Virus: la BCE attend que les Etats européens prennent le relais


La BCE devrait s’abstenir jeudi de nouvelles mesures anti-crise en zone euro, en espérant que les dirigeants européens réunis dans la foulée prendront le relais face à l’impact économique du coronavirus.

La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a signifié la semaine dernière qu’il ne fallait pas attendre de nouvelle décision lors de la dernière réunion monétaire avant la pause estivale, compte tenu des mesures de soutien massives déjà prises ces derniers mois.

« Nous avons tellement fait que nous disposons à présent de pas mal de temps pour évaluer en détail » leur impact, a dit la Française au Financial Times.

Le conseil des gouverneurs de la BCE aura surtout à cette occasion les yeux rivés sur Bruxelles, où se tient le lendemain un sommet des dirigeants européens pour tenter de s’entendre sur un plan de relance de 750 milliards d’euros.

Pour Mme Lagarde, ce projet a de quoi « changer la donne ».

Il répond aux appels qu’elle a régulièrement lancés dans le passé aux Etats pour qu’ils agissent et cessent de laisser à la BCE tout le travail de soutien à l’économie.

– Réticences des « frugaux » –

Ce plan suscite toutefois des réticences de plusieurs pays dits « frugaux » du nord de l’Europe, hostiles à l’idée de subventionner par de la dette mutualisée les Etats dans le besoin, qui se trouvent surtout au sud, notamment l’Italie.

Plan de relance de l’UE (AFP – Jonathan WALTER)

La chancelière allemande Angela Merkel a prévenu ne pouvoir garantir qu’un compromis sera obtenu dès cette semaine.

La BCE a de son côté déjà augmenté de 600 milliards d’euros son programme d’urgence d’injection de liquidités dans le circuit bancaire et économique face à l’impact de la pandémie (PEPP). Il était initialement doté de 750 milliards d’euros, visant à racheter sur les marchés des obligations publiques et privées afin de soulager banques, Etats et entreprises.

Dans ce contexte, les taux d’intérêt restent depuis des mois à leur plus bas niveau, avec en particulier un « taux négatif » de 0,50% frappant les dépôts que laissent les banques commerciales aux guichets de la BCE au lieu de les distribuer dans l’économie.

Si aucune mesure n’est attendue, Mme Lagarde pourrait néanmoins souligner jeudi « que la Banque centrale fera plus si nécessaire » pour soutenir l’économie, au moment où les craintes de deuxièmes vagues d’infections grimpent, selon l’économiste Jack Allen-Reynolds, de Capital Economics.

La BCE table sur une dégringolade du PIB de la zone euro cette année de 8,7%, suivie d’une remontée de 5,2% l’an prochain.

La consommation s’est redressée depuis mai en zone euro après la réouverture des commerces, mais le rebond timide côté production et exportations fait que la pression vers une remontée des prix « va rester faible », selon Fritzi Köhler-Geib, cheffe économiste de la KfW.

Or, le faible niveau d’inflation, signe d’une activité atone, reste le principal sujet de préoccupation des gardiens de l’euro. Son taux annuel est légèrement remonté à 0,3% en juin après 0,1% en mai.

– Conflit réglé –

Du coup, la politique monétaire actuelle « expansive » va « rester appropriée » et ce tant que la BCE sera éloignée des clous de son mandat, qui est de ramener le taux d’inflation en zone euro à un niveau proche de 2%, selon Mme Köhler-Geib.

La BCE a au moins un sujet immédiat de satisfaction: elle a réussi à mettre un terme, provisoire au moins, à un contentieux avec la justice allemande et à dégager l’horizon pour de futures actions de soutien à l’économie.

En mai, dans un arrêt retentissant, les juges suprêmes allemands avaient critiqué ses programmes de rachats massifs de dette et exigé que l’institut monétaire, mais aussi les autorités allemandes, justifient leur bien-fondé avant début août. Sous peine d’interdire l’Allemagne d’y participer.

Tant la BCE, que le gouvernement et les députés allemands s’y sont attelés au cours des dernières semaines et la Cour a jugé l’affaire classée dans l’immédiat.



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