Pourquoi la BCE doit effacer les dettes publiques



La crise sanitaire rend nécessaire des plans de relance massifs dont le financement repose sur l’endettement des Etats. Pour ceux de la zone euro, en l’absence de dette commune, chacun emprunte sur les marchés. Ces dettes seront-elles soutenables ? Les taux sont au plus bas, mais une dette ne se réduit pas à ses intérêts, son principal compte aussi. Lorsque sont financées des dépenses d’investissement qui vont créer un surplus de revenus, la dette ne progresse pas plus vite que le revenu. Peu de chance que ce soit le cas, les plans actuels de soutien servent à combler des pertes. Au mieux, ils éviteront l’effondrement. Ils ne frayent pas un sentier de croissance.

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Les résistances à l’annulation des dettes sont injustifiées

Certes, la Banque centrale européenne (BCE) a lancé un programme massif de rachats de dettes publiques qui permet aux Etats de contracter de nouveaux emprunts pour rembourser les échéances des anciens. Mais cette stratégie n’est pas tenable. La BCE ne poursuivra pas ces rachats ad vitam aeternam, au risque de rendre sa politique monétaire moins efficace – acheter des dettes publiques ne fait pas remonter l’inflation, jugée trop faible par Francfort – et même dangereuse en élevant l’instabilité des marchés.

La BCE doit trouver des alternatives : annuler les dettes publiques qu’elle détient en est une. Les résistances à cette proposition sont puissantes. Mais les arguments qui les sous-tendent, très faibles. « Interdit par les traités », s’insurgent les pourfendeurs de l’annulation des dettes. Faux : le traité sur le fonctionnement de l’Union interdit le financement direct des Etats, pas l’annulation de leur dette. « Cela mettrait les marchés à feu et à sang. » Non, car il ne s’agit pas d’annuler les dettes détenues par des créanciers privés, mais celles de la BCE, qui assumerait la perte, sans dommage pour son fonctionnement.

Mettre fin à un instrument de chantage à l’austérité

« Inflationniste. » Erreur : une annulation de dette ne crée pas de monnaie. Nulle crainte d’y perdre en pouvoir d’achat, d’autant plus qu’il en résulterait pour les Etats une capacité accrue d’investissement. « Indirectement coûteux pour les Etats » car cela pèsera sur les bénéfices que la BCE leur reverse. Déjà, l’apport de liquidités aux banques à des taux très bas, avec des résultats décevants pour l’économie, coûte cher à la BCE. Qui s’en inquiète ? Certainement pas ceux opposés à l’annulation de la dette. Leur seule vraie motivation est politique. Ne pas effacer la dette, c’est conserver un instrument de chantage à l’austérité, visant à imposer les réformes structurelles, et de soumission des Etats.

Par Jézabel Couppey-Soubeyran, maître de conférence à Paris 1 et spécialiste des sujets monétaires et bancaires

La crise sanitaire rend nécessaire des plans de relance massifs dont le financement repose sur l’endettement des Etats. Pour ceux de la zone euro, en l’absence de dette commune, chacun emprunte sur les marchés. Ces dettes seront-elles soutenables ? Les taux sont au plus bas, mais une dette ne se réduit pas à ses intérêts, son principal compte aussi. Lorsque sont financées des dépenses d’investissement qui vont créer un surplus de revenus, la dette ne progresse pas plus vite que le revenu. Peu de chance que ce soit le cas, les plans actuels de soutien servent à combler des pertes. Au mieux, ils éviteront l’effondrement. Ils ne frayent pas un sentier de croissance.

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Les résistances à l’annulation des dettes sont injustifiées

Certes, la Banque centrale européenne (BCE) a lancé un programme massif de rachats de dettes publiques qui permet aux Etats de contracter de nouveaux emprunts pour rembourser les échéances des anciens. Mais cette stratégie n’est pas tenable. La BCE ne poursuivra pas ces rachats ad vitam aeternam, au risque de rendre sa politique monétaire moins efficace –



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