Qu’est-ce que « QANon », cette mouvance complotiste pro-Trump dans le collimateur de Twitter ?


Mardi 21 juillet, Twitter a annoncé la suppression de plus de 7 000 comptes liés à la mouvance « QAnon » et a entrepris de limiter la circulation de ses nombreuses théories du complot, au nom de son règlement sur « les comportements ayant le potentiel de causer des torts dans la vie réelle ». Le réseau social considère désormais cette mouvance conspirationniste comme un « effort coordonné pour nuire ». Née sur internet, propagée par des fans de Trump, elle s’est peu à peu immiscée dans la politique américaine.

Tout a commencé le 28 octobre 2017, sur le controversé forum 4chan. Sous le pseudonyme de « Q Clearance Patriot » (la lettre « Q » étant censée désigner toute personne habilitée au secret-défense aux États-Unis), un mystérieux utilisateur prétend évoluer dans les plus hautes sphères du pouvoir américain. « Q », dont on ne sait pas s’il s’agit d’une personne ou d’un groupe, affirme qu’un complot se trame de l’intérieur contre Donald Trump : l’œuvre du fameux « deep state », ou « Etat profond », au cœur de nombreuses théories du complot.

Trump ou la force du complotisme

Donald Trump serait la cible de ce « deep state » car il entend « rendre le pouvoir au peuple » et faire tomber leur entreprise criminelle internationale de trafic d’enfants et de pédophilie. Aux manettes de cette organisation qui contrôlerait secrètement les Etats-Unis et les médias depuis des décennies, on trouverait notamment les Clinton, les Obama, les Rothschild, le puissant investisseur George Soros, des vedettes d’Hollywood et d’autres membres de l’élite mondiale.

Présence remarquée à des meetings de Trump

Une communauté se forme peu à peu autour de « Q », qui répand des indices en appelant les internautes à en tirer leurs propres conclusions. « QAnon », comme elle est baptisée, utilise ces « miettes » de l’utilisateur secret et les croise avec des tweets de Trump, des faits d’actualité ou citations sorties de leur contexte et tente d’y découvrir des complots cachés souvent farfelus.

Elle prétend ainsi que l’enquête de Robert Mueller sur l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016 était en fait une ruse du procureur spécial et de Trump pour faire tomber ensemble le réseau criminel secret.

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La mouvance se répand sur Facebook, YouTube, sans qu’il soit possible de réellement établir son impact. En juin dernier, la journaliste Adrienne LaFrance souligne pour le média « The Atlantic » que QAnon s’est frayé un chemin sur toutes les grandes plateformes d’internet, jusque sur Tik Tok, où les vidéos comprenant le hashtag #QAnon réunissent des millions de vues.

Mais d’internet, elle a fait un pas dans le monde réel notamment à l’été 2018, lorsque des partisans de QAnon commencent à afficher publiquement leur appartenance dans des meetings du président Trump. Des personnalités s’en emparent comme le journaliste de Fox News Sean Hannity, le blogueur complotiste de l’alt-right Alex Jones ou encore Roseanne Barr.

QAnon est considéré par le FBI comme une menace terroriste potentielle. Interrogé par la chaîne américaine MSNBC, Clint Watts, un ancien agent du FBI, qualifiait en 2018 la mouvance de « phénomène dangereux car contenant tous les éléments qui pourraient lancer un soulèvement, inciter à la violence, voire pousser à une révolte politique ».

Des « QAnon » candidats au Congrès

Dans « The Atlantic », Adrienne LaFrance estime que « QAnon » est encore en train de gagner des adhérents. L’organisation « Media Matters for America » avait de son côté recensé 35 candidats au Congrès ayant exprimé leur soutien au mouvement.

Récemment, des membres de QAnon ont également relayé la théorie que les antennes 5G répandaient le coronavirus, rapporte CNN.

Les accusations d’un complot pédophile aux commandes du gouvernement ne sont pas neuves aux Etats-Unis. En 2016, pendant la campagne présidentielle, une légende urbaine sur un réseau pédophile orchestré par un proche d’Hillary Clinton, opérant depuis le sous-sol d’une pizzeria de Washington, s’était répandue sous le nom de « Pizzagate ». La pizzeria avait dû être évacuée après l’intrusion d’un homme armé, qui a dit après son interpellation avoir voulu « faire sa propre enquête ». Selon de nombreux médias américains, « QAnon » serait une ramification des adeptes de la théorie « Pizzagate », qui s’était essoufflée après la fusillade.

M. F.





nouvelobs

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