Portland, et après ? L’utilisation des troupes fédérales par Trump suscite l’inquiétude


Alors que l’intervention d’agents fédéraux à Portland (Oregon, nord-ouest des Etats-Unis) fait polémique, Donald Trump a menacé lundi 20 juillet d’envoyer des forces de l’ordre fédérales dans plusieurs grandes villes gouvernées par des démocrates, dont Chicago ou New York.

Donald Trump accuse les élus démocrates de Portland de laxisme et promet désormais d’étendre la recette à d’autres villes. « On ne va pas laisser tomber New York, Chicago, Philadelphie, Detroit et Baltimore », a-t-il déclaré.

Des agents fédéraux, dont certains appartiennent au service des douanes et de la protection des frontières des États‑Unis (CBP), ont été déployés la semaine dernière à Portland pour mettre un terme aux manifestations contre la violence policière et le racisme. Mais leurs méthodes ont été largement décriées : les médias locaux rapportent ainsi que, depuis au moins le 14 juillet, des agents fédéraux circulent dans des véhicules banalisés dans le centre de Portland et arrêtent des manifestants sans leur fournir de motifs.

Les élus locaux, des démocrates, ont alors demandé le départ de ces forces fédérales : « Leur présence cause plus de violences et plus de vandalisme, cela n’aide pas du tout [à calmer] la situation. Ils ne sont pas les bienvenus et nous voulons qu’ils partent », a expliqué le maire de Portland Ted Wheeler.

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« Nous n’avons pas besoin de ça »

La perspective de l’intervention d’agents fédéraux dans d’autres grandes villes suscite donc l’inquiétude de nombreux élus. La gouverneure du Michigan, où se situe Detroit, a immédiatement dénoncé la « rhétorique haineuse » de Donald Trump.

« Il n’y a aucune raison pour que le président envoie des troupes fédérales dans une ville où les gens demandent des réformes pacifiquement et respectueusement », a estimé Gretchen Whitmer dans un communiqué.

Alors que plusieurs médias, dont CNN et le « New York Times », affirment que Trump s’apprête à envoyer 150 agents fédéraux à Chicago (Illinois), la maire de la ville Lori Lightfoot a fait part elle aussi de sa préoccupation, au regard de la situation à Portland :

« Nous n’avons pas besoin d’agents fédéraux sans insignes qui embarquent des personnes dans les rues en les retenant, je pense, illégalement, a-t-elle affirmé. Nous n’avons pas besoin de ça. » DOSSIER. La mort de George Floyd embrase l’Amérique

« Ça n’arrivera pas à Chicago », a-t-elle prévenu sur MSNBC. « Et s’ils essaient, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour les arrêter. »

Dans une lettre de quatre pages envoyée au président et citée par le « New York Times », Lori Lightfoot conseille à ce dernier de travailler sur le contrôle des armes s’il souhaite réellement aider Chicago : « Toute autre forme d’assistance militaire dans nos frontières qui ne serait pas sous notre contrôle ou sous la direction directe de la police de Chicago serait désastreuse », a-t-elle écrit.

« On va le faire, que ça leur plaise ou non »

L’opposition à l’intervention de troupes fédérales se retrouve jusqu’au sein du camp républicain : « Nous ne pouvons pas abandonner la liberté pour la sécurité », a tweeté le sénateur libertarien Rand Paul en réaction aux images d’agents fédéraux non identifiés à Portland.

« Les forces de l’ordre locales peuvent et devraient s’occuper de ces situations dans nos villes, mais il ne devrait pas y avoir de troupes fédérales ou d’agents fédéraux non identifiés procédant à des arrestations à leur guise. »

Ces protestations d’élus locaux n’ont toutefois pas affecté le chef du département de la sécurité intérieure des Etats-Unis (DHS) Chad Wolf. « Je n’ai pas besoin de l’invitation d’un Etat, d’un maire ou d’un gouverneur pour faire notre boulot. On va le faire, que ça leur plaise ou non », a-t-il déclaré sur Fox News en évoquant la situation à Portland, accusant les élus démocrates de « mettre la politique au-dessus de la sécurité publique ».

Après la mort de George Floyd en mai dernier, les Etats-Unis ont connu une importante vague de manifestations contre le racisme et les violences policières. Ces dernières semaines, des rassemblements ont continué dans plusieurs villes, parfois avec des débordements. A Portland, Donald Trump avait prétexté la nécessité de protéger le tribunal fédéral pour justifier l’intervention des forces fédérales. Le président américain mise sur sa posture de fermeté pour l’aider à décrocher un second mandat lors de la présidentielle du 3 novembre.





nouvelobs

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