[Revue de presse] Conseil européen : les quatre points de discorde des Vingt-Sept sur le plan de relance


Revue de presse
17.07.2020

Les chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’Union européenne sont réunis à Bruxelles depuis ce vendredi 17 juillet dans le cadre d’un Conseil européen très attendu. Pour obtenir un accord, les dirigeants devront trouver un compromis sur quatre points majeurs.

Pour la première fois depuis quatre mois, les dirigeants des pays de l’Union européenne se retrouvent vendredi 17 juillet à Bruxelles pour négocier sur le plan de relance et le budget pluriannuel de l’UE – Crédits : Conseil de l’UE

Réunis physiquement pour la première fois depuis l’arrivée de la pandémie de Covid-19 en Europe, les dirigeants européens se retrouvent pour « tenter d’arracher un compromis » sur le plan de relance et le budget pluriannuel de l’UE. Les termes utilisés par Le Monde (avec AFP) résument à eux seuls l’état d’esprit qui règne au sein des délégations au début du sommet.

Les dirigeants doivent en effet s’accorder sur la proposition de budget pluriannuel pour la période 2021-2027 mais aussi sur un potentiel plan de relance européen de 750 milliards d’euros, un « programme d’aide, crucial pour réveiller l’économie européenne« , esquissé par la Commission européenne au mois de mai. Ce plan d’aide « massif » permettrait à l’UE de venir en aide « [aux] pays les plus touchés par la crise » afin de « limiter la fragmentation du marché unique de l’Union, l’un de ses principaux acquis« , poursuit le quotidien. Le programme serait « composé de 250 milliards de prêts, et surtout de subventions à hauteur de 500 milliards, qui n’auront pas à être remboursées par les Etats bénéficiaires » et serait « adossé au budget de l’UE à long terme (pour la période 2021-2027) » rappelle Euronews. A l’ouverture du sommet, le Financial Times recensait les quatre questions les plus conflictuelles qui doivent être tranchées par les dirigeants.

Qu’est-ce que le plan de relance de l’Union européenne ? [Infographie]

Le contrôle des fonds ou « le dilemme néerlandais »

Parmi ces controverses, « la question du contrôle des plans de réforme » s’annonce comme « un point de friction majeur » entre pays du Nord et du Sud, avance Politico. Si les Vingt-Sept semblent d’accord pour que ces fonds soient destinés « en priorité à la relance, via des investissements d’avenir (écologie, digital) et des mécanismes de soutien aux populations fragilisées, (…) les pays du Nord insistent pour que la solidarité dans l’emprunt s’accompagne aussi de réformes structurelles dans les pays du Sud« , expliquent Les Echos. Afin de s’assurer que les subventions ne soient pas dépensées de manière « abusive« , les Pays-Bas plaident pour une « approbation unanime de tous les gouvernements » des plans de relance nationaux, ce qui permettrait à un seul pays « d’opposer son veto à la distributions des fonds » [Financial Times]. Une condition à laquelle s’opposent les pays du Sud qui veulent « éviter une mise sous tutelle trop contraignante« , poursuivent Les Echos. « Ce serait comme avoir une sorte de troïka masquée », s’inquiète le quotidien italien La Repubblica cité par Courrier international. Le 10 juillet dernier, le président du Conseil européen Charles Michel a de son côté proposé un système de contrôle moins strict remplaçant l’unanimité par un vote à la majorité qualifiée au Conseil. Une proposition jugée insuffisante par les Pays-Bas, indique le Financial Times.

Le respect de l’Etat de droit ou « le problème d’Orbán »

Autre point polémique, la proposition actuelle prévoit de « geler les aides de cohésion allouées à un pays dans le cadre du budget 2021-2027 lorsque celui-ci ne respecte pas l’État de droit » [L’Echo]. Une exigence refusée notamment par le gouvernement hongrois qui a annoncé « [qu’il] ne peut soutenir le prêt conjoint de l’UE que s’il n’est lié à aucune condition politique ou idéologique« , rapporte Le Figaro. Les pays du Nord souhaitent en effet « un système rigoureux faisant du respect des droits fondamentaux de l’UE une condition préalable à l’obtention de fonds » [Financial Times]. La situation peut néanmoins être résolue « par des ‘cadeaux budgétaires’ à la Hongrie« , estime un diplomate cité par Politico.

La taille du plan de relance ou « le combat des frugaux »

Le montant global du plan de relance et du budget de l’UE fait lui aussi débat. Les pays dits « frugaux » (Pays-Bas, Autriche, Danemark et Suède) militent « pour un fonds plus petit, et en particulier pour une plus petite partie allouée sous forme de subventions« , explique Politico. Les quatre pays auraient proposé « un plafond de 400 milliards d’euros pour ce fonds » au lieu des 750 milliards proposés, indique le quotidien financier néerlandais Het Financieele Dagblad.

Charles Michel fait néanmoins une concession à ces pays en réduisant de 26 milliards le montant du budget pluriannuel proposé par la Commission européenne. Un pas en direction des frugaux qui ne manque pas « [d’] agacer les Etats partisans d’une plus forte ambition » relèvent Les Echos. Et qui n’est pas sans conséquence. « Il ne reste, par exemple, plus que 7 milliards d’euros pour le Fonds de défense, contre 13 milliards prévus au lancement du projet, en 2018« , souligne le journal.

Le calcul des allocations ou « le problème de tout le monde »

Enfin, la question de la méthodologie utilisée pour répartir l’argent entre les pays doit occuper « une bonne partie des échanges« . Dans la proposition actuelle, la répartition serait basée « à la fois sur le taux de chômage avant 2020, et les pertes de PIB en 2020 et 2021, l’idée étant d’aider en priorité les Etats les plus touchés par la crise » [Les Echos]. Charles Michel propose en effet que « 30 % de l’aide ne soit versée qu’après 2021, lorsque l’impact de la pandémie sur le PIB pourra être pris en compte« , détaille le Financial Times. Ces critères inquiètent notamment l’Italie et la Grèce pour qui cela introduit « un nouvel élément d’incertitude » concernant le montant total de financements auxquels ils auraient droit. « Certains diplomates s’attendent à ce que cette composante soit réduite à seulement 10 % de l’aide totale« , avance néanmoins le média.

Deux personnalités politiques auront un rôle majeur à jouer dans ces négociations, qui dépendront en partie « du président du Conseil européen, Charles Michel, et de ses talents de négociateur« , selon certains diplomates cités par Politico. D’autres connaisseurs du milieu européen attendent pour leur part beaucoup de la chancelière allemande Angela Merkel, « non seulement en tant que cheffe de la présidence du Conseil, mais aussi en raison de sa personnalité et du capital politique qu’elle a investi pour obtenir un accord » [Le Monde].

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