordés [aux] contributeurs nets (les frugaux) ou encore [d’]esquisser un mécanisme de validation au Conseil des plans nationaux de relance« . Le président du Conseil européen Charles Michel a également tenté de rectifier le tir dans l’espoir d’arracher un compromis, en élaborant une nouvelle proposition chiffrée « basée sur un montant de subventions de 390 milliards dans le plan de relance » allant dans le sens des frugaux, mais qui comporterait « des rabais limités » en retour [Ouest-France]. Les nouvelles propositions seront-elles suffisantes pour parvenir à un consensus ? « Il y a désormais une piste d’accord« , confie en tout cas une source diplomatique à TV5 Monde. Citées par Le Monde, d’autres sources concordantes se veulent elles aussi optimistes : « Lundi 20 juillet au matin à 6 heures, les Vingt-Sept étaient ‘tout près d’une solution' ».

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