En Syrie, des législatives sous le signe de la crise économique


Les Syriens sont appelés aux urnes dimanche pour des élections législatives dans un pays ravagé par la guerre et en plein marasme économique, où le pouvoir de Bachar al-Assad a consolidé son emprise sur l’immense majorité du territoire.

Il s’agit des troisièmes élections parlementaires depuis le début en 2011 d’un conflit ayant fait plus de 380.000 morts et provoqué l’exode de millions de personnes, tandis que le régime et ses piliers sont frappés de sanctions occidentales.

Plus de 7.400 bureaux de vote doivent ouvrir leurs portes à 07H30 (04H30 GMT) dans les zones gouvernementales, selon l’agence officielle Sana. Pour la première fois, le scrutin va se tenir dans d’anciens bastions de la rébellion.

A la veille de ce scrutin, une personne a été tuée et une autre blessée dans l’explosion de deux bombes près d’une mosquée dans la banlieue sud de Damas, selon Sana.

Le parti Baas, au pouvoir depuis un demi-siècle et intimement lié au clan Assad, remporte généralement haut la main ces législatives, organisées tous les quatre ans pour élire 250 députés, tandis que la majorité des opposants vivent en exil ou dans les secteurs échappant au contrôle de Damas.

Initialement prévu en avril, le vote a été retardé à deux reprises en raison de la pandémie de coronavirus qui a contaminé 496 personnes et fait 25 morts dans les régions du régime, selon les chiffres officiels.

Parmi les 1.658 candidats en lice se trouvent des hommes d’affaires. Depuis plusieurs semaines déjà, les rues de la capitale sont envahies par leurs portraits accompagnés de slogans.

Lors des législatives de 2016, le taux de participation avait été de 57.56% parmi les près de 9 millions d’électeurs.

– « Améliorer les services » –

Selon la commission électorale, des bureaux de vote ont été installés pour la première fois dans la Ghouta orientale, ex-enclave insurgée aux portes de la capitale. Mais aussi dans des territoires reconquis dans la province d’Idleb, ultime grand bastion jihadiste et rebelle du Nord-Ouest, qui reste dans le viseur du régime.

Plus de 80% de la population syrienne vit sous le seuil de pauvreté, selon l’ONU  (AFP/Archives – LOUAI BESHARA)

Damas a en effet enchaîné ces dernières années les victoires grâce au soutien militaire de la Russie et de l’Iran, jusqu’à reprendre le contrôle de plus de 70% du pays morcelé par la guerre.

Aujourd’hui toutefois les programmes des candidats sont dominés par les questions économiques et sociales, promettant notamment des solutions à la flambée des prix et la réhabilitation des infrastructures.

« Les députés vont devoir fournir un effort exceptionnel pour améliorer les services » à la population, réclame Oumaya, 31 ans, employée dans une clinique dentaire.

Depuis plusieurs mois, l’économie est en chute libre, avec une dépréciation historique de la monnaie. Plus de 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon l’ONU.

Une crise aussi accentuée par les sanctions de la loi César adoptées par Washington à la mi-juin, venant se greffer aux mesures similaires déjà imposées par les Occidentaux.

Des bureaux de vote spécifiques ont été installés dans les différentes provinces pour permettre aux déplacés de voter pour des candidats de leur région d’origine.

Mais les millions de Syriens à l’étranger, dont une majorité de réfugiés, ne pourront pas participer aux élections à moins de rentrer.

Des affiches de candidats aux élections législatives, à Damas (Syrie) le 15 juillet 2020 (AFP/Archives - LOUAI BESHARA)

Des affiches de candidats aux élections législatives, à Damas (Syrie) le 15 juillet 2020 (AFP/Archives – LOUAI BESHARA)

Il y a 20 ans, Bachar al-Assad, alors âgé de 34 ans, avait accédé à la magistrature suprême après la mort de son père, Hafez al-Assad.

Après les trois décennies de pouvoir sans partage de son père, « Bachar » incarnait un espoir de changement. Vingt ans plus tard, son régime est traité en paria sur la scène internationale.

D’autant qu’après neuf années d’une guerre meurtrière, impliquant puissances régionales et internationales, aucune issue à la crise n’est en vue. La prochaine présidentielle est prévue en 2021.



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