« Je ne commence pas une carrière de marionnette » : Joffrin répond aux critiques



Et un de plus… Un mouvement politique de plus qui promet de « refonder la gauche » et de la porter au pouvoir. Cette fois, c’est Laurent Joffrin qui sort du bois. A 68 ans, l’homme qui dirigeait, il y a encore quatre jours, le journal « Libération » a ce lundi matin officiellement entamé une carrière politique en lançant un appel à « rénover la gauche de gouvernement » en vue de la prochaine présidentielle. Intitulé « Engagez-vous », son texte propose d’élaborer un projet alternatif sur lequel un candidat pourra s’appuyer en temps voulu. « Si rien ne change, prophétise l’ex-éditorialiste, la prochaine échéance se résumera à une compétition entre les porte-parole de la colère et les tenants d’une écologie réduite à un parti, sous l’œil des derniers socialistes accablés par la mauvaise conscience. »

Le texte a été signé par une centaine d’artistes, intellectuels et associatifs engagés, parmi lesquels la journaliste Géraldine Muhlmann, le sociologue Alain Touraine, l’actrice Agnès Jaoui, ou la metteure en scène Ariane Mnouchkine. Mais aucun politique n’apparaît dans les signataires. Pour déborder les partis et les pousser à l’unité, Laurent Joffrin veut d’abord mobiliser la société civile.

Un calendrier est déjà fixé. Une première réunion se tiendra le dernier week-end d’août à Paris, au moment même où le Parti socialiste tiendra ses universités d’été à Blois… Puis une convention constitutive du nouveau mouvement se tiendra au début de l’année 2021. « C’est un collectif, je suis un catalyseur », annonce Joffrin qui veut redonner des idées à la gauche réformiste afin d’élaborer « le projet de transformation qui manque à la France et qui devra trouver son incarnation en 2022. »

Une incarnation… Oui, mais laquelle ? « Question prématurée », esquive l’ancien directeur de la rédaction de « l’Obs ».

« Soit il y aura une procédure de primaire, soit quelqu’un se dégagera. Tout ça est une alchimie assez complexe et qui va se dérouler à partir de l’été prochain. »

En attendant que l’alchimie complexe opère, le novice en politique essuie surtout un tas de critiques de toutes sortes.

Hollande en embuscade ?

Du côté de « Libération », les salariés ont peu apprécié d’être mis devant le fait accompli de son départ. Un communiqué acide a été publié dans le journal. Pas vraiment la sortie rêvée pour celui qui était entré au journal dans les années 1980. Côté politique, d’Oliver Dussopt, le ministre des comptes publics, aux Insoumis, en passant par de nombreux socialistes, nombreux sont ceux qui le soupçonnent de préparer le retour de François Hollande.

Laurent Joffrin est en effet un ami de l’ancien président socialiste. Il l’a aidé à rédiger son best-seller « Les Leçons du pouvoir ». Et considère que tout n’était pas à jeter dans le quinquennat précédent. « Ce n’est pas à 68 ans que je vais commencer une carrière de marionnette. Personne n’est en situation, lui pas plus que d’autres », rétorque Laurent Joffrin, sans non plus exclure l’ex-président du paysage.

Sur Twitter, Jean-Luc Mélenchon ironise déjà sur l’initiative : « Woua ! Déjà 425 signataires pour l’appel Joffrin. Au moins 210 pédalos [allusion à Hollande qu’il avait qualifié de capitaine de pédalo]. Le capitaine arrive ! ». Joffrin renvoie ces critiques au camp de l’incantation : « La gauche radicale donne souvent des leçons mais où sont les créations, les institutions, les acquis qu’on lui doit ? Il n’y en a pas beaucoup parce qu’elle ne gouverne pas ».

L’ex-patron de « Libé » a aussi eu le droit à un édito salé du co-directeur de la rédaction de Médiapart : « Laurent Joffrin est au journalisme ce que François Hollande est à la gauche : une trahison bonhomme de toute espérance », écrit Stéphane Alliès. « Je ne sais pas ce que je lui ai fait », rétorque l’ex-journaliste et éternel défenseur de la social-démocratie, regrettant un ton « haineux ».

Avant de lancer son appel, il s’est entretenu avec François Hollande mais aussi avec l’ex-ministre Bernard Cazeneuve, l’ex-premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis ou encore la maire de Paris Anne Hidalgo que beaucoup de socialistes verraient bien en candidate à l’Elysée. « Il est impossible de dire aujourd’hui à qui ça va profiter, et entre nous, je m’en fous », balaie Joffrin. A ceux qui lui reprochent de se lancer là où tant d’autres essaient déjà, Joffrin demande une chose : « Qu’on me juge sur pièces. »





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