L’ONU craint une « catastrophe écologique imminente »



Publié le 23 juillet 2020

Depuis cinq ans, le pétrolier FSO Safer est abandonné dans la mer Rouge au large du Yemen. Le tanker, menacé par le délabrement, risque de déverser les quelques 1,14 million de barils de pétrole qu’il contient en cas de naufrage. L’ONU tente d’intervenir mais cette opération, dans un pays en guerre, est difficile. Au-delà d’une catastrophe écologique historique, cette marée noire couperait une partie de l’aide humanitaire destinée aux Yéménites ainsi que le travail de la pêche, dont beaucoup de citoyens dépendent. 

L’ONU tire la sonnette d’alarme. Dans un communiqué publié le 15 juillet, le Conseil de sécurité des Nations Unies met en garde contre une des pires catastrophes écologiques au monde. La mer Rouge est en effet menacée par un pétrolier, le FSO Safer, vieux de 45 ans, coincé et abandonné depuis 2015 à la sortie de Hodeida, à 60 kilomètres large du Yemen. 

Le bateau, menacé par le délabrement, contient plus de 1,14 million de barils de pétrole. Or le tanker n’a pratiquement pas été entretenu depuis que la guerre a éclaté, il y a plus de cinq ans, entre les Houthis, soutenus par l’Iran, et le gouvernement appuyé par une coalition menée par l’Arabie saoudite. Fin mai, de l’eau s’est ainsi infiltrée dans la salle des machines du pétrolier, renforçant le risque que le navire sombre. « Cela entraînerait presque certainement une grave marée noire », note Mark Lowcock, secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires humanitaires. 

Un écosystème dévasté

La fuite a finalement été réparée, de manière temporaire, par une équipe de Safer Exploration and Production Operations, une compagnie pétrolière partiellement contrôlée par les Houthis, évitant de justesse le naufrage du navire. Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a averti récemment que si le pétrolier se brise, « il dévastera l’écosystème de la mer Rouge » et perturbera les principales voies de navigation.

Pour la directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), Inger Andersen, il existe deux scénarii « de plus en plus problables« . Le premier serait que la corrosion et l’absence de maintenance du pétrolier conduisent à une fuite de l’hydrocarbure dans la mer. Le second, encore plus catastrophique, serait qu’une explosion et un incendie à bord aboutiraient au déversement de la totalité du brut entreposé dans la mer. 

Une catastrophe humaine

Surtout, selon le Conseil de sécurité, une marée noire dans la zone toucherait directement 1,6 million de Yéménites, une population très dépendante de la pêche. »En raison des courants marins et des conditions saisonnières, une grande partie du pétrole resterait probablement près des côtes du Yémen au lieu de se disperser. Cela veut dire que le port d’Hodeïda, dont le pays dépend pour la livraison de l’aide humanitaire et des produits importés, pourrait être contraint de fermer pendant des semaines, voire des mois », note l’ONU. Or, aujourd’hui, la majorité de la population dépend de l’aide humanitaire et on estime que 126 000 pêcheurs perdraient leur source de revenus. 

« Au milieu d’une pandémie mondiale et en bordure d’une zone de conflit, les chances d’une réponse rapide et adéquate (à une pollution) sont extrêmement faibles », souligne IR Consilium dans un rapport. Face aux demandes répétées de l’ONU, les Houthis ont accepté que des experts techniques viennent contrôler le tanker.  Mais, comme le rappelle Le Monde, ils avaient déjà donné leur autorisation l’an dernier, avant d’annuler l’expédition des techniciens de l’ONU. « Il n’est pas trop tard et nous restons prêts à aider. L’équipe des Nations Unies peut se déployer dans les trois semaines suivant la réception de tous les permis nécessaires », a fait valoir Mark Lowcock, qui espère pouvoir intervenir rapidement. 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP





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