[Les nouvelles rives du tourisme] Le retour du voyage lent face au tourisme frénétique



Publié le 23 juillet 2020

Visiter New-York en deux jours au pas de course pour ne rien rater, le tout rythmé par des selfies à répétition … Le tourisme, de plus en plus frénétique, a « tué l’esprit du voyage » estime le sociologue Rodolphe Christin. Face à cette course effrénée, de plus en plus de voyageurs se tournent vers un tourisme plus lent, porté par des randonnées et un retour à la nature. Toute la semaine Novethic s’interroge sur l’avenir du tourisme post Covid-19. 

C’est un tourisme qui correspond à l’air du temps. Celui du voyage frénétique, porté par les réseaux sociaux et les filtres Instagram, celui où l’on peut passer plus de temps dans l’avion que sur place en cochant les cases de son programme surchargé. Pas le temps de se perdre dans la ville, le portable guide nos pas vers le prochain lieu à découvrir. Le tourisme a « tué l’esprit du voyage », juge le sociologue Rodolphe Christin dans son Manuel de l’antitourisme.

« Où sont donc passées la contemplation, la sérénité, la sagesse ? L’inconnu qui engendre l’émerveillement et l’effort qui précède le soulagement et la fierté ? La joie d’obtenir ce que l’on a attendu ? Où est le vrai temps libre, celui qui n’est géré par personne d’autre que soi, ni déterminé à l’avance, ni cadré par les formalités d’une prestation ou le besoin de remplir des listes ? », se demande-t-il dans une tribune cosignée avec l’exploratrice Marie Négré Desurmont. 

« Ce sont les jeunes qui feront cette révolution »

Face au paradoxe de cette course contre la montre censée être un moment de repos, de plus en plus de voyageurs ralentissent. Et le confinement pourrait bien avoir accéléré cette tendance en enclenchant une vraie quête de sens chez certains, au-delà même de la fermeture des frontières et la crainte sanitaire. La crise nous a obligé à regarder ce qu’il y a autour de nous, et c’est exactement ce que prône le Slow tourisme.

Ce mouvement est né en opposition au tourisme de masse. Il prône une remise en question de notre manière de voyager, basé sur le temps long et la rareté. S’il reste encore minoritaire, la nouvelle génération, celle qui descend dans la rue pour dénoncer l’inaction climatique des gouvernements, portée par Greta Thunberg, pourrait bien changer la donner. « Ce sont les jeunes qui feront cette révolution », croit même sur France Culture Jean-François Rial, le patron de Voyageurs du Monde.

La marche, l’éloge de la lenteur

Si aucun chiffre ne peut aujourd’hui attester de l’application de cette « philosophie », la prise de conscience est là. Les observateurs le constatent avec, notamment, le flygskam, ce sentiment de honte de prendre l’avion à cause de la pollution qu’il génère, ou encore le retour des trains de nuit un peu partout en Europe. Surtout, la randonnée connaît un vrai boom. L’année dernière, Atout France, l’agence étatique de développement touristique, révélait dans une étude que les séjours avec randonnée avaient progressé de 25 %. Neuf randonnées sur dix étaient réalisées en France métropolitaine. 

« Nous sommes de plus en plus nombreux à nous sentir « bouffés » par toutes les tâches qui nous incombent, par le portable qui ne cesse de sonner et par l’obligation de devoir rendre des comptes en permanence. La marche, c’est une forme de résistance à la tyrannie banalisée, une manière de retrouver son souffle, des moments d’apaisement et de jubilation », résume dans le Parisien le sociologue David Le Breton, auteur de Marcher – Éloge des chemins et de la lenteur. 

Marina Fabre, @fabre_marina





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